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Festival d'Avignon

12 novembre 2006 7 12 /11 /novembre /2006 20:48
COMMENT (SE) SERVIR (GRÂCE À) LA RELIGION

Généralement, chaque saison, on pouvait toujours s'attendre à Bruxelles à voir traduit et montré ce qui se faisait de novateur de l'autre côté de la Manche, grâce à des théâtres comme le Rideau d'abord, le Varia, le Poche... voire les Galeries. Un travail plus qu'exemplaire qui maintenant, s'adjoint de nouvelles "forces vives" car, il y a un an, nous pouvions découvrir ce que sont les "New Writing" (nouvelles écritures dramatiques) en Angleterre grâce à un Festival organisé conjointement par La Maison du Spectacle, le British Council et accueilli par les théâtres Varia (francophone), KVS Box (néerlandophone) et Halles de Schaerbeek, soutenu par diverses instances officielles. Cet automne-là, on était plus que bilingue à Bruxelles mais trilingue, et c'est ainsi que nous avons entendu les noms de Dennis Kelly, Enda Walsh, Tim Crouch, Simon Stephens… et Gurpreet Kaur Bhatti pour ce qui n'était encore qu'une première étape de "Behzti"-"Déshonneur" en français – dans la traduction de Rudi Bekaaert (de la Cie belge bilingue Dito' Dito), dirigée par Virginie Jortay /Groupe Kuru. En 2006, c'est le Théâtre National qui en propose la version scénique aboutie et cela dans le cadre d'un autre Festival : "Indian Plays Only"…

Photo © Lou Hérion

Au nom de Gourou

Nanak "Behzti", on l'aura deviné, ne sonne pas plus anglais que le nom de l'auteure : Gurpreet Kaur Bhatti, une jeune anglo-indienne. C'est que, toujours en phase avec l'actualité, la "comedy" a pour cadre principal le "gurdwara"(temple) d'une communauté Sikh de Grande-Bretagne. En deux mots : le sikhhisme, assez mal connu dans nos pays latins, fut fondé par le chef spirituel Nanak au XVIe siècle en Inde (Punjab) et, entre hindouisme et islam, vénère un dieu unique ("Vrai Gourou") ; il compte quelque 16 millions d'adeptes en Inde et dans les pays de langue anglaise.

D'abord un prologue intimiste nous fait assister à une confrontation rude entre mère infirme abusive (Balbir:Christine Henkart), sa fille dévouée (Min: Anne Sylvain) et son soutien moral, un aide-soignant "de couleur" (Elvis : Ventouse Mbala). Ensuite, évitant le piège de la reconstitution folklorique, Virgine Jortay veut cependant nous emmener dans un autre lieu du théâtre où dans un dispositif quadrifrontal, en chaussettes, un verre de thé au lait d'une main, un beignet dans l'autre, nous suivons les découvertes et le drame d'une innocente abusée dans le temple même, d'où le "déshonneur" et le sacrilège, la profanation - dirions-nous "le blasphème" ? - du (et des !) crimes qui y sont commis. Certes, le sabre remplace l'ostensoir dans les objets de culte mais, étrangement, nous vient une impression de "déjà vu" : enceinte sacrée et couvre chef obligé (on oublie parfois que les catholiques ont connu la mantille), dames patronnesses et bonnes œuvres, cantiques et invocations rituelles, "Livre" référent et hommes d'église au-dessus de tout soupçon, marchés douteux et mariages arrangés, tartufferies et hypocrisie à volonté… qui ne viendront pas à bout de l'Innocente "heureuse de ne pas être comme ça" car "ça doit être dur de toujours faire semblant"…
 
Une interprétation collective, proche, se met réellement au service du propos. Censure ou "parler de ce qui se cache…" (déclaration de l'auteure dans Libé du 14.01.2005) C'est surtout la condition injuste faite à la femme dans la (les) religion(s) que l'auteure veut dénoncer sur un mode cru, cruel… et drôle. Pas de "caricature" pourtant ici, mais la dénonciation d'une réalité, pas bonne à entendre puisque la création de Behzti à Birmingham fut un véritable scandale causé par des "intégristes" sikhs… qui eurent gain de cause. Ici, nous ne sommes (pas encore ?) ni à Varsovie (l'acteur nu de Woyzek prié d'aller se rhabiller), ni plus récemment au "Deutsche Oper Berlin" où pour l'"Idoménée" de Mozart, c'est la direction elle-même qui s'est auto-censurée.

Suzane VANINA (Bruxelles)

Behzti
Au Théâtre National, Bruxelles/le manège.Mons-Centre Dramatique/Maison des Arts de Créteil.

Expo sur toutes les religions du monde à "Tour &Taxis", Bruxelles, dans l'idée du grand projet "Musée de l'Europe", du 27.10.2006 au 25.03.2007 – www.expo-dieux.be

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