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Festival d'Avignon

14 novembre 2006 2 14 /11 /novembre /2006 09:13
EDEN CHARNIER

Le Ring (Cie Saliéri-Pagès) a repris le cycle des « Lectures en scène », avec le partenariat Beaumarchais/S.A.C.D. La formule est désormais bien connue : texte inédit, auteur vivant et présent lors de l'événement, échanges directs entre l'auteur, les comédiens et le public. Cette formule a déjà fait la preuve de son intérêt depuis six ans.

Mais cette année, un metteur en scène (ici, Marie Pagès, maîtresse de céans) est associé à la lecture et peut s'interposer pour l'interrompre et faire des propositions de jeu aux comédiens.
Le spectateur en retire le sentiment très fort d'assister à la genèse et l'élaboration d'un spectacle lui-même en cours d'écriture et qui ne peut que s'enrichir de cette rencontre. Et ce sentiment ne peut qu'alimenter notre impatience de le voir un jour se transformer en un vrai spectacle, dans le plein sens du terme.

Photo © DR

Jean Marboeuf est probablement plus connu comme réalisateur de films et téléfilms. On lui doit notamment le « Pétain » qu'interpréta Jacques Dufilho. Son « Jardin d'ouvrier » nous est présenté comme une « comédie des quatre saisons ». Mais cette qualification de comédie n'est qu'un masque trompeur, propre à dissimuler, bien mal d'ailleurs, des abominations dignes de susciter les pires tragédies.

François (Pascal Billon) – dit Fanfan – la soixantaine bien sonnée, mène une vie tranquille dans son HLM de banlieue. Faux Candide aussi peu voltairien que possible, il passe le plus clair de son temps à cultiver son « jardin d'ouvrier », ici métaphore d'un Eden mental mais que déjà l'on devine jonché de cadavres. Il y reçoit régulièrement la visite de Madeleine (Françoise Baut), une amie plus qu'intime et de longue date. Il élève Farid (Benoît Thévenoz) son fils adoptif, d'origine algérienne. Or en ce début d'été, voilà que Farid, qui a échoué à un examen universitaire décisif pour son avenir professionnel, revient accompagné de Delphine (Isa Déon). Les deux jeunes gens s'aiment... C'est l'arrivée – l'intrusion ! - de la jeune fille au sein de ce cercle pas vraiment vertueux qui, au fil de la révélation d'un passé abominable, va insensiblement mais sûrement provoquer une crise tragique et funeste. La présence de Delphine, son désir de se faire accepter par les autres personnages – et tout particulièrement François – l'annonce, en automne, d'un enfant à venir, vont précipiter les événements.
François va dévoiler des secrets jusque-là inavouables à la jeune génération : jadis appelé en Algérie, il fut un tortionnaire, un criminel, un bourreau, exécuteur des plus basses oeuvres ordonnées par ses chefs. Et de cela, il ne s'est jamais remis, traînant depuis un sentiment de culpabilité exacerbé et un désespoir absolu. Au coeur d'un hiver glacial, François décidera enfin de fuir, d'échapper définitivement à ce passé qui ne peut passer. Il choisit de s'électrocuter, comme il le faisait jadis aux prisonniers qu'il torturait. On fera passer sa mort – un suicide – pour un accident. Au printemps, Madeleine répandra ses cendres sur le « jardin d'ouvrier » que longtemps il cultiva... En attendant que naisse l'enfant...

Ce texte, très riche de significations, vigoureuse méditation sur le mal, la culpabilité individuelle et collective - et qui mériterait une analyse plus approfondie - a été très bien rendu par les quatre comédiens, lecteurs et interprètes, qui constituaient un ensemble tout à fait pertinent au service d'une oeuvre à la fois puissante et sensible.

Henri LÉPINE (Avignon)

Lecture de novembre 2006 « Jardin d'ouvrier » de Jean Marboeuf
Prochaine lecture : « La Maison Mère » de Véra Feyder, jeudi 7 décembre 2006 à 20h30.

Le Ring – Cie Saliéri-Pagès, 13, rue Louis Pasteur, Avignon. Tél. 04 90 27 02 03.

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