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Festival d'Avignon

18 novembre 2006 6 18 /11 /novembre /2006 07:00
AUSCHWITZ OU LA CONDITION INHUMAINE

Au Théâtre de Poche à Bruxelles, la metteure en scène Michèle Bernard a suspendu le temps, histoire de nous renvoyer en pleine figure Si c’est un homme, le témoignage de feu Primo Lévi sur les camps de concentration et d’extermination mis en place par les nazis. Un homme, un écran et une lumière portent le personnage principal : le récit, sobre mais effroyable, écrit en 1947.

On peut se demander si le 3ème millénaire n’est pas né avec la barbarie du IIIème Reich qui, à intervalles réguliers, revient au devant de la scène, épinglant la folie inouïe des nazis. A chaque fois, c’est le même vertige, rempli d’effroi devant l’indicible d’une mise à mort rigoureuse, ingénieuse, de l’homme par l’homme. Face aux génocides, les réponses au pourquoi ne seront jamais assouvies, touchant les limites de l’entendement humain.
 Photo © DR

Cette période sinistre de notre histoire a inspiré des romanciers comme William Styron (Le Choix de Sophie, 1979), décédé la semaine dernière, ou encore le prix Goncourt 2006, Jonathan Littel (Les Bienveillantes). Deux fictions lyriques entre le récit d’une rescapée polonaise pour l’un et d’un officier SS pour l’autre. Si c’est un homme de Primo Lévi, loin de toute littérature, nous plonge au coeur d’un témoignage authentique. Jeune Italien, résistant politique, Primo Lévi a 24 ans lorsqu’il est capturé par la milice fasciste de son pays. Interné au camp de Fossoli, puis déporté à Auschwitz en février 1944, il devient «Häftling», détenu sous le matricule 174517 tatoué dans sa chair. Libéré en 1945 par l’arrivée des Russes, il retournera à Turin, se partagera entre son boulot de chimiste, son écriture et sa famille. En 1987, il se suicide. « Je sentais la numéro tatoué sur mon bras crier comme un plaie. » souligne Primo Lévi qui rentre dans l’écriture comme par accident avec Si c’est un homme. Le journal de sa déportation fut l'un des premiers témoignages sur l’horreur des camps. L’auteur l’écrit pour sa « libération intérieure » mais aussi comme un « signal d’alarme » pour les générations futures.

Théâtre pudique


Au Poche, le jeune comédien Frederik Lars Haùgness, seul en scène, relate calmement, en apparence, mais dans une une révolte désespérée, quasi palpable, la tragédie de Primo Levi. Sans ornement, rythmé, dessiné par les lumières de Xavier Lauwers et une scénographie dépouillée d’Olivier Wiame, le témoignage se fait entendre, fluide, dans une théâtralité pudique, symboliste et une esthétique picturale évidente.

Ainsi, au centre d’un plateau nu se trouve un écran lumineux telle une porte sans chambranle, derrière laquelle le comédien apparaît en ombre abstraite pendant les vingt premières minutes. Difforme, nu, il se meut dans la parole, raconte son retour du camp le confort humain retrouvé mais gangrené par les cauchemars. C’est La Trêve écrite en 1963 qui ouvre ici le « spectacle ». Quand enfin, le comédien se rend visible, c’est dans l’habit à rayures du prisonnier. Nous sommes avec lui dans le « Lager », le camp que Primo Levi raconte, explique et analyse tout à la fois. Sans lyrisme, telle une expertise, dans une terrible simplicité, il rend compte de l’horreur des comportements humains de ces Allemands là et des déportés mais aussi de la réalité physique des camps, du froid, de l’humiliation, de la faim, de la soif, de la solitude, de la folie, de la mort, de la déchéance physique, de la survie d’hommes numérotés, de la désintégration de la conscience humaine. Sur l’écran défilent ombres, visages, peintures, Auschwitz… Le spectateur a souvent la désagréable impression d’un comédien sans cesse dérobé à notre attention, qui tantôt parle derrière l’écran, tantôt joue de dos, tantôt est à deviner dans la lumière et dont le regard est presque toujours absent, cela exige une disponibilité d’écoute. Mais au final, cette prestation artistique, et tragique, pourrait résonner comme Le Cri (*) voulu par le metteur en scène.

Nurten AKA (Bruxelles)

(¨) référence à l'oeuvre du peintre de Munch

Si c’est un homme, de Primo Lévi
Au Théâtre de Poche, Bois de la Cambre, 1A, Chemin du Gymnase, 1000 Bruxelles. 0032//649.17.27
Jusqu’au 25 novembre, puis du 1er au 17 février 2007.

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