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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

25 novembre 2006 6 25 /11 /novembre /2006 10:47
LE VIRUS AVEUGLE DE LA SAUVAGERIE

"Être" en bande semble plus que jamais la marque des jeunes individualistes d’aujourd’hui. Régler les conflits par la brutalité plutôt que par le dialogue semble être le réflexe de gens pour qui le mouvement d’accélération du monde empêche de prendre le temps de la réflexion. Disposer de tout immédiatement et n’importe comment semble l'une des seules motivations de comportements spontanés, incontrôlables, dépourvus de la perception des conséquences et donc du futur.
 Photo © Lou Hérion

La bande comme repère

Des faits divers rappellent sans cesse cette réalité tragique dont la proximité ne cesse de se rétrécir. Montrer cela au théâtre n’est pas chose aisée si on désire éviter la démagogie du sensationnalisme, la fausse bonne conscience de l’émotionnel primaire qui sont l’apanage conditionnant des médias commerciaux. Comme chez Edward Bond, l’œuvre de Lars Norèn est de celles qui osent disséquer avec justesse les dérives du présent. Le décor souligne l’infantilisation des personnages puisqu’il est conçu à partir d’éléments de jeu pour école maternelle. Il met, en périphérie, les spectateurs dans la position de voyeurs comme le public d’un match de boxe, d’un accident magnétisant des badauds, d’une arène au milieu de laquelle sera sacrifié le taureau. Le jeu des comédiens est sans cesse sous tension. La mise en scène de Jean-François Noville pour le Théâtre national se situe à la frontière fragile où le corps finit par être entraîné par le discours qui sort de sa bouche.

Trois jeunes, désœuvrés en début de vacances scolaires, glandent. Anders, Ismaël et Keith s’ennuient. Ils sont sans avenir. Ils rêvent, délirent, se provoquent. Il refont leur monde à l’image d’une utopie absurde: demain serait radieux si leur pays, la Suède, n’était plus envahi par les étrangers, les immigrés, les sans-papiers; demain serait à leur portée si on éliminait ceux qui viennent manger le pain des autochtones en travaillant à leur place et en bénéficiant de la protection sociale payée par les citoyens indigènes. Quand passe Karl, étudiant d’origine coréenne, adopté par une famille aisée du coin, cette élaboration raciste trouve de quoi s’incarner.

Le défi comme liberté

La pièce révèle des mécanismes divers celui du chef qui prend de l’ascendant sur ses acolytes, celui du suiveur qui tente parfois de s’emparer du pouvoir, celui du moins doué intellectuellement qui se laisse embarquer et maltraiter pour n’être plus seul. Ils démontrent l’inéluctable des dérives du comportement. La fracture sociale crée les circonstances favorables à l’affrontement. L’intello scolarisé selon les normes, appartenant à un milieu fortuné, n’a guère de chance face à la rancœur accumulée d’individus en décrochage scolaire et en mal d’expériences périlleuses, de chômeurs potentiels, d’exclus de la culture. Les dialogues sont clairs. Ils voyagent dans la mauvaise foi des tribuns populistes. Ils se nourrissent de la nécessité pour un quidam de paraître aux yeux du groupe en accord avec les autres, même s’il ne comprend rien, même s’il se sent happé par un courant dans lequel il se noie.

Ghyslain Del Pino, Gaël Maleux et Hervé Piron jouent à l’énergie. Leurs interactions successives de dominants-dominés font mouche. Face à eux, Vincent Vanderbeecken est défavorisé. L’auteur et le metteur en scène en font un déraciné dont on conçoit difficilement qu’il reste si passif, si caricaturalement bon chic bon genre, si démuni, sans avoir l’air pour autant fasciné comme une proie face à un serpent. La scène de l’agression quitte le verbiage des dialogues pour devenir un moment de théâtre porteur de signes. Le dédoublement de personnage devenant témoin des actes qui se commettent met chacun en position de s’interroger sur sa propre impuissance ou sa lâcheté foncière. Et cette trouvaille de Noville donne tout son sens à ce qui fait la suprématie de l’art dramatique sur les images filmées du ciné et de la télé.

Michel VOITURIER (Lille)


Froid, de Lars Norèn (éd. de l’Arche)
Mise en scène : Jean-François Noville
Interprétation : Ghyslain Del Pino, Gaël Maleux, Hervé Piron, Vincent Vanderbeeken.
Scénographie : Didier Payen
Production : Jeune Théâtre National (Bruxelles)

En tournée les 27 et 28 novembre au Centre culturel d’Andenne, du 29 novembre au 4 décembre au Grand Manège de Namur, le 11 janvier au Centre culturel des Roches à Rochefort, le 18 au Foyer culturel de Jupille, le 19 au Foyer culturel de Bravaux, le 23 au Centre culturel de Huy.

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commentaires

Houba Guillaume 17/03/2007 14:13

Elle développe le thème du racisme et des mécanismes de violence chez les jeunes.

 

Les personnages, Keith, Anders, Ismaël et Karl ont chacun leurs propres caractères et ont des rôles bien définis. Keith est le meneur de la bande et Anders et Ismaël sont complètement intimidés par l’autorité de leur chef. Karl, la victime, peut à plusieurs reprises prendre la fuite et échapper à ses persécuteurs. Au contraire, et de façon étrange, il choisit de rester et de tenir tête à la bande. C’est le courage de Karl qui sera la cause de sa mort.  Dommage que les acteurs n’ont pas plus de caractéristiques propre aux skinheads : crâne rasé, piercing, docs, tatouages, …
L’histoire se déroule dans une forêt près d’un lac, elle peut se passer n’importe où. Le langage est grossier et vulgaire mais ne m’a pas choqué. Il y a des moments de lassitude dans la pièce, le texte veut être trop proche de la réalité avec des répétitions, des blancs. On mélange réalité et fiction, c’est très dérangeant. Après dix minutes, on connaît déjà tout sur les personnages, leurs caractères, leurs croyances,… Karl est venu trop tard dans l’histoire, le texte se répétait, n’avançait pas et les gens s’ennuyaient. Lorsque Karl est arrivé, l’intérêt revient mais après cinq minutes le suspens est déjà terminé. La situation s’emballe par à coups, et cela provoque l’ennui des spectateurs.
Pour la forme, le décor est banal ; l’espace de jeux définit bien que ça pourrait se passer n’importe où. Les costumes sont en accord avec l’histoire. Pour la place du public, c’est original (tout autour de la scène) et plus facile pour le jeu des comédiens. Mais ils sont obligés de tourner le dos à chaque fois  au moins d’un côté et du point de vue acoustique ça pose parfois des problèmes. Heureusement que pour le débat tout le monde est revenu dans la salle.
L’animation préalable à la vision du spectacle est bénéfique. Elle sert à mettre les élèves « dans le bain » pour la pièce qu’ils vont voir. Les improvisations sont plaisantes et c’est intéressant et original de regarder les rapports de force et de domination. Le débat après la pièce nous a permis de parler de l’histoire et de son approche dramaturgique. C’est instructif d’analyser la pièce à chaud et d’échanger ses impressions.

 

En conclusion, juste après avoir vu la pièce, j’étais déçu. Ensuite après le débat et l’analyse, c’est un sentiment meilleur qu’elle m’a inspiré. Si la pièce était dure de par son sujet et son réalisme, l'approche proposée par Jean-François Noville m’a permis d'être confronté aux mécanismes destructeurs de la violence et m’a poussé à poser une réflexion sur l'engagement parfois fatal dans lequel une telle attitude peut nous entraîner. C’est un sujet d’actualité qui ouvre le dialogue. De toute évidence, une pièce que je recommande.

Chronique Fraîche