Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Retrouvez nos critiques théâtrales sur :
Les informations sur nos cours d'improvisation théâtrale à Paris :

Musarder



Inscrivez-vous
au Club des abonnés (gratuit)




Découvrez nos cours d'improvisation théâtrale

Tous niveaux - 7e année

Les inscriptions sont ouvertes pour les cours d'improvisation à Paris qui débutent en septembre. Au choix, en français ou en anglais.



Nouveau !

Rejoignez notre cours d'impro en anglais :



Coaching prise de parole

           

Mois Après Mois

Festival d'Avignon

26 novembre 2006 7 26 /11 /novembre /2006 15:16
PETITES CRUAUTÉS EN FAMILLE

Figure de proue du théâtre européen, le metteur en scène d’origine Suisse, Christophe Marthaler, possède désormais une notoriété qui remonte à sa pièce Murx den Europäer ! Murx Ihn ! Murx ihnab ! patriotischer Abend (Bousille l’Européen !) présentée lors du premier KunstenFestival des arts en 1994. Pour la onzième édition du Kunsten, Marthaler envahit avec « sa famille » d’acteurs-chanteurs les espaces du théâtre le KVS, à Bruxelles, afin de poursuivre son exploration des esthétiques et des écritures les plus variées pour un théâtre hors normes.

Le courant d’énergie qui circule dans cette ville, terre d’accueil pétillante, l’a fortement inspiré. Les labyrinthes de son titanesque Palais de Justice, surplombant la rue Royale, s’entrelacent, à l’image des nœuds dont sont saisis les personnages « marthaliens ». Sur fond de belgitude, Winch Only s’inspire d’un opéra de Monteverdi, l’Incoronazione di Poppea, et s’attache aux secrets de famille. Dans un salon bourgeois, s’imposent une cheminée dans l’âtre de laquelle s’amuseront à disparaître les personnages, des portes inertes, des escaliers escamotés. A l’étage, une galerie, véritable lieu d’exposition pour des détails incongrus et remarquables que la scénographe Anna Viebrock a disséminé, tel ce rail à mécanisme rotatif auquel sont suspendus des tutus romantiques blancs.
 Photo © DR

Le décor de cet univers en devenir est ainsi propice aux échappées secrètes et s’annonce comme le reflet des nombreuses réalités auxquelles sont enchaînés les membres de cette famille un tantinet horrible – c’est plus passionnant !- mais surtout déconcertante. Dans ce huis clos, les silences sont criants, la fragilité des êtres poignante. Leurs manques, leurs puérilités, leurs espoirs déçus sont des tiraillements à la limite de l’angoisse. Marthaler donne ici à voir un projet musical sur l’abus de pouvoir et la dissolution des liens familiaux. Affalés sur des bancs d’accusés, volés au Palais de Justice, ils pouffent de rire, de larmes, chantent à tue-tête, en allemand, ou « en rien », font crisser les tables de leurs doigts. Les sons emplissent un territoire absurde où la présence de chacun déclenche tantôt la farce, tantôt la violence, parfois la vulgarité, souvent la tristesse des autres. Chacun tente au cœur de ce « brouhaha » de trouver sa place, peut-être même seulement « une place ».

Winch Only
appartient à ces spectacles ouverts, à travers lesquels on ressent le goût pour l’expérimentation, le refus des conventions, la frontalité du dérangement, le défit de la patience. Cette pièce offre un parcours imaginaire et sinueux, elle se cueille par le bout de petits gestes éloquents qui lui donnent tout son caractère. Il ne tient qu’à nous de démentir l’une de ses sentences : « les vivants sont des morts en vacances ».

Pauline BARASCOU (Bruxelles)


Winch Only, (vu à Bruxelles), puis au Théâtre National de Toulouse, les 18 et 19 Novembre 2006.
Conception et mise en scène : Christophe Marthaler
Scénographie : Anna Viebrock, Frieda Schneider
Basé sur la musique de Claudio Monteverdi

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Chronique Fraîche