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Festival d'Avignon

3 décembre 2006 7 03 /12 /décembre /2006 10:14
UN ORDRE DU CHAOS

Inclassable, ce spectacle monologue imbriqué dans les musiques très actuelles de Van Dam et Kuijken programmé durant le festival « Scènes étrangères » de la Rose des Vents. Le public en sort secoué, sentant bien sans trop réussir à se l’expliquer, qu’il vient d’assister à un indiscutable événement.


Un professeur s’avance dans un décor qui ressemble à des œuvres de Manfred Pernice. Il interprète une conférence de David Van Reybrouck au sujet des termites. C’est en néerlandais, mais le surtitrage au débit lent permet de suivre aisément cette incursion dans une organisation strictement fonctionnelle.
 Photo © P. de Spiegelaer

Après vingt-cinq minutes durant lesquelles certains éléments et anecdotes déjà frisent le déjanté, tout se déglingue. Le professeur n’est plus ce scientifique fasciné par La Vie des termites de Maurice Maeterlinck. Il bascule dans sa vie privée, dans les événements sanglants qui parsèment le cours récent de l’évolution en Afrique noire. Le monologue se fait mélopée, scansion exacerbée. Le récit vire du côté de références historiques comme celle à Gengis Khan, de l’univers à la Kafka, du renvoi à des coutumes ancestrales, de l’étude sociologique à propos des habitudes alimentaires africaines et donc des différences culturelles, du reportage sur les massacres du Congo ou du Rwanda, du témoignage à propos de l’époque post-coloniale.

Tourbillons

La narration semble se développer de façon organique. Elle mêle l’individuel et l’universel. Elle enchevêtre science et littérature, fiction et réel, vécu et désir tandis que deux musiciens ont pris possession de la scène : Jan Kuijken au violoncelle ou au clavier et George Van Dam au violon. Leur musique épouse la violence des situations, les déchirures des êtres, même si, parfois, elle retrouve le mélodique de la nostalgie ou du ressassement. Un tourbillon de mots, d’onomatopées, de sons, d’images emporte le spectateur au-delà du divertissement. Ce qui s’installe sera agacement chez certains, inquiétude chez la plupart. Le public est entraîné par un rythme lancinant qui le manipule et, simultanément, il reçoit des informations qui le sidèrent et des remarques ironiques qui prennent leur distance par rapport au propos. Dans le chaos se cherche une ordonnance ; dans l’ordre se glisse le trouble. Sans doute est-ce à cela que tient la fascination de ce spectacle, dès qu’on ose le parti pris de se laisser porter. Par le discours autant que par son chant, par ses ruptures capables de passer de la fausse neutralité du style administratif à un lyrisme d’apocalypse. Par l’écartèlement entre la culpabilité de savoir sans avoir réagi, la mémoire en quête de ne rien oublier, l’envie d’avoir paix et tranquillité.

Finalement, le public a été convié à une cérémonie, à un rituel baroque et dramatique. Et les derniers moments de ce spectacle crescendo défilent pêle-mêle : les couplets de l’« Aline » de Christophe chantés à la façon d’Arno, la vidéo d’un insecte heurtant sa tête sur du bois en écho avec une cadence musicale obsédante, le défilé de De Pauw en reine de Hollande ou des termites... et laissent en mémoire une sensation indéfinissable de tragicomédie jouant l’Histoire.

Michel VOITURIER (Lille)


L’Âme des termites
Texte : David Van Reybrouck
Mise en scène : Herman Sorgeloos
Interprétation : Josse De Pauw
Musiques : Jan Kuijken, George Van Dam
Dramaturgie : Marianne Van Kerkhoven
Vidéomontage : Pino Etz, Robbie Boi
Production : LOD / Het Net / De Werf

En tournée du 5 au 8 décembre 2006 au Théâtre National de Bretagne à Rennes ; du 13 au 15 au Maillon de Strasbourg ; du 23 au 24 janvier 2007 au Festival de Liège (B) ; les 26 et 27 janvier au Théâtre National à Bruxelles (B) ; les 31 janvier et 1 février à la Fabrique Théâtrale de Loos/Gohelle. 

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