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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

4 décembre 2006 1 04 /12 /décembre /2006 23:45
PAROLES DE GLACE

De sa Norvège natale, Jon Fosse nous apporte le froid avant l’heure : mots gelés et attitudes crispées caractérisent l’Hiver du dramaturge. Alors que le thème s’attache à explorer la rencontre amoureuse, le texte en illustre la banalité comme l’indicible jusqu’à devenir, paradoxalement, symbole de la non-rencontre.

Tout commence étrangement. Le décor est posé. La ville, son activité, ses bruits… et cette déambulation chorégraphiée de présences éparses qui se croisent, s’évitent, se cherchent. Et puis soudain, deux êtres, côte à côte, sur un banc public, un instant à peine… Alors la parole enfin s’enclenche, brutale, incisive, répétitive. La Femme s’adresse à l’Homme dans un élan qui respire la souffrance, la colère, la demande… d’être aimée. « Je suis ta nana » scande-t-elle à tout bout de champ, quand lui se défile par des « Il faut que j’y aille ». Quand l’un fait un pas en avant, l’autre recule et les rôles s’inversent imperceptiblement au fil des rendez-vous qui rythment cette liaison inattendue. Les personnages semblent coincés entre le dialogue intérieur, réflexif et la véritable adresse à l’autre, piégés par les émotions ou libérés par les insultes qui seules fusent sans retenue.


Sur scène, le lit de la chambre d’hôtel côtoie l’extérieur urbain. Une abolition des frontières qui nous fait passer sans transition de la sphère intime à la sphère publique, de la relation particulière et cachée au rapport exposé et commun. Par cette mise en espace, Gilles Chavassieux rend sans ambages l’idée de deux entités choisies par l’auteur comme l’incarnation exemplaire d’une incommunicabilité existentielle. En témoigne le regard omniprésent d’un sans-abri qui empêche de considérer le duo amoureux isolément et la situation comme insolite ; la présence d’un couple secondaire se fait également l’écho ludique de l’histoire principale dédoublant un récit que l’on aurait pu croire singulier.

De ce texte où rien n’est vraiment achevé, où toute tentative d’exprimer à l’autre son désir apparaît comme un échec probant, émane un sentiment ambivalent. Il ne fait aucun doute que l’œuvre est parlante mais nous ressortons pourtant empreints d’un vide incommensurable. Une conséquence directe non pas d’une absence de matière mais de la prise de conscience d’une impossible communication qui nous touche tous. L’émotion est d’autant plus forte que François Rabette et Magali Bonat nous renvoient avec justesse le malaise des corps et la profondeur des silences. De leurs hésitations, de leurs non-dits se dégage une force théâtrale sans artifice qui empêche nos cœurs d’être hermétiques à cet Hiver.

Anne CARRON (Lyon)

Hiver, de Jon Fosse
Mise en scène de Gilles Chavassieux
Avec Magali Bonat, Laure Giappiconi, Yannick Laurent, Alain Porta et François Rabette

Du 21 novembre au 3 décembre 2006
Au théâtre les Ateliers, 5 rue Petit David 69002 Lyon
Tél : 04 78 37 46 30

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