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Festival d'Avignon

17 décembre 2006 7 17 /12 /décembre /2006 02:10
TU ME SORS PAR LES YEUX

Le prolifique Zone Urbaine Théâtre (ZUT) à Bruxelles dévoile Occident du Français Rémi de Vos. Dans la sobriété esthétique, le metteur en scène Claude Enuset a trouvé le juste ton pour déployer la densité d’un texte intime, violent et asocial, entre Elle et Lui, coincé entre l’alcool et les fachos.

Ils n’ont pas de noms. On ne sait rien de leur passé. On imagine juste qu’ils se sont un jour aimés. Sans coup porté, une envie est là, de fracasser l’autre, dans une baignoire ou à coup de fer à repasser. Sur le fil de cette menace-là, nos amoureux essoufflés « dialoguent » par l’insulte, la menace, la peur et le désarroi. Chaque soir, dans une espèce de rituel masochiste et obsessionnel, c’est le même refrain malsain. Il l’agresse, lui commente sa virée d’alcoolo, veut qu’elle l’écoute, qu’elle lui réponde. Banale conversation où le monde extérieur entre dans la danse. Lui, picole au Palace avec son ami Momo l’Arabe puis au "Flandre", un bar à fachos où ce buveur, accroché à la race pure, finit par élire son QG.
 Photo © DR

«Jeu » malsain


Peur, violence ordinaire, racisme, lâcheté, amour perdu, conscience de soi oubliée, humanité dilatée, Occident brasse la face sombre de l’homme anonyme pour en faire la « métaphore du monde occidental ». C’est un peu fort comme métaphore. L’évolution fasciste de l’alcoolique ne suffit pas, la bastonnade de Mohammed par des Yougoslaves non plus, la menace islamiste encore moins. Reste la paranoïa d’un paumé qui se défoule sur sa femme à coup de menaces et d’insultes. La femme se défend, arme facile mais révélatrice. Elle lui renvoie son impuissance sexuelle face aux nombreux hommes qui viennent la voir en son absence. Sa « boutique mon cul » reçoit une flopée d’hommes: noirs, arabes, yougoslaves, etc. Et là, l’alcoolo chiale en criant des « je t’aime » pathétiques. Difficile d’échapper à l’empathie.

Loin de la caricature, Occident touche la complexité de la nature humaine, de la relation à l’autre, du couple, du bonheur, du racisme occidental, de la paranoïa islamiste. Entre la violence conjugale et le racisme occidental, la pièce reste subtile. Elle avance sans cause à effets. Au Zut, devant la brutalité des dialogues, le metteur en scène Claude Enuset a pris le judicieux parti de la sobriété, loin de tout mélodrame. Face à un texte sans consignes, son spectacle s’épanouit dans une atmosphère sombre et efficace : une longue table rustique, deux chaises rouges, quelques raisins et quelques fleurs, presque provocantes face au bonheur perdu.
Et surtout, il y a deux comédiens assortis, Bernadette Mouzon et Georges Lini. Dans une intensité sans excès, ils incarnent par une folie à peine voilée leur couple infernal. Dirigés sur l’essentiel, ils prennent l’espace, sous les lumières crépusculaires d’Alain Collet, et nous mettent aisément au supplice d’une tension irréversible, discrètement renforcée par la bande son lancinante de Laurent Beumier qui découpe les rencontres, renforce la solitude des âmes.

Oui, la pièce est noire, le langage brutal, le rythme à fleur de peau, le désarroi palpable, la peur manifeste, les personnages complexes. Mais dans cette courte pièce de cinquante minutes, le malaise provoqué sera contrebalancé par l’humour du désespoir, la sobriété du décor, l’esthétisme discret du spectacle et le jeu mémorable des comédiens. Bel ouvrage.

Nurten AKA (Bruxelles)

Occident
Jusqu’au 16 décembre au Zut, 81 rue Ransfort, 1080 Bruxelles.
Tél : 0032/2/410.23.20 ou 00498/10.94.40

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