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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

17 décembre 2006 7 17 /12 /décembre /2006 02:25
 DÉFICIENCES SOCIÉTALES
 
“Je ne parle plus car je refuse votre monde. Je le hais". Voilà ce que ne dira jamais, mais ne cessera de penser, le personnage muet de Producto interior bruto. Le mutisme naturel, le mutisme conséquence de l’autisme, et l’autisme comme décision volontaire de s’absoudre du monde, sont les thèmes atypiques de ce travail encore d’ébauche.
 
Dans une salle blanche de laboratoire, conçue pour remplir automatiquement, répétitivement, quotidiennement, les nécessités basiques imposées par le corps et le monde – se laver, manger…- et par un traitement psychiatrique lobotomisant, une jeune fille blanche réitère ses abrutissantes tâches de socialisation, qui progressivement deviennent presque naturelles. Mais l’habitude réconfortante, toujours acquise par l’effort et que, par chance on oublie, se brise avec la découverte soudaine d’une boite à musique rouge, représentation de l’Autre, de la tentation, telle une boite sensuelle de Pandore apparaissant au cœur du clos monde stérilisé et blanc, sans désir, tout à coup menacé. Le traitement - ou est-ce une expérience ? - est arrêté. Sous les traits de la boite, devenu méconnaissable le danger revient plus fort.
 
Le monde balisé perd son sens, et l’autisme volontaire de l’enfant qui ne veut pas parler et refuse d’écouter, risque encore de s’amplifier car un homme jaune, un homme des profondeurs de la vie, sourd et muet de naissance, surgit dans l’espace blanc déjà tâché de rouge, menacé de vie. L’ailleurs se fait tentant pour la mauvaise enfant blanche. Elle part mais échoue traumatiquement à voir au dehors le bonheur de l’homme jaune. Décidément malade, obstinément malade, son désir d’autisme et sa haine du monde, l’empêchent de créer et de voir l’univers pacifique de l’homme jaune. Déçue, en colère, sans regret, ni désir, elle s’enferme volontairement et définitivement dans son autisme.

Handicap et socialisation
 
Cette conclusion pathétique et sans appel est le résultat original du questionnement inédit, du moins au théâtre, qui sous-tend ce travail. En effet, la structure circulaire, répétitive jusqu’à l’apparition de l’homme jaune, reprend la composition classique des œuvres contemporaines qui cherchent à montrer l’enfermement, la folie, la dépression… Précisément, la rupture de ce rythme, au bon moment, avec l’arrivée de l’homme jaune un peu ridicule, en plus d’alléger la dramaturgie, ouvre des perspectives sémantiques bien plus prometteuses. Car l’œuvre raconte alors la confrontation entre une handicapée sociale, devenue délibérément handicapée physique, avec un handicapé physique qui par la socialisation dépasse son handicap. Confrontation et rencontre aussi, compréhension directe, intime, sans échange ni explication, sans étonnement, naturelle entre deux inadaptés.
 
Cette œuvre muette aboutit ainsi au constat d’une société entièrement déficiente. Et c’est dans tout cela que réside l’intérêt de ce travail élaboré pour un public physiquement handicapé. En revanche, d’autres passages de la pièce ne méritent que d’être coupés. Surtout le prologue ! Pour inaugurer l’œuvre, il y a là une espèce de maîtresse de cérémonie, maîtresse de l’expérience qui débarque en fanfare, vociférant, vêtue de rouge, improvisant d’idiotes plaisanteries, qui donnerait plutôt envie au spectateur de fuir que d’entrer. Ses diverses incursions au cours de la pièce, heureusement rares, sont autant de passages à effacer. Ils n’apportent que non-sens et vulgarité. Néanmoins, les fondements de cette proposition sont à explorer. Sur le thème de l’handicap, il existe tout un théâtre à penser. Plus que l’œuvre donc, c’est le chemin qu’elle ouvre qu’on voudra retenir et ses riches potentialités.
Frédérique MUSCINESI (Madrid)

 
Producto interior bruto 
Idée originale : Doria Cantero
Mise en scène : Jorge L. Urrea et Dora Cantero La Casa Encendida
Elle : Gemma Galiana Lui : Alfredo Tauste Ça : Pepe Cravaca MC : Pilar Solar
Lumières : Jorge L. Urrea
Son : José Antonio Fuentes
Vidéo projection : Sincero Sininfinito
Scénographie : Rizoma Costumes : Pilar Sola
Traducteur langue des signes : Cristina Martínez
 

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