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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

23 décembre 2006 6 23 /12 /décembre /2006 09:50
Il y a déjà pas mal d'années, la représentation des "Bouffons" de Michel de Ghelderode par une Compagnie composée uniquement d'acteurs noirs (mais dirigés par un "Blanc-Belge", Jean-Paul Humperts) avait fait sensation et indigné les ghelderodiens rabiques. Il fallut attendre un autre évènement : "la 1000ème" du "Fou Noir…" de Pie Tshibanda, (mais "…au pays des Blancs") pour que l'on commence à vraiment apprécier le talent particulier des acteurs noirs. Puis enfin coup sur coup, arrivaient sur nos scènes des "gens de couleur" racontant le plus souvent les aléas de leurs contacts inter-raciaux : "Atterrissage" de Kangni Alem (basé sur un fait-divers réel, deux gamins morts sous un avion) au Varia, "Allah n'est pas obligé" (problème des enfants-soldats) de Ahmadou Kourouma (Renaudot 2000) au Poche.

"L'Invisible" ? Plutôt la visible émergence d'une metteure en scène pour un auteur et un acteur plus connus ! D'abord l'acteur : Dieudonné Kabongo vit en Belgique depuis 1970, c'est un habitué des scènes de Bruxelles et d'ailleurs. Le voilà maintenant au "Bambous" de La Réunion, après le "Varia" de Bruxelles. L'auteur est loin d'être inconnu également. Philippe Blasband ? Un touche-à-tout génial de toutes les formes d'écriture au sens très large (ne lui manque plus que d'être acteur !). La nouveauté vient de la metteure en scène, Astrid Mamina, la seule metteure en scène au Congo sur… cinq pour toute l'Afrique ! Femme de terrain - car elle est aussi actrice - elle apporte sa touche toute personnelle à cette version actuelle de "L'Invisible" qui, à l'origine (1997) avait un tout autre contexte (immigration italienne)… Comme quoi, le propos était bien universel…. hélas, tant il est vrai que beaucoup de gens venus d'ailleurs perdent leur personnalité et leur culture - ce qui faisait leur richesse – pour "s'intégrer" et devenir goutte de pluie dans ce "pays de pluie"…

Après "l'Invisible" une "Femme Fantôme" qui a une présence folle ! Ici encore, c'est le drame du déracinement vécu comme un arrachement, une spoliation, une injustice. Pas "d'intégration réussie", un déni de la personne au contraire. "The Bogus Women" /"La Femme Fantôme", de l'auteure anglaise Kay Adshead, est traduite par Séverine Magois et mise en scène par Michael Batz. L'interprétation bouleversante, inoubliable, de Carole Karemera, soutenue par la musicienne Manou Gallo, qu'il nous est donné de redécouvrir par la grâce de cette prochaine reprise : au Poche du 9 au 27 janvier et en tournée belge en février, a du reste été récompensée du "Meilleur/e Seul/e en Scène 2006". Et avant cela : "Verre Cassé" ou, cette fois, "Le Congo chez Tintin"… C'est après la "superbe prestation saluée frénétiquement par le public"* de Kinshasa et Brazzaville, qu'eut lieu la Première à Bruxelles, le même jour qu'une autre Première, politique celle-là : le premier Président élu par suffrage de toute l'histoire de l'ex-"Congo Belge".

Une programmation qui s'inscrit dans un projet d'échanges plus vaste : l'opération "Yambi" (Bienvenue) dont l'un des buts principaux est de réactiver le secteur culturel congolais. En effet, la pièce a été créée par quatre acteurs venus des théâtres professionnels kinois, eux qui, contre vents et marées, se battent pour le faire exister.

L'auteur "africain" de "Verre Cassé", Alain Mabanckou, est un écrivain professionnel (dira-t-on dans nos contrées) "d'expression française" ajoutera ce prof (de français) d'université américaine ! Il est vrai qu'il vient d'être couronné du Prix Renaudot cette année (il faillit l'avoir pour le roman "Verre Cassé" "multiprimé"en 2005) comme le fut Ahmadou Kourouma en 2000, et dans la lignée duquel il s'inscrit, soit une jeune littérature, originale, authentique, qui s'appuie sur une solide et riche tradition.

Ici, le décor est bien l'Afrique, une Afrique sans folklore, sans Blancs, sinon évoqués, parfois. Et "en ouverture", on y parle lingala. Très vite, un tour de "magie noire", comme nous avertit l'excellent griot Ne Nkamu Luyindula, nous envoie des surtitres en français. Le ton est donné : humour noir de noir à savourer dans ce bar minable qu'est "Le Crédit a voyagé" avec son patron, l'Escargot Entêté, ses piliers de comptoir et leurs histoires… très noires !

Des acteurs - Jean-Marie Ngaki Kosi Basak, Edmond Massambia Nzumbu, Gaston Mufunda Koffi Kuaya - d'une souplesse de jeu et de corps qui nous obligent - une fois n'est pas coutume - à entrer dans leur espace de jeu, dans leur pays, dans des codes théâtraux différents, hérités des traditions orales contées, mimées, "bruitées"… "Verre Cassé", un sacré pochetron, voit son interlocuteur en double… donc deux acteurs pour un personnage, ce qui donne lieu à des moments absolument hilarants à moins qu'il n'y ait effets de miroir ou de boucle et que, en fin de compte, ces histoires soient celles de tout le monde ?

Partir du local pour atteindre plus sûrement l'universel : la démonstrations en est faite une fois de plus ! Une sacrée découverte que ce mélange d'auto-dérision (en bonne part), de truculence (qui n'est jamais vulgarité), de vécu tragique (tragi-comique), de démesure (ramenée à la caricature choc), de candeur (vraie ou simulée), de poésie aussi. Et une heure trente passés d'une traite, laissant deviner d'autres histoires… à lire sans doute dans le roman éponyme dont la pièce a été tirée (par Roland Mahauden qui signe la conception globale), ce que ne manque pas d'annoncer avec malice le facétieux griot.

Suzane VANINA (Bruxelles)

*presse locale

Verre Cassé du 5 au 30.12.2006 au Théâtre de Poche.
La Femme Fantôme du 9 au 27.01.2007 au Théâtre de Poche.
Le projet Yambi (Congo-Wallonie-Bruxelles) voir aussi : www.oserlavie.skynetblogs.be

Photo "La Femme Fantôme" © CaroleKaremera

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commentaires

J.M. NGAKI 26/09/2007 10:09

Je suis comédien congolais et je participe à Yambi. Je voudrais vous faire remarquer qu'Astrid MAMINA - metteure en scène talentueuse et entreprenante - n'est pas la seule congolaise dans ce métier. Il y en a d'autres, moins connues peut-être: Dada Kithoga, Annie Biasi-Biasi, Julie Mujinga, etc. Merci de votre intérêt pour le théâtre congolais qui le mérite vraiment.J.M. NGAKI

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