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Festival d'Avignon

24 décembre 2006 7 24 /12 /décembre /2006 01:15
UN POUCHKINE EXARCÉBÉ

Lorsqu’il écrit « Mozart et Salieri », une de ses « Petites tragédies », vers 1830, Pouchkine met en présence deux personnages en position d’affrontement. En quelques pages, tout est dit.

Ce sujet sera repris par Peter Shaffer dans sa pièce « Amadeus » que Milos Forman porta à l’écran. Ramassé dans sa forme, le dialogue de l’auteur russe ne s’éparpille pas du côté d’une multiplicité de personnages. Seuls, face à face, Salieri le jaloux et Mozart le fantasque jouent la confrontation entre deux êtres que tout oppose hormis leur amour pour la musique.

Tatiana Stepantchenko s’est emparée de ce texte dense monté au Manège de Mons et au Phénix de Valenciennes. Comme dans sa vision de « La Cuisine » d’Arnold Wesker, elle a choisi de donner de l’importance au corporel. Dans le cas présent, ce ne sera pas le mouvement et le bruit mais la tension et la voix. Julien Roy et Alain Eloy sont les deux compositeurs rivaux. Leur prestation sera donc charnelle jusqu’à l’outrance. Eloy Mozart, en noir, sera sautillant et ange primesautier ; Roy Salieri, en blanc, sera tout de raideur et de démoniaque présence. Tous deux diront leurs répliques comme si elles étaient destinées à être mises en musique pour un opéra. Des pulsions vocales, des ruptures de rythme, des modifications de tonalité ponctuent des mots qui perdent parfois leur sens afin de devenir mélodie.
 Photo ©  Daniel Cordova

Au lieu d’assister à un duel psychologique, le public est convié à un duo où le chant est remplacé par la mélopée, la psalmodie, l’éructation, l’emphase, la véhémence. Une impressionnante performance permettant d’allonger un peu un échange que l’écrivain a réduit à l’essentiel, sans pour autant atteindre 45 minutes de représentation. Là se trouvent les raisons d’une frustration du spectateur. Il a à peine le temps de s’insérer au cœur du débat fatal engagé par les deux protagonistes que tout est déjà terminé. Par bonheur, il se rabat sur les éclairages multiples et intelligents ainsi que sur la scénographie insolite et grandiose d’Yves Collet qui aident la direction d’acteurs de Stepantchenko à s’accaparer le volume du plateau. Les sièges étroits, au dossier étiré, mettent les personnes en déséquilibre à maîtriser. Les chemins de lumière tracent des routes parallèles et des territoires où il faut se lancer pour pénétrer dans l’univers de l’autre. Les pénombres dosées avec précision suscitent des atmosphères de mystère. Des espaces s’ouvrent, se ferment, débouchent sur un au-delà, suscitent des apparitions spectrales (Thierry Herman en musicien de foires, Patricia Clément en cantatrice).

Reste un écho de l’interrogation portée par Pouchkine à propos de l’inégalité des dons, de l’emprise délirante de la jalousie et du dépit sur la raison, et cette ultime réflexion sur le fait que « génie et crime sont deux choses incompatibles ».

 Michel VOITURIER (Lille)

Mozart et Salieri
Texte : Alexandre Pouchkine (Mozart et Salieri, coll. Photophore, éd. Bernard Gilson, Bruxelles) Mise en scène : Tatania Stepantchenko
Distribution : Alain Eloy, Julien Roy, Thierry Herman, Patricia Clément
Scénographie et lumières : Yves Collet
Costumes : Dominique Louis-Kashanian
Production : Le Manège/Mons, Cie Or Azur, Phénix/Valenciennes.

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