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Festival d'Avignon

14 janvier 2007 7 14 /01 /janvier /2007 16:40
CÉLINE À L'EAU DE BACH

Avec « Il est venu tant de monde dans ma chambre », le metteur en scène Jean-François Politzer (L'Atelier Corneille) signe l'adaptation hétéroclite d'un chef d'oeuvre,  « Mort à crédit », de Céline, contrebalancé par des cantates de Bach et quelques tableaux vivants à la Bosch, sans éluder l'écrivain antisémite Céline. Un projet audacieux, au résultat en demi-teinte.

« L'amour, c'est l'infini mis à la portée des caniches ». Nous sommes bien chez Louis-Ferdinand Céline, l’écrivain français trublion de l’entre deux guerres qui dérange aux entournures. Auteur d’épopées cyniques et violentes comme son premier roman « Voyage au bout de la nuit » (prix Renaoudot) mais aussi de pamphlets anti-communistes et surtout antisémites. Ce compagnon de route sulfureux de Vichy ne reniera jamais sa haine du juif, jusqu’à sa mort en 1961 au moment où il fait son entrée dans... la Pléiade.

Il faut tout de même concéder que le romancier Céline révolutionne le récit traditionnel, avec ce qu'il appelle sa « petite musique », jouant du rythme, des sonorités, de la ponctuation et de l’argot avec brio. Au centre de ses romans, en grande partie autobiographiques,trône l’anti-héros, le lâche, l’abject, le burlesque et le tragique. Anarchiste devenu antisémite névrotique, Céline est un mythe, un vrai écrivain insolent mais dérangeant. « Comment un tel homme peut-il avoir produit une telle œuvre? », se demande le metteur en scène Jean-François Politzer.
 Photo © Juliette Baudoin

Son spectacle « Il est venu tant de monde dans ma chambre » nous embarque chez Céline. Un titre issu du deuxième roman autobiographique « Mort à crédit », descente chez des petits commerçants miséreux. L'adaptation de Jean-François Politzer et Dominique Rongvaux questionne par opposition. Face à cet homme sans Dieu, ils placent un homme rempli de Dieu : Bach et ses cantates sacrées.

Récit polyphonique

Ainsi sur scène, tel un prologue, une question projetée sur le mur de briques du Théâtre de la Vie nous interpelle: « Peut-être l'artiste est-il un monstre qui tente de faire cohabiter des extrémités en lui ».
Devant nous, trois hommes dispersés dans une chambre sommaire, couverte de moreaux d'arbre. Pendant plus d’une heure, trois personnages se passent la parole. Silent (Dominique Rongvaux), Silourd (Phil Kaiser) et Sitriste (Raphaël Karwatka) racontent et jouent, basculant continuellement du monde de Céline à celui évoqué par les psaumes de Bach. Entre des extraits de « Mort à crédit » (du décès de M. Bérenge, au chien errant ramené au dispensaire) et d’autres écrits, ceux des souvenirs de guerre ou ceux de Lucette Destouches, la femme de Céline, des psaumes jaillissent : « même si mon regard est brisé, je veux le tourner vers le sauveur ».

Les comédiens imitent tantôt la crucifixion, tantôt un lynchage, tantôt un empalement. Mais Céline revient, avec son venin pour les « insomnies des intellectuels, mi-narcissique, mi-masochiste », son témoignage de médecin chez les petite gens, des « ventouses qu’il faut tripoter de haut en bas, mesurer tout, l’artère et la connerie !... » Dans ce melting-pot fluide, parfois hermétique, arrive le procès de l’écrivain antisémite, sur la thèse de la « dissociation bien commode » entre l’écrivain et l’antisémite, entre la littérature et l’homme…

Malgré le procédé systématique de Céline/Bach, le spectacle semble se contenter de pérégrinations souvent obscures, telle une démonstration non aboutie, boiteuse et parfois verbeuse. On pense trouver Céline, on le perd, lui et sa « petite musique » ; à peine la férocité de l’homme se devine-t-elle. Un comble. On se demande ce que Bach vient faire dans cette galère. Quant à Bosch, il se manifeste par de trop faibles clins d’œil. Du verbe sans la verve de Céline, le projet se révèle trop court d’inspiration. Reste une audace, à saluer.

Nurten AKA (Bruxelles)

Théâtre Projet Céline/Bach/Bosch au Théâtre de la Vie
Jusqu’au 14 janvier à 20h, dimanche à 17h, au Théâtre de la Vie - 45 rue Traversière 1210 Bruxelles, 0032/2/219.60.06  

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