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Festival d'Avignon

29 janvier 2007 1 29 /01 /janvier /2007 23:40
UN POUVOIR DE LITTÉRATURE

Dès les premières lignes de son livre, Genet dit clairement que ce qui est dit appartient à la littérature. Ce sont les mots qui le gouvernent. Ce sont eux qui expriment sans être autre chose que des mots.

Cette confession posthume, mise en forme en 1983, trois ans avant la mort de l’écrivain, se veut une réflexion à propos du travail d’écriture, une introspection personnelle, une tentative d’approche des motifs qu’avait l’homme de prendre parti pour les Black Panthers ou des Palestiniens. Pour lui, le vide entre les mots sur la page a plus de réalité que ce qui est dit. Les phrases ne reprennent pas cette réalité car elles en sont incapables. Même en tant que témoignage, que reportage, le livre ne remplace en rien ce qui se passe sur le terrain, ne parvient pas à en rendre vraiment compte.
 Photo © Sirocco Théâtre

Alors, ces fragments assemblés par Genet ne sont pas un plaidoyer pro-palestinien, ne sont pas un éditorial ni une analyse géopolitique. Il s’agit avant tout d’une véritable confrontation entre le réel et les mots qui sont sensés le traduire en littérature. De la sorte naît une certaine ambiguïté de l’attitude de l’écrivain. Il ne prend pas parti comme on le fait d’ordinaire en s’engageant pour une cause. Il se penche sur la condition d’être littérateur, d’être celui qui s’accapare de la langue afin de lui permettre de dire à la fois l’homme qui est en train d’écrire et de décrire ce qu’il voit et vit en appartenance à une autre culture. Difficile aussi de réussir à appréhender l’image que les Palestiniens ont d’eux-mêmes. D’autant que, notamment après les massacres de Sabra et de Chatila, «je ne suis plus maître de ce que j’ai vu, note-t-il, je suis obligé de dire : j’ai vu des types ligotés, attachés, j’ai vu une dame avec le doigt coupé. Je suis obligé de me soumettre à un monde réel. Mais toujours avec des mots anciens, des mots qui sont les miens. »

Un combat intérieur

Cette lutte entre l’art et la vie, Marc Berman mis en espace par ses complices Anita Picchiarini et Dominique Leconte la traduit en intimité. Venu de la salle, le comédien s’installe dans le cube noir de la scène. Il lit les premières pages. Puis, les raconte, sans éclat, avec l’obstination tranquille de celui qui est convaincu que la parole est insuffisante pour éclairer une situation historique devenue inextricable. Se déplaçant en fonction des ponctuations lumineuses de Frank Thévenon, il passe alternativement de silence en confidence. Mélancolie, révolte, doute, émerveillement, rencontres s’entremêlent. Devenu la voix de Genet, Berman tente sans pathos ni effet de rapporter une parole de témoin, une parole dont l’ambition semble d’aller au cœur des choses.

Le public reçoit cette confession comme un exercice de réflexion sur le rôle de la littérature. S’il est venu pour autre chose, il sera déçu. S’il accomplit l’effort de pénétrer dans un texte difficile, il suivra les méandres du questionnement d’un écrivain pour qui l’acte d’écriture était au plus haut point sa propre réalité.

Michel VOITURIER (Lille)

Un Captif amoureux

Texte : Jean Genet (Gallimard, 1986)
Interprétation : Marc Berman
Conception : Anita Picchiarini, Dominique Leconte
Lumière : Frack Thevenon Production : Sirocco Théâtre, Théâtre de l’Opprimé

Au Théâtre du Nord à Lille du 23 janvier au 4 février 2007

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