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Festival d'Avignon

31 janvier 2007 3 31 /01 /janvier /2007 20:55
JEU DE DOMINATION

« Chaque fois que deux personnes se rencontrent et établissent un rapport, il est important de voir lequel des deux domine l’autre », écrivait Fassbinder. Car « l’homme n’est pas éduqué de manière à pouvoir appliquer plus tard le principe d’égalité dans son rapport à l’autre ». Avec "Les Larmes amères de Petra von Kant", l’auteur donne corps à cette forme de cruauté sociale, d’exploitation du sentiment à travers une relation amoureuse pernicieuse.

Au centre de cette « tragédie humaine », Petra von Kant, femme d’affaire indépendante et ambitieuse, qui a su imposer son nom dans le monde de la mode. Une réussite professionnelle qui parvient à cacher pour un temps le gouffre émotionnel laissé par la perte d’un premier mari et la séparation d’avec le second. C’est dans un univers exclusivement féminin qu’évolue notre protagoniste, entourée de sa mère, de sa fille, de son amie Sidonie et de Marlène, son factotum. Apparente tranquillité familiale bouleversée par l’arrivée de Karine. Incarnation d’une beauté et d’une jeunesse non perverties, elle correspond à l’idéal d’amour candide et désintéressé, sur lequel Petra projette tous ses désirs. Naissance d’une passion perverse qui deviendra le révélateur des nostalgies et des cynismes, le détonateur d’une explosion de l’amertume existentielle.

Photo © DR

Antonio Latella révèle astucieusement les manipulations implicites qui sous-tendent ce huis-clos féminin et fait de chaque personnage une entité dont les caractéristiques nous parviennent filtrées par le regard de Petra. Ainsi Marlène s’oppose-t-elle aux autres femmes ; seule vêtue de noir, silencieuse et dévouée jusqu’à la soumission masochiste, elle traduit l’inexistence aux yeux du personnage central. Karine, symbole de vie et de pureté, met à mal cette employée fantomatique, et après elle, toutes les figures féminines de la pièce, par une toute puissance écrasante. Telle une statue du commandeur qui entraînera Petra jusqu’en enfer, un gigantesque mannequin à l’effigie de la jeune fille trône au centre de la scène. Présence omniprésente, objet de toutes les attentions et curiosités, qui ne s’effondrera qu’avec les idéaux de Petra. Mère, fille et amie sont, en comparaison, perçues comme des caricatures de femmes, dont le langage et les gestes font ressortir l’hystérie, le maniérisme ou l’aspect mécanique. Ainsi finissent-elles par s’emboîter à leurs ombres de poupées figées, projetées sur l’écran blanc du fond de scène. Parodie grotesque qui empêche de sombrer dans le mélodrame mais n’enlève rien au tragique du texte.

Hormis les personnages, lumière et bande son insistent sur la représentation de la torture interne de Petra von Kant. Excepté quelques chansons enjouées, témoins des sursauts de bien-être de l’héroïne, l’éclairage blanc, ascétique et les effets sonores angoissants prennent le dessus. Volonté du metteur en scène de s’approcher de la froideur dont parle Fassbinder : « L’amour est plus froid que la mort ». Par cette idée fondatrice, Antonio Latella justifie sa représentation glacée de l’univers affectif de Petra : regard d’une intense tristesse, d’une profondeur poignante, celui d’une femme dans l’échec de sa relation fantasmatique, pour qui les sentiments sont déshumanisés. Une lecture fine et intelligente, qui parvient, sans tomber dans l’exagération, à exacerber la puissance et l’impact de ces rapports de fascination-domination, à mettre en relief le combat entre artificialité et authenticité.

Laura Marinoni est quant à elle saisissante de justesse dans le rôle de Petra von Kant. Par sa beauté, son charisme, son mélange savoureux d’arrogance et de fragilité, nous ne pouvons qu’être subjugués.

Anne CARRON (Lyon)

Les Larmes amères de Petra von Kant,
de Rainer Werner Fassbinder
Mise en scène de Antonio Latella / Avec Laura Marinoni dans le rôle de Petra von Kant.

Du 11 au 14 janvier 2007 au TNP (Théâtre National Populaire), 8 place Lazare-Goujon, 69627 Villeurbanne Cedex.
Tél : 04 78 03 30 30.

En tournée au Teatro Sociale, Brescia, du 17 au 21 janvier 2007. Au Teatro Mercadante, Naples, du 23 au 28 janvier 2007.

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