Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Retrouvez nos critiques théâtrales sur :
Les informations sur nos cours d'improvisation théâtrale à Paris :

Musarder



Inscrivez-vous
au Club des abonnés (gratuit)




Découvrez nos cours d'improvisation théâtrale

Tous niveaux - 7e année

Les inscriptions sont ouvertes pour les cours d'improvisation à Paris qui débutent en septembre. Au choix, en français ou en anglais.



Nouveau !

Rejoignez notre cours d'impro en anglais :



Coaching prise de parole

           

Mois Après Mois

Festival d'Avignon

31 janvier 2007 3 31 /01 /janvier /2007 21:55
SHAKESPEARE VERSION "BLOCKBUSTER"

Ce Roi Lear ouvre sur un aparté. A l’heure de partager son royaume, Lear (Michel Piccoli) reçoit ses trois filles une par une ; à l’écart de la cérémonie d’abdication, hors champ, dont on entend qu’une rumeur diffuse. Des le départ, la mise en scène d’André Engel escamote ou presque le politique. Reste la mise à nu d’un homme en quête d’identité. Limitée par une esthétique qui, portée vers les studios hollywoodiens, fait abstraction de la poésie.

André Engel a fait du royaume de Lear un empire industriel. Dans un décor de fabrique des années trente, propice à une atmosphère de polar. Lear s’apprête à partager les parts de sa société. En un troc dont les ressorts n’ont jamais cessé de nourrir des interrogations. Lear entend bien rétribuer chacune de ses trois filles à hauteur de la preuve, toute rhétorique, qu’elles lui donneront de leur amour. Les deux aînées, faux derches comme personne, rivalisent aussitôt d’éloquence. La cadette, Cordélia (Julie-Marie Parmentier), dont la sincérité des sentiments crève pourtant les yeux, se refuse à les galvauder par ce marchandage. Furieux, Lear la répudie. Lear a renoncé à sa qualité de Roi. Ou de capitaine d’industrie, peu importe. Il se risque à exiger à titre personnel les égards qui lui sont dus. Encore qu’il ne semble pas très bien lui-même en avoir une idée arrêtée. Car voilà reparti cet homme, qui évalue en gros l’estime d’autrui, dans ses calculs d’épicier. Il lui faut une escorte, cent têtes au minimum. La charge en incombera à tour de rôle à Régane (Lisa Martino) et Goneril (Anne Sée), désormais ses seules héritières, ainsi qu’à leurs époux. Bien mal lui en a pris. Aussi usurière l’une que l’autre, les deux soeurs ne cessent de la détricoter. Et Lear de se retrouver nu.


Photo © Marc Vanappelghem / Odéon-Théâtre de l'Europe

Richissime, l’œuvre de Shakespeare ne s’en tient pas là. La chute de Lear, qui est aussi une sortie, a pour contrepoids l’inexorable ascension d’Edmond (Gérard Watkins). Le bâtard écorché, lui aussi avide de reconnaissance. Elle pose de manière incontournable la question de l’identité. Chez Lear, de toute évidence, c’est un gouffre. Est ce pour le remplir qu’il a cette obsession de la quantité ?. Lear ne regarde jamais personne en face. Comme il fuit le regard de tous. « Il usurpait sa vie », jugera après le crépuscule le fidèle Kent (Gérard Désarthe).

Un déluge pyrotechnique

Compte tenu de son succès, cette version donnée par André Engel donne lieu à une reprise. C’est vrai qu’il y a Michel Piccoli. Et que la bête rugit encore avec force. Mais le reste est beaucoup plus problématique. Pour explorer les mille recoins de cette œuvre somme, on peine à trouver l’audace d’un parti pris. Conventionnelle, la mise en scène ne semble pas servir autre chose que la stricte narration. Par des procédés pour le moins discutables. Tenté par le cinéma, André Engel a-t-il raté sa vocation ? Sa version, explique-t-il, aurait pu s’appeler « Citizen Lear ». Il est vrai que l’esthétique est celle des gros budgets hollywoodiens. Des films dits à « grand spectacle ». Sur les planches la tempête donne lieu à un déluge pyrotechnique. Pour cause de bataille rangée, un mur de placoplâtre explose tous les soirs. La pièce obéit à un impératif évident : celui de montrer. Si besoin à grand renfort d’effets spéciaux. Le problème, majeur, est que cet impératif asphyxie toute poésie. Dans Un Barbare en Asie, Henri Michaux écrivait : « Seuls les Chinois savent ce qu’est une représentation théâtrale. Les Européens depuis longtemps ne représentent plus rien, les Européens présentent tout. Tout est là sur scène, toute chose, rien ne manque, pas même la vue qu’on a de la fenêtre. » Heureusement, il est d’autres spectacles pour le contredire.

Hugo LATTARD (Paris)

Le Roi Lear (reprise)
De William Shakespeare
Mise en scène de André Engel
Texte français : Jean-Michel Déprats
Avec Nicolas Bonnefoy, Thiérry Bosc, Jean-Michel Cannone, Philippe Demarle (du 07 au 24 février), Gérard Desarthe, Jean-Paul Farré, Jérôme Kircher (du 13 janvier au 04 février) Gilles Kneusé, Arnaud Lechien, Lucien Marchal, Lisa Martino, Julie-Marie Parmentier, Michel Piccoli, Anne Sée, Gérard Watkins

Odéon-Théâtre de l’Europe aux Ateliers Berthier. 8 Boulevard Berthier 75017 Paris.
Réservations : 01 44 85 40 40

Jusqu’au 24 février 2007

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Chronique Fraîche