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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

28 mai 2005 6 28 /05 /mai /2005 00:00

UN MANIFESTE, PESANT DE DIDACTISME

Le 18 mai 2005, je découvrais la dernière création de Thierry Alcaraz, « Lésions ». Cette œuvre m’a laissé dans un abîme de perplexité.

Luron est un « garçon de bonne famille ». Ana, jeune femme-enfant est sa fiancée. Il semble qu’elle attende un enfant de lui. Quant au troisième personnage, habillé comme un présentateur de télévision, c’est le « commentateur cynique ». Ces trois personnages se retrouvent à intervalles réguliers dans les toilettes d’une boîte de nuit (drôle d’endroit pour une rencontre !). Les rapports entre eux vont être plutôt chaotiques…



Pas simple de parler d’une « pièce » pareille ! Disons-le en préambule : je ne me suis pas vraiment ennuyé à ces neuf Lésions, qui ressemblent, je suppose, à autant d’étapes d’un chemin de croix.

Je mets des guillemets au mot « pièce » parce que Lésions me semble correspondre beaucoup plus à un manifeste de notre époque, pesant de didactisme, écrit trop vite. Les aphorismes, qui volent plus ou moins haut, abondent : « Jeune con, on court vers des idéaux, on se branle à l’approche du bonheur, le téléphone portable autour du cou, on y croit » ; « on se lève et on ne pense qu’à une chose : bouffer » ; « On a tous besoin de justifier notre normalité. Les pédés sont normaux. Ils ont un cœur qui bat, ils aiment comme tout le monde, ils sont normaux, ils ne sont pas malades » ; « Le bonheur, c’est pas compliqué. On va pas se faire chier avec des conversations » [dit Luron à une poupée gonflable !] ; « […] dans la vie, il y a ceux qui enculent et ceux qui se font enculer » (c’est pas d’une originalité folle, ça !)… L’auteur ajoute parfois des « diagnostics » pseudo- scientifiques plutôt abscons et qui ne me semblent pas faire progresser l’action : « lambotalium cornus, espertali de gorge » ; « botos balincus éliembien jet-jetter-jectalle-veines venticule-sang-sagritinole objet d’uccus-um ». D’autres « sentences » de Thierry Alcaraz me laissent pour le moins perplexe : « Il y a quelque chose qui s’avorte toujours dans le ventre. Des embryons morts, nous les dégustons sur des grands buffets de fête. » Sans parler d’une syntaxe parfois approximative : « Nous couchons sur le sol, ce sol où jonchent les vins renversés et les cendres froides. »

« Réussir la médiocrité »

Heureusement, quelquefois, le trait juste pointe son nez : « À 13 ou 14 ans, tu découvres dans les yeux d’en face ce que tu dois le plus difficilement accepter : la désillusion. » Ana apporte même une vraie lucidité, un vrai courage : « C’est plus facile de rater, de réussir la médiocrité. Parce que tu te sens un raté, parce que tu as raté, alors tu te flingues. Tu tires dans le tas. Facile. Lâche. Égoïste. Bouseux. Porte-le, ton putain de sac ! » Ana encore : « Mesdames et messieurs, un monde nouveau se profile à l’horizon. Un monde plus juste qui ne manquera de rien, un monde tolérant avec une justice égale pour tous. Nous vivrons heureux, ensemble. Plus de misère, plus de malnutrition, plus d’abus de quelque sorte, sur les uns, les autres. Plus d’horreur sur nos enfants. Mesdames et messieurs, ce monde, ce monde n’existe pas. Parce qu’on ne le veut pas. Parce que nous devons nous-mêmes le construire. Au lieu de ça, nous attendons comme des cons que le messie arrive. Nous y croyons encore. Les dieux vont nous rendre fous. »

Je trouve même parfois dans le texte quelques îlots de tendresse et d’émotion : « Ne me quitte plus jamais. […] Tu m’as manqué horriblement. Je serai là, près de toi, contre toi, tu sentiras mes mains s’écraser contre ta peau. Je te regarderai quand tu chercheras avec énervement quelque chose que tu ne trouves pas, je te regarderai… Je me sentirai petite quand tu m’observeras du coin de la porte, et je pleurerai en silence quand je te verrai partir je ne sais où. » Mais ils sont noyés par le discours non incarné de l’ensemble.

L’auteur Alcaraz est sans doute réellement et sincèrement blessé par le monde qui nous entoure. Mais il est si maladroit qu’il ne me convainc pas, ou si peu.

La mise en scène me paraît plutôt fluide et plutôt efficace. La scénographie et les lumières changent de l’ordinaire, et sont assez pertinentes. À l’inverse, la vidéo n’apporte pas grand-chose et relève plus de l’envahissement technologique.

Quant à l’interprétation, je la trouve inégale. Mathieu Lané, peut-être mal à l’aise dans son rôle de « commentateur cynique », semble pontifier d’un bout à l’autre. Le comédien Alcaraz s’en tire correctement et transporte avec lui une certaine crédibilité. La meilleure, de loin, néanmoins, c’est Nancy Benbouguerra. Elle balance à la figure du spectateur une vraie blessure, un vrai enthousiasme, une vraie générosité, une vraie émotion.


Lésions, écrit et mis en scène par Thierry Alcaraz
Compagnie du Théâtre des Ouvriers 116, rue Carreterie
• Avignon
Tél./Télécopie : 04 90 16 92 49 – Portable : 06 86 13 72 43
Site : www.theatredesouvriers.com
Courriel : theatre.ouvrier@wanadoo.fr
Avec : Nancy Benbouguerra, Thierry Alcaraz et Mathieu Lané
Création lumière : Thomas Merland
Décor : Jean-Claude Alcaraz
Vidéo : I. Média
Photos : Vincent Marin
Théâtre de l’Alizé, 15, rue du 58e-Régiment-d’Infanterie
• Avignon
Tél. : 04 90 14 68 70
18 et 19 mai 2005 à 20 h 30 ; 9, 10 et 11 juin 2005 à 20 h 30 ; 12 juin 2005 à 16 heures
Ce spectacle sera rejoué tous les jours pendant le Festival d’Avignon à l’Alizé à 22 h 30
Tarifs : 13 €, 10 € et 9 €

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Published by Vincent Cambier - dans Festival d'Avignon 2005
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