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Festival d'Avignon

31 mai 2005 2 31 /05 /mai /2005 00:00

LE SENS DU POIDS DES MOTS

Le samedi 28 mai 2005, récompense du curieux de théâtre contemporain que je suis, j’ai découvert un auteur, Alain Gras, et une jolie pièce, « Dernier acte ».

Un acteur très célèbre, Pierre, est au soir de sa carrière et de sa vie. Il a connu tous les succès. Il est marié à Annouk, jolie femme, plus jeune que lui. Ils vivent dans une maison bourgeoise et confortable. Pierre a un agent qui s’occupe de tout : sa carrière, ses tournées, ses tournages. C’est devenu un ami au fil du temps. Nous découvrirons plus tard le personnage mystérieux de l’Auteur. En attendant, qu’est-ce qui peut bien troubler l’ordonnancement tranquille de cette maison et de ces vies sans histoires ? Juste un indice : l’acteur vient de faire un cauchemar, où, lors d’une représentation théâtrale, un spectateur lui tire dessus et le tue… Alors, dernier acte ?



La pièce d’Alain Gras a plusieurs mérites. D’abord, l’histoire est bien construite, avec une progression régulière et un suspense continu, et finement diffus. Ensuite et peut-être surtout, la langue de la pièce est assez belle et assez simple. J’estime ce travail d’écriture intéressant, et Alain Gras a visiblement le sens des dialogues, comme celui du poids et de la puissance évocatrice des mots : « […] les mots sont les mots. Il ne faut pas les employer à la légère ». Il a compris, aussi, avec profondeur, ce qu’est un comédien et ce qu’il apporte aux spectateurs : « […] donner à ces gens qui veulent le voir. […] leur tendre ce miroir où, un soir, soudain, l’un d’eux se reconnaît. […] croire à la force des mots, à la nonchalance de [son] pas, lorsqu[’il] traverse le plateau. La précision du geste, l’éclat du regard, la malice de [sa] bouche ».

En outre, Alain Gras est un auteur modeste et lucide : « Mais qu’ont-ils donc tous à dire qui n’ait déjà été dit par Sophocle ou Euripide ? » Il peut même déployer une lucidité amère, qui vise en plein cœur : « C’est bien ce que l’on a appris, n’est-ce pas ? Sans argent, on fait avec. Sans soleil, on fait avec. Sans amour, on fait avec. »

Concernant la mise en scène de Paul Anrieu, je lui trouve beaucoup de savoir-faire et d’efficacité. Rien n’est laissé au hasard, la part belle est allouée aux comédiens dans un classicisme de bon aloi. De même, le décor me change agréablement des plateaux nus, où le spectateur est sommé de tout imaginer. En outre, une scénographie qui a le bon goût de faire figurer Le Bon Usage, de Grévisse, dans la bibliothèque ne peut pas être fondamentalement mauvaise !

Paul Anrieu (l’Acteur célèbre) est tout simplement un acteur prodigieux. Sobre et efficace, il n’y a pas une seconde où il ne soit pas juste. J’ai l’impression qu’il s’est complètement identifié à son rôle.

Alain Gras, dans le rôle, fugace mais déterminant, de l’Auteur, joue très correctement sa partition.

Là où ça coince, c’est pour les deux autres. Véronique Ségura (la Femme de l’Acteur) m’a l’air, par moments, de se trouver là par hasard, d’être peu concernée, de faire la fine bouche, de ne pas vraiment croire à ce qu’elle dit. Ainsi, quand elle déclare : « Nous sommes allés jusqu’où nous pouvions, l’un vers l’autre, mon souffle sur ton souffle, ta peau sur ma peau, ta main dans ma main » – magnifique bilan d’amour –, je ne sens pas le poignard de l’émotion s’enfoncer dans mon cœur, ni mes yeux picoter. Quant à Alain Grangeon, je n’arrive pas à le considérer comme un agent « discret, cultivé », je le perçois plutôt comme un homme d’affaires pressé. Même son physique de costaud fait, pour moi, écran au personnage. Il a l’air d’en faire trop tout en paraissant « à côté ». Dommage !

Le théâtre est un art vivant, et c’est ce qui fait qu’une représentation ne ressemble à aucune autre. C’est ce qui fait aussi que mon avis ne concerne qu’une représentation bien précise.

Quant au « mystère du théâtre », c’est, selon Alain Gras, « ce simple air frais qui, certains soirs, vient rafraîchir la vie. D’autres fois, c’est une tempête qui balaie tout, fait s’envoler les pages bien écrites posées sur le bureau, met le désordre dans les cœurs et les esprits. Alors, décoiffé, le souffle court, le cœur en émoi, on sort du théâtre. Inutile de chercher le comédien. Il n’est pas derrière le décor, ni dans la coulisse, ou dans sa loge. Non, il vous accompagne dans l’obscurité, jusque chez vous. Il y entre et passe la nuit avec chacun ». Rien que pour cette réplique, il faut aller voir et écouter Dernier acte.


Dernier acte, d’Alain Gras
Éditions Art et comédie, 2, rue des Tanneries • Paris,
coll. « Côté scène », 64 p., 10,40 €
Mise en scène : Paul Anrieu
Avec : Véronique Ségura, Paul Anrieu, Alain Grangeon et Alain Gras
Théâtre de la Luna, 1, rue Séverine • Avignon
Tél. : 04 90 86 96 28
Samedi 28 mai 2005 à 20 h 30 et dimanche 29 mai 2005 à 17 heures

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Published by Vincent Cambier - dans Chroniques 2005-06
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