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Festival d'Avignon

4 février 2007 7 04 /02 /février /2007 19:54
QUAND LE FAUX EST LE VRAI, ET VICE VERSA

Qui aime la comédie à l’ancienne, avec ses intrigues entrecroisées, ses personnages qui se font passer pour ceux qu’ils ne sont pas, son arrière-fond un peu sentencieux, son heureux dénouement sera comblé. Qui déteste les chassés-croisés, les déguisements, les dialogues accumulés ne sera pas converti.

Quoi qu’il en soit, Philippe Sireuil est parvenu à faire de cette « Forêt » un plaisant divertissement, coloré, sautillant, clownesque, pétillant. Une réussite plus probante que le récent « Don, mécènes et adorateurs » du même auteur, mis en scène par Bernard Sobel et qui manquait visiblement de la légèreté et du rythme propres à ce type de comédie. Dans les deux pièces, une même thématique traverse l’histoire. Celle des conditions de vie difficiles des comédiens en Russie au 19e siècle. Confrontés à une petite bourgeoisie hypocrite et égoïste, ils profitent de leur métier pour tenter de subsister du mieux possible.


Photo © Véronique Vercheval

C’est ce que feront deux acteurs sans travail, Infortunatos le tragédien costaud ravitaillé chez Shakespeare (Philippe Jeusette) et Fortunatov le clown débrouillard nourri à la farce (Fabrice Schillaci). Dissimulant leur vrai métier, ils s’installent chez la vénérable Gourmijskaïa (Yvette Théraulaz), fieffée sournoise qui thésaurise mais s’avère prête à tomber dans les bras d’un gigolo jeunet (Michel Jurowicz), filou patenté ayant réveillé les fantasmes de ses sens ensommeillés.

Les enjeux de la cupidité


Joli monde dont se sert l’auteur pour montrer une nature humaine cupide, veule, intéressée, condition à laquelle n’échappent pas les domestiques, comme le majordome impassible (François Beukelaers) et la bonniche un peu godiche (Janine Godinas), pas plus que le roublard marchand de bois radin (Jean-Philippe Lejeune) qui ne veut marier son fiston qu’avec une fille considérablement dotée. C’est précisément celle-ci et son amoureux, qui viennent jeter la note d’innocence et d’honnêteté – en dépit de quelques inévitables mensonges – dans ce monde de la mesquinerie et du matérialisme. Grâce à ce couple, la fin virera du côté de la générosité du duo d’acteurs, indécrotablement différents du reste de la faune humaine au milieu de laquelle ils ont évolué.

C’est assez drôle. C’est bien enlevé, interprété avec une évidente connivence entre troupe et salle. Chaque rôle est typé en son langage, sa gestuelle et son habillement. Les costumes de Catherine Somers chatoient, bariolés et burlesques à souhait. Les corps cherchent leur équilibre sur un plateau en pente, se dissimulent derrière des portes et des coulisses, campent des caricatures qui parviennent à dépasser les stéréotypes de la commedia dell’arte et des numéros d’Auguste de cirque. Ils réussissant à conserver une bouffonnerie chaplinesque alors que le climat est à la morosité, voire au désespoir et à la violence larvée. Il y a délectation à voir chaque personnage tenter de tromper autrui, voire de se tromper soi-même à force de vouloir en imposer à l’entourage. Le bluff s’avère plus fallacieux que le jeu d’un homme de théâtre sur une scène dans cette société où la rapacité a remplacé la compassion. Même si la morale finale qui semble venir de la sensibilité de celui qui la profère s’avère, en réalité, un emprunt à Schiller.

Michel VOITURIER (Lille)

La Forêt
Texte : Alexandre Ostrovski (éd. José Corti, 1998)
Mise en scène : Philippe Sireuil
Distribution : François Beukelaers, Jean-Luc Couchard, Janine Godinas, Philippe Jeusette, Michel Jurowicz, Jean-Philippe Lejeune, Bernard Marbaix, Grégory Praet, Fabrice Schillaci, Yvette Théraulaz, Edith Van Malder
Lumières : Philippe Sireuil
Scénographie : Vincent Lemaire et Philippe Sireuil
Costumes : Catherine Somers Maquillages : Catherine Friedland
Coproduction du Manège.Mons/Centre Dramatique et du Théâtre National
En tournée : Théâtre de Carouge à Genève du 9 au 21 janvier ; au Manège de Mons du 25 au 27 janvier ; à la Maison de la Culture de Tournai les 8 et 9 février ; au Waux-Hall de Nivelles le 13 février. 

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