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Festival d'Avignon

19 janvier 2007 5 19 /01 /janvier /2007 12:34
ENTRE OMBRE ET LUMIÈRE

La complainte des percussions de Manou Gallo annonce la couleur : puissance et résonance. Le spectateur va vibrer pendant plus d’une heure, au rythme incessant de cette pièce-poème de Kay Adshead.

Mise en scène par Michael Batz, habitué des spectacles provocateurs et engagés, La Femme fantôme retrace l’itinéraire hallucinant, et pourtant réel (basé sur des témoignages) d’une journaliste africaine réfugiée en Angleterre. Elle a vu sa famille entière (parents, mari et fille) décimée sous ses yeux en représailles d’articles critiquant le régime politique de son pays. Menacée de mort, la femme noire doit fuir pour survivre. Là, commence un parcours du combattant pour exister dans ce «  pays d’accueil ».

Photo © DR

La scène est épurée, avec pour tout décor un grillage coiffé de barbelés, une valise pleine de souvenirs douloureux, une chaise (de l’accusée), une barre qui va du sol au plafond, au centre d’un cercle de sable. Ce cercle, c’est celui de l’enfer quotidien des réfugiés politiques.
Carole Karemera interprète cette femme en exil imposé, et croque une trentaine de personnages. Cela va des douaniers qui l’ « accueillent » à l’aéroport d’Heathrow, en passant par les gardiens du centre de rétention, les enquêteurs de l’administration, les autres demandeurs d’asiles…

De l’horreur naît la beauté


L’histoire touche par la cruauté des situations, l’inhumanité des personnes rencontrées. Dès la première seconde, on est aspiré dans cette galaxie à la fois proche de nous, mais pourtant si lointaine de nos préoccupations quotidiennes. La femme conte la façon dont les enquêteurs anglais suspectent sa requête. Accusé d’emblée, elle doit relater son histoire avec une précision scientifique, la moindre faille étant exploitée par l’administration. L’histoire du massacre qu’elle a vécu en Afrique donne lieu à une mise en scène aussi originale qu’efficace. L’actrice sur le devant de la scène se colle à un projecteur qui reflète son ombre géante derrière elle. Elle n’est plus que l’ombre d’elle-même, rongée par son drame et cuisinée à petit feu par la machine administrative.

Son jeu extraordinaire sur un sujet d’une telle gravité a encore plus de résonance grâce à l’illustration sonore de Manou Gallo. Celle-ci tire des balles musicales, fait sonner les sirènes, fait danser la mort et la vie. Sa complicité avec la comédienne offre des moments de répit, où le spectateur reprend une bouffée d’oxygène. Le rire comme exutoire, salvateur. La femme caricature avec finesse la bassesse de ses bourreaux en costume, sans une once d’aigreur. Elle défait le système en montrant son absurdité. Seule sur scène, elle imprime pourtant un rythme incessant et donne une épaisseur humaine bouleversante au personnage. Alors, passer à côté de cette pièce édifiante peut nuire à la santé, à la conscience. Le théâtre militant, éclairant des sujets durs et délicats, nous éclaire sur la part d’ombre de nos démocraties. « Les mots sont comme de la cire chaude et cette pièce-poème un cri », lance la "femme fantôme". Il faut d'urgence aller voir la pièce pour que ce cri ne s’éteigne pas dans la nuit.

Gabriel HAHN (Bruxelles)

Lire aussi la critique de Nurten AKA.

La Femme fantôme
Texte : Kay Adshead
Mise en scène : Michael Batz assisté de Valérie Suner
Interprète : Carole Karemera
Musique : Manou Gallo
Traduction française : Séverine Magois, Lansman Editeur

Reprise du 9 au 27 janvier 2007 au Théâtre de Poche 1a Chemin du Gymnase 1000 Bruxelles (Bois de la Cambre)

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