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Festival d'Avignon

9 février 2007 5 09 /02 /février /2007 23:31
JEU DE MAINS, JEU DÉMENT

Viens voir les comédiens, voir les musiciens, voir les magiciens... qui agitent leurs grandes, grandes mains… Non, K. Lear n’est pas l’énième happening parisien dont une certaine presse culturelle s’abreuve au quotidien, mais un petit bijou de spectacle, simple et saisissant de justesse. Une expérience sensorielle au pays des sourds-muets, qui vous rabat le caquet pour 2h15 au moins et vous accompagne de sa délicieuse musicalité quelques jours durant.

Nichée au fond d’une impasse pavée, Cité Chaptal, l’International Visual Theatre rouvre ses portes après travaux. Depuis presque trente ans, ce centre œuvre pour la reconnaissance d’une culture des sourds. Pour sa réouverture, Emmanuelle Laborit, l’actuelle directrice, et la metteuse en scène Marie Montegani proposent une version surprenante du Roi Lear. Un spectacle "bilingue", LSF (langue des signes français) et français, interprété par des artistes sourds et entendants. Une association audacieuse, un jeu de miroirs intelligent qui mêlent les compétences de chacun. Verbe et geste empruntent la même trajectoire.

Le geste silencieux, autonome recouvre sa dimension originelle et le texte n’en ressort que plus savoureux. Ce spectacle fonctionne comme un feu d’artifice. Chaque nouvelle proposition vient nourrir la richesse de la précédente. On voyage dans un univers féerique, magique et terriblement impitoyable à certains égards. Quand la chrysalide s’épanouit, les doigts comme des ailes de papillons s’emparent de la langue de Shakespeare, la délestent de sa sève nourricière et s’agitent dans l’air comme des mirages pour dire le tumulte, la torpeur, l’agitation.

Une tragédie baroque


Le roi se meurt. Le partage de son royaume devient un enjeu de pouvoir, auquel il faut ajouter sa dernière exigence : que ses filles lui délivrent des preuves d’amour. Goneril et Regan se prêtent hypocritement au jeu, tandis que la cristaline Cordélia peine à prononcer les tendresses attendues. Le roi, vexé, la répudie. Elle trouvera refuge en France auprès du roi ennemi, incarné par un Laurent Valo sublime, aérien, sensuel, terriblement charmeur. Au cours d’une nuit cauchemardesque, le roi refait le trajet inverse de son existence. Débarrassé des fastes du pouvoir, il redevient homme et se rapproche de son enfant muette. Clémentine Yelnik prête sa silhouette frêle à l’impétueux roi, et assure avec brio la reconversion d’un homme aux portes de la mort.

K Lear se présente comme une proposition scénique hybride, à la fois baroque, voire grand-guignolesque aux tonalités parfois inquiétantes. Les clairs-obscurs jettent le trouble dans les esprits. Les tonalités orientales, percussions japonaises, cymbalum chinois, créent des univers de tensions. La tempête shakespearienne sévit. Mots, déplacements, talents fusent dans tous les sens. Cette pièce recèle des perles rares. Tous les comédiens sont confondants de sincérité, de générosité. Emmanuelle Laborit campe une Cordélia étincelante, mi-vamp à poitrine angevine, mi-religieuse en robe médiévale. Et, quand ses petites mains dessinent des histoires, on ferme les écoutilles et éventuels sur-titrages pour se plonger dans son intensité.

Ombres

Seul regret, l’usage immodéré de la vidéo. Quand en aura t-on fini avec cette transversalité des disciplines qui tuent le propos plus qu’elle ne le sert ? Ici, encore le contrepoint polyphonique n’enrichit pas la mise en scène. Elle la plombe. À quoi bon, complexifier un matériau aussi dense que celui de Shakespeare ? Seule ombre à l’étonnante distribution, l’emploi de Goneril et Régan, dont le jeu manque de convictions. Elles sont certes troublantes dans leurs tenues de sylphides, juchées sur des talons trop hauts, « perruquées » à la David Lynch, mais peu convaincantes dans leurs rôles de serpentines maléfiques. La nonchalance hiératique fonctionne mal avec l’exigence de la langue des signes. L’artiste Vanessa Beecroft, auxquels les costumes se réfèrent, ne s’était pas trompée en intimant à ses mannequins de garder le silence. Dans leurs bouches, les mots perdent de leur mordant et les gestes deviennent illustratifs.

Au fond, qu’importe, le spectacle est tellement séduisant qu’on oublie ses petites imperfections… Et si l'on essayait seulement de faire parler nos doigts ? Quand on mesure le peu d’étendue de nos possibilités articulaires, on se tait, et l'on regarde, ébahis, ceux dont les mains possèdent la parole.

Maïa ARNAULD (Paris)

K. Lear
Mise en Scène et Adaptation : Marie Montegani
Scénographie : Sylvia Rhud
Traduction : Jean-Michel Déprats
Adaptation en Langue des Signes : Chantal Liennel, Anne-Marie Bisaro & Philippe Galant
Avec Clémentine Yelnik, Emmanuelle Laborit, Philippe Le Gall, Pascale Roberts, Véronique Affolder, Laurent Valo, Patrice Pujol, Cyrille Henri, Aurélie Rusterholtz et la participation de David Ayala
Costumes : Françoise Klein
Création Lumières et Images : Nicolas Simonin
Réalisation vidéo : Safy Nebbou
Flûte : Gaëlle Belot - Guitare : Christelle Séry - Percussions : Chin Pin
Musique : Jérôme Combier

A l’International Visual Théâtre jusqu’au 04 février 2007,
7, cité Chaptal- 75009 Paris Renseignements : 01 53 16 18 10
En tournée le 06 février à Meaux, le 9 février à Bagneux, le 13 et 15 février à Cergy-Pontoise, le 04 mars à Aulnay-sous-bois et le 07 mars à Chaville.

Photo © DR

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