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Festival d'Avignon

11 février 2007 7 11 /02 /février /2007 20:39
PRESQUE UN ADIEU

“Cette fois il n’y a pas de début, seulement des fins". Les voix fatiguées des deux acteurs de Trece años sin aceintunas nous font croire le temps de la représentation, que l’expérience du théâtre n’est pas viable, qu’elle est désespérée. Par le biais d’un mélange indistinct entre récits d’expériences vécus et épisodes théâtraux, ils jettent un regard complexe, émouvant, rebelle, désabusé, amoureux sur le monde du théâtre résistant et innovant.

Tout a l’apparence d’un adieu, de la fin d’une expérience théâtrale globale, celle de la compagnie du Canto de la Cabra, compagnie résidente et productrice des spectacle de la salle éponyme, El Canto de la Cabra. Les acteurs, chefs de troupe, qui sont la troupe et aussi les directeurs sans doute de ce petit théâtre, en sont à vendre aux spectateurs tout ce qui leur tombe sous la main. La caisse enregistreuse, leurs propres portraits, et le spectacle lui-même, avant de l’avoir vu joué. La tentative de recréer la réalité de la vie de théâtre est entrecoupée d’une sorte de parodie du théâtre contemporain symbolique et incompris, souvent stérile et ennuyeux.
 Photo © Silvia Sardinero

La proposition débute d’ailleurs ainsi : l’homme et la femme, le couple, prennent, à moitié nus ou totalement nus, des poses esthétisantes et hermétiques. Le spectateur se décourage presque, surtout dès lors qu’il a suivi de près la première semaine de programmation d’Escena Contemporánea. Mais la déception est rapidement brisée lorsqu’on comprend que là n’est pas l’enjeu, qu’il n’y a rien à lire dans ce passage vide, que ce n’est qu’un moment joué, utilisé comme simple moment de fiction, illustration, exemple de théâtre. Car la proposition n’aura de cesse de jouer sur les limites, et de jouer avec les spectateurs.

Théâtre et vérité

A ce moment, s’ensuit une irruption brutale de la vie. Soudain, l’acteur prend à parti le public surpris. Car, nous, spectateurs, regardant, assis par terre, dans un espace cette fois-ci parfaitement adapté, nous sommes sollicités pour monter les chaises, les gradins, nos sièges de spectateurs dans la salle de spectacle. On commence. Mais de nouveau, l’acteur vieent nous interrompre. Il crie soudain, désespéré, son sort difficile d’acteur, de chef de troupe, de directeur de petit théâtre, et sa solitude. Une fois passée cette crise terrifiante de vérité, le jeu, son jeu, reprend. On ne sait pas vraiment s’il se joue de nous, si il joue au théâtre, s’il joue à l’acteur et nous aux spectateurs, mais le spectacle revient.

Dans un dialogue délicat et sensible, les acteurs se rencontrent, et racontent leur vie. Les acteurs ou les personnes. Ultime coup de théâtre, dernier épisode, on revient pour finir au théâtre du corps, au dégoût, à la chair, et pourtant à la fin de cet acte, parviennent à se joindre les deux territoires, le théâtre et la vie, dans le couple s’aimant. La forme est le théâtre, car existe un pacte tacite instauré avec le public. Ce qui s’y raconte n’a aucune importance. Pas de vérité. Car s’y trouve le véridique. L’unique réalité est que le public y croit. Pas de mensonge. La norme est celle de l’espace de la scène ou celui de la vie. Lequel est le plus vrai ? C’est parfaitement égal. La troupe d’El Canto de la Cabra a tout senti avec justesse, et tout au long de la pièce, l’a dit subtilement.

Frédérique MUSCINESI (Madrid)

Trece años sin aceitunas
Compagnie El Canto de la Cabra
Création et réalisation: Juan Úbeda y Elisa Gálvez
Lumières : Carlos Marqueríe
Vidéo : Lucas Jiliberto Théâtre El Canto de la Cabra C/ San Gregorio, 8 28004 Madrid + 34 913104222 Escena Contemporánea

Jusqu'au 1er février et du 4 au 25 mars 2007

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