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Festival d'Avignon

12 février 2007 1 12 /02 /février /2007 18:12
UNE TRAGÉDIE ENROBÉE DE BAROQUE

La célèbre pièce de John Ford, Stuart Seide l’a adaptée pour n’en conserver que l’essentiel de l’intrigue, en l’agrémentant de textes d’auteurs de l’époque. Il y met en scène les huit jeunes comédiens récemment sortis de son école de théâtre.

Scénographie éclatée pour permettre au public d’assister à l’action comme à un tournoi, à un défilé de mode, à un match de tennis. Au centre, une table allongée qui fait office d’estrade ou de podium. Côté jardin, la chambre ; côté cour, le monastère et un trône. En dessous de chacun, des bas fonds pour se réfugier, pour être exilé et peut-être aussi pour espionner. Entre ces lieux divers, les personnages circulent, se croisent, s’apostrophent, se toisent, se défient.
 Photo © Pidz

Giovanni (remarquable Azeddine Benamara) est amoureux de sa sœur (très nuancée Chloé André). L’interdit de l’inceste ne l’arrête nullement, tant il cherche par tous les moyens à vivre ses révoltes contre l’ordre établi. Pour échapper à la malédiction de l’Église, personnifiée par un moine et le légat du pape (Sébastien Amblard parfois un peu pâle), la jeune fille consent à se marier, poussée par l’assentiment empressé de son père (Jonhatan Heckel à la panse florissante dans un style très Arcimboldo) avec l'un de ses prétendants, Soranzo (Christophe Carassou, maniéré façon drag queen). Hélas, le mari s’aperçoit vite que l’épouse est enceinte. Il apprendra le nom du géniteur à cause de la crédulité d’une servante (Caroline Mounier, éclatante de présence en rôle de composition) et d’un sbire manipulateur (Anna Lien, tout aussi habitée par la sauvagerie de son rôle de traître). Par-dessus ces protagonistes, une femme mystérieuse (l’épisodique Mounia Boudiaf) est à la fois le témoin, l’ange de la mort, le double d’Annabella, la commentatrice, la passeuse de citations.

Une esthétique de la transgression


La représentation tente de transgresser les codes, comme les protagonistes, écartelés entre la nécessité d’exprimer leurs pulsions sexuelles ou mortifères et la pesanteur des lois tant divines qu’humaines au service d’un ordre supposé immuable. Tout s’accomplit dans l’excès. L’honneur alors se lave dans le sang comme il commence aujourd’hui, alors qu’on croyait avoir dépassé ce stade, à se résoudre à coups de poings, de pieds, de boule, de couteaux. À ceci près – qui n’excuse en rien la violence du passé - que l’honneur actuel se place non à la hauteur de vraies valeurs humaines mais à celles de susceptibilités exacerbées par un manque flagrant de culture, donc d’humanisme.

Le spectacle prend en compte un maximum de dimensions théâtrales. Les images sont nombreuses et souvent fortes. C’est le cas de la scène de la déclaration d’amour, de celle du mariage, de la confession de la sœur, de l’incarcération de la servante… Le corps type des personnalités par la dégaine autant que par les gestes ainsi que par les appoints schématiques du maquillage. Les costumes, mêlant kitsch extravagant aux rappels historiques, resplendissent. Le texte est dit avec précision mais il prend parfois allures d’échos, de chœurs, de paroles entrelacées lancées en relais. Les spectateurs participent à l’action par une intégration complice au travail des jeunes comédiens qui, même avec des fortunes inégales, traversent cette tragédie furieuse sans faiblir.

Michel VOITURIER (Lille)

Dommage qu’elle soit une putain
Texte : John Ford adapté par Stuart Seide, agrémenté de citations de Shakespeare, Donne, Herrick et Webster
Mise en scène : Stuart Seide
Distribution : Sébastien Amblard, Chloé André, Azeddine Benamara, Mounya Boudaf, Christophe Carassou, Anna Lien, Jonathan Heckel, Caroline Mounier
Scénographie : Charles Marty
Costumes : Fabienne Varoutsikos
Lumière : Olivier Oudiou
Son : Marc Bretonnière
Maquillage et coiffure : Catherine Nicolas

Production : Théâtre du Nord
À l’Idéal (Théâtre du Nord) à Tourcoing du 25 janvier au 22 février 2007 (0320 14 24 24).

En tournée : au Théâtre National de Bretagne à Rennes du 6 au 17 mars 2007 ; à la Comédie de Saint-Étienne du 27 au 30 mars ; aux Amandiers de Nanterre du 1er au 17 juin. 

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