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Festival d'Avignon

13 février 2007 2 13 /02 /février /2007 14:29
COMME DANS UNE BULLE ÉMOTIONNELLE

Il n’est pas toujours besoin de mises en scène imposantes, de machineries bien rodées jouant sur le grandiose et le spectaculaire, pour donner au théâtre sa puissance évocatrice, sensationnelle. Quand le texte se suffit à lui-même, quand les mots parviennent sans mal à nous parler, et qui plus est, quand ils sont servis par deux acteurs de talent, la théâtralité prend tout son sens et nous enveloppe imperceptiblement de sa force dramatique.

Albert Ramsdell Gurney propose avec Love Letters une forme presque oubliée de la représentation théâtrale. Comme son nom l’indique, la pièce se bâtit autour d’une correspondance amoureuse qui traverse le temps, évoluant avec ses auteurs, liés jusqu’à la fin par leurs écrits. Lecture de ces derniers portée par Anouk Aimée et Jacques Weber, devenus Alexa et Thomas, ces deux amis, amants qui se dévoilent, se découvrent, se rapprochent ou se perdent par messages interposés.

Photo © DR

Ping-pong sentimental

Entre phrasé prolifique et parcimonie rédactionnelle, avec emphase ou retenue, les deux interlocuteurs se renvoient la balle dans un jeu rythmé alternant échanges frénétiques et missives plus langoureuses. Une lecture cadencée à laquelle se joint un jeu subtil d’éloignement-proximité ; accoudés côte à côte à un grand bureau de bois, face au public, l’homme et la femme ne se regardent pas, ne se parlent pas, comme en une sorte de moments de recueillement soliloqués où la parole, sur le papier, peut se débrider. Mais, grâce à la proximité scénique des deux individus, les lectures de leurs courriers se font écho et créent un contre poids avec la distance réelle qui sépare les personnages.

Toute la force des comédiens réside dans cette capacité à occulter la présence de l’autre et donc aussi la nôtre, à entrer dans cette bulle émotionnelle de la lecture solitaire et non partagée. Toutefois, cet isolement a pour effet paradoxal de décupler la complicité, le lien singulier qui unit Alexa et Thomas et ne nous laisse, du coup, ni extérieurs, ni indifférents. Et de surcroît, les mimiques, intonations et attitudes des comédiens rendent vivantes les diverses natures de communication écrites, tantôt légères, tantôt plus réflexives. Ainsi jonglent-ils entre le langage adolescent cru et sans détour et les discours d’adultes qui se compliquent et s’assombrissent. Nous acceptons alors sans rechigner de traverser le temps et les âges, de nous laisser bercer par ces récits. Nous voguons entre rire naïf et douleur assumée, entre l’alacrité et l’inanité qui forgent cette relation épistolaire.

Pari audacieux mais brillamment relevé que cette mise en espace de textes, uniquement conduits par la lecture. Anouk Aimée et Jacques Weber allient sobriété et puissance, conférant à ces lettres la profondeur et l’intensité que notre déchiffrage individuel n’aurait peut-être pas permis de déceler.

Anne CARRON (Lyon)

Love Letters, de Albert Ramsdell Gurney
Mise en scène de Sandrine Dumas
Avec Anouk Aimée et Jacques Weber

Du 6 au 18 février 2007 au Théâtre des Célestins, 4 rue Charles Dullin 69002 Lyon Tél : 04 72 77 40 00

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