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Festival d'Avignon

15 février 2007 4 15 /02 /février /2007 16:03
ÉTRANGER DANS LE PLAISIR DES MOTS

En février, à l’occasion des premières représentations de la pièce en Italie, le metteur en scène russe Anton Konchalovsky et sa troupe donnait deux représentations de La Mouette, le chef d’œuvre de Tchékhov, au théâtre Argentina à Rome.

Le Théâtre Argentina est un peu à Rome ce que l’Odéon est à Paris, un magnifique théâtre à l’italienne, en plein centre de la ville. C’est là qu’on se presse pour découvrir les grands noms de la scène théâtrale italienne et internationale. Andrei Konchalovsky n’est pas à proprement parler une découverte. C’est l'un des metteurs en scène russes les plus connus, comme toute la famille du reste. Il a reçu récemment un prix pour l’ensemble de sa carrière cinématographique à l’occasion du 17ème festival du film de Moscou. Il a quitté la Russie pour Hollywood en 1980 et travaille aux Etats-Unis où il réalise ses films (Maria’s Lovers, A 30 secondes de la fin… ). Son frère cadet n’est pas moins illustre que lui, c’est le cinéaste russe Nikita Mikalkov.
 Photo © DR

Avec La Mouette, pièce écrite en 1895 qui triompha au théâtre de Moscou, deux ans après l’insuccès de Saint Petersburg, dans la célèbre mise en scène de Stanislavski, Konchalovsky revient à sa grande passion, le théâtre. « J’aurais voulu commencer le théâtre dix ans plus tôt. Sur un tournage, une journée de travail se compose de 2% de création et de 98% de préparatifs. Au contraire, le théâtre est une joie continue. On ne s’occupe que d’art et de recherche spirituelle. On échange avec les plus grands : Tchékhov ; Shakespeare, Eschyle, Strindberg. »

Fidélité

Konchalovsky connaît bien la pièce : il l’a montée une première fois en 1987, répondant à l’invitation de Giorgio Strehler au théâtre de l’Odéon, avec André Dussolier et Juliette Binoche. Le résultat est une mise en scène très respectueuse de l’esprit du texte, capable de restituer le sens, la direction, les ramifications et les silences de la comédie de Tchékhov. Tous les thèmes chers au dramaturge sont là : solitude, mélancolie, désillusion, désespoir. L’excellente interprétation des acteurs rend à merveille l’excentricité de Treplev, l’infantilisme d’Arkadina et l’égoïsme de Trigorin. La scénographie est presque inexpressive ; cela produit une impression de vide qui nous aide à nous dépouiller de nos a priori sur la pièce, comme on laisse son manteau au vestiaire. On est prêt à se laisser surprendre, on fait semblant de ne pas savoir ce qui va se passer. La mise en scène est simple, directe, traditionnelle. Pas de parti pris. On part pour un voyage de trois heures dans le plaisir des mots et des situations, dans le plaisir d’être au théâtre.

Evidemment, c’est en russe que les acteurs nous donnent à entendre ce texte qui devient une sorte de chanson dans une langue étrangère, tandis que nous suivons la traduction en italien. Doublement étranger, je me promenais dans le texte, mi connu, mi inconnu. Et les mots baignaient dans une neuve atmosphère. Rien, dans cette distance avec la compréhension directe de l’œuvre, ne se perd, rien du plaisir des dialogues et des situations, rien de l’intelligence dramaturgique et de l’empathie de l’auteur pour les faiblesses humaines, tout, au contraire, se gagne dans l’étonnement de la distance. La critique russe fut très bonne et surtout salua la façon dont le metteur en scène restituait, plus d’un siècle plus tard, la valeur d’authentiques comédies que Tchékhov attribuait à ses pièces. Il nous arrive aussi de rire en voyant ces personnages se débattre dans leur existence, passant de l’hystérie la plus ridicule à la vérité des pleurs, en même temps que nous sommes émus par leur destin qui ressemble tant à celui de la mouette, libre de battre ses ailes, avant d’être balayée par la vie.

Matthieu MÉVEL (Rome)

Il Gabbiano / La Mouette, d'Anton Tchékhov
Mise en scène : Andei Konchalovsky
Scénographie : Ezio Frigerio
Costume : Rustam Khamdamov
Musique et lumière : Eduard Artemien
Avec : Irina Rozanova, Alexey Gishin, Anatoly Adoskin, Julia Vysotskaya, Vladimir Goriushin, Olga Anokhina, Olga Miloyanina, Alexey Serebriakov, Eugeny Steblov, Yury Tcherkasov, Evghenij Ratkov, Alexandr Piskaref, Elena Lobanova.

Les 3 et 4 février 2007 au Théâtre Argentina à Rome.
En tournée : Venezia - Teatro Goldoni -  6 et 7 février / Reggio Emilia - Teatro Romolo Valli -  9, 10 et 11 février.

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