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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

23 février 2007 5 23 /02 /février /2007 18:39
DÉSIR SANS AVENIR

Pendant quelques instants, ils se dévisagent sans un mot, sans un geste, pétrifiés par la surprise. Chacun se tient debout dans un face à face silencieux, lourd de ressentiment. L’heure est au règlement de compte. Peu à peu, la stupeur se transforme en défiance. La menace règne. Le silence s’éternise, le temps se suspend, la tension monte : qui dégainera le premier ?

Quelque chose de malsain, de délétère règne dans la salle. Un couloir sinistre plongé dans une lumière froide de néon, une ambiance verdâtre de cabinet médical, de la vaisselle en plastique, maculée, dispersée aux quatre coins de la pièce. Une scène réduite, inquiétante, asphyxiante qui constitue le seul espace de jeu. Plus dérangeant encore, cette proximité étudiée avec le public : un petit nombre de spectateurs et aucune rupture matérielle entre la scène et les gradins. Le cadre parfait pour un huis clos intime. Le temps des aveux a sonné. « Ein Schock ! », le choc des retrouvailles après quinze longues années de séparation.
 Photo © Matthias Horn

A l’époque, Una était une enfant de 12 ans, Ray un jeune homme de 34 ans. De leur relation amoureuse interdite ne restent que des souvenirs d’un passé tantôt fantasmé tantôt refoulé, entre nostalgie et déni. Chacun tient sa version. C’est le moment des explications. Ray devenu Peter, a tiré un trait sur ce qu’il considère comme une erreur de parcours. Une nouvelle identité, une nouvelle femme, un nouvel environnement : une fuite du passé en bonne et due forme. Elle, n’a pas eu cette possibilité. La petite est restée là où il l’a abandonnée, sans explication, livrée à son sentiment d’humiliation. A 12 ans, elle perd avec violence son innocence, forgeant au fil des années, entre la honte et l’incompréhension, un profond ressentiment. Au fil des témoignages, les perceptions différentes se confrontent avec véhémence, les reproches fusent, la confusion s’installe. Una a-t-elle été une victime de la terrible perversion de Ray ou une petite lolita en puissance avide de séduction ?

Au fil des aveux les chaînes du silence se brisent entre amertume et douleur. Progressivement les personnages se confessent, se révèlent. Les masques tombent . D’une identité superficielle on passe au sujet authentique, dans son lot de complexité et de contradiction. A tel point que les rôles s’inversent : Ray passe du personnage froid, hostile à l’individu pervers, lâche, à la victime d’un amour interdit. Un homme avec ses faiblesses, en somme. Incarnant tantôt la petite fille, dont on a abusée, tantôt la femme blessée forte de sa vengeance, Una décline son ambivalence de manière déroutante. Banale histoire d’amour impossible ou relation perverse? Dans tous les cas un désir sans avenir. Incarné par les brillants Thomas Bading et Jule Böwe, un duo puissant, inquiétant et dérangeant sur le chemin de la folie.

Elsa ASSOUN (Berlin)

Blackbird
Mise en scène : Benedict Andrews
Texte : David Harrowers
Adaptation : Maja Zade
Musique : Matthias Trippner

Schaubühne am lehninerplatz. Le 2 mars à 20h30. 

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