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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

19 juillet 2005 2 19 /07 /juillet /2005 00:00
PURIFICATION DES COEURS

 

Alors que le Docteur Piet Osi s’apprête à devenir le ministre d’un pays autrefois ravagé par la guerre civile – on peut facilement imaginer une république de l’ex-Yougoslavie -, son jeune demi-frère, Val, qu’il croyait disparu depuis vingt-cinq ans, fait irruption dans sa vie et lui fixe rendez-vous dans un chantier abandonné. Là, les blessures se remettent à saigner, les rancoeurs éructent, la recherche de vérité se hurle. L’hostilité pointe. Les nerfs sont à fleur de peau. Les émotions se déversent. Les deux frères vont-ils se retrouver ? À nouveau réunis, vers quel destin courent-ils ?



Le texte d’Enzo Cormann, puissant et poignant, prend prétexte à un cadre intime, à un huis clos fraternel bouleversant, pour aborder en filigrane maints thèmes liés à ces guerres qui lient des peuples parfois plus frères qu’ils ne croient. On y médite sur les tentations impérialistes de l’histoire, les drames personnels et familiaux derrière les guerres ethniques, l’errance des nations sans État, la finalité de la violence dans les luttes idéologiques - « Un terroriste ne convainc pas, il terrorise» -, la manipulation politique et la stabilité des régimes politiques nés après la chute du Mur de Berlin.
Cette réflexion est intemporelle et universelle, même s’il est vrai que la mosaïque de peuples en Europe centrale et orientale, offre une configuration particulière que le système soviétique et communiste a su contenir. Il reste encore dans les républiques caucasiennes, par exemple, et parfois plus proche de nous, des poudrières insoupçonnées. Toute paix construite sur des cendres est fragile, elle aussi, et les résurgences nationalistes sont à surveiller comme les volcans, car ceux qui veulent nettoyer au karcher les « impuretés ethniques », ceux qui prônent « l’homogénéité ethnique » ne sont jamais bien loin.
Une réflexion plus large porte sur la difficulté à s’affranchir des barbaries du passé et à faire son travail de responsabilité, pour les uns, de deuil, pour les autres. Le spectateur s’interrogera aussi sur la complexité du devoir de mémoire, la difficulté à subir sur des générations le poids de la faute, la nécessité de pardonner et la tentation de faire prévaloir la vie sur le funeste… Et puis, la question qui met mal à l’aise. La mémoire des génocides peut-elle sauver de nouveaux génocides ?

Yves Thery campe parfaitement les tourments d’un homme qui pensait avoir fait table rase du passé, avoir nettoyé son âme, et que ses souffrances désormais rattrapent. Didier Gonçalves incarne avec fragilité un homme prêt à mourir et à tuer après s’être délivré de ce qui lui pèse, au terme d’une longue séance de catharsis – de « nettoyage » ? - avec son frère psy. Il est prêt à « retourner à la terre de leur enfance » pour graver dans l’éternité un rêve perdu d’absolu. Quant à la radio, elle n’a pas le meilleur rôle, elle annonce l’enlèvement par des forces terroristes du futur ministre. L’enquête semble-t-elle piétiner ? Nenni, un scandale non résolu est un aveu de faiblesse, qui peut ébranler le pouvoir. Et si les nettoyeurs étaient derrière la porte ?

 


Diktat
de Enzo Cormann
Mise en scène et interprétation: Didier Gonçalvès et Yves Thery, avec la voix d’Yves Poey et le regard d’Annette Benedetti
L’Autre compagnie
Thalie Théâtre
Horaire : 17 h 15, durée : 1 h 15

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Published by Stephen Bunard - dans Festival d'Avignon 2005
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Chronique Fraîche