Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Retrouvez nos critiques théâtrales sur :
Les informations sur nos cours d'improvisation théâtrale à Paris :

Musarder



Inscrivez-vous
au Club des abonnés (gratuit)




Découvrez nos cours d'improvisation théâtrale

Tous niveaux - 7e année

Les inscriptions sont ouvertes pour les cours d'improvisation à Paris qui débutent en septembre. Au choix, en français ou en anglais.



Nouveau !

Rejoignez notre cours d'impro en anglais :



Coaching prise de parole

           

Mois Après Mois

Festival d'Avignon

20 mars 2007 2 20 /03 /mars /2007 23:12
UNE FRESQUE DU POUVOIR... DANS LES TOILETTES

Création attendue au Varia du collectif bruxellois Transquinquennal. Pour la première fois, en 18 ans et 23 spectacles, l’équipe s’attaque au théâtre classique et adapte Shakespeare. La pièce «Henry IV» devient «Harry». La fresque du pouvoir se partage entre six comédiens et se déroule – sans blague - dans les WC… Mais si le spectacle est audacieux à l'annonce, le résultat reste fade.

L’affiche du spectacle annonçait une couleur moderne. Un portait de «famille» en costards-cravates tel le générique d’un feuilleton à rebondissements. Pourtant, le décor a eu son effet de surprise : des latrines ultra «clean» et design, entre le sol noir laqué, la pissotière clinquante, les lavabos sertis d’orchidées, les vitres teintées et un écran de télé où les infos sont diffusées en continu...

Photo © Mirjam Devriendt

Du chic, la métaphore renvoie judicieusement l'idée que des grandes décisions (politiques ou économiques) se prennent aussi dans des lieux informels. Nous voilà donc dans les chiottes. Deux heures de spectacle pour une couronne (invisible), six comédiens vont circuler au gré du pouvoir et de ses trahisons, épinglés par Shakespeare.

Politique et trahisons


L’histoire raconte comment les rois se succèdent au fil des assassinats, des alliances et des trahisons. Henry IV a piqué la couronne à son cousin Richard II et fait face à son tour à la révolte de ses anciens alliés du clan des Percy, menée par Harry Percy, le jeune intrépide de la famille. Côté famille, le roi n’a pas autant de chance. Son fils Harry, le Prince de Galles, futur Henri V, ne lui semble d’aucun secours. Sa témérité excelle dans les tavernes en compagnie de Falstaff le débauché. Toutefois, face à la guerre civile, il finira par rentrer dans les rangs (et dans les grâces de son père), en tuant l’intrépide Percy, en matant la rébellion et en chassant ses amis de beuveries, Falstaff en tête. Devenu Henri V, l’invasion de la France s’annonce. La suite est une autre pièce.

Puzzle boiteux


Sur scène, la déception va grandissant. Le texte et le décor vont vite perdre le contact et s’autodétruire. Car si Transquinquennal a fortement brouillé la structure de la pièce originale, (allégeant les intrigues, éliminant les personnages périphériques, réamorçant plusieurs fois les mêmes scènes), il a malheureusement conservé un ton «shakespearien», mal joué, qui a fini par jurer avec une mise en scène (devenue) caricaturale : des va-et-vient dans les WC, rythmés par quelques coupes de champagnes et quelques chasses tirées…

De ce spectacle qui s’annonçait passionnant, les pétards se sont mal allumés. On regrette qu’une écriture n’ait pas été posée ici et maintenant, portant des allusions féroces aux hommes de pouvoir actuels. Et l'écran CNN en continu, entrecoupé par les différents discours royaux, n'a finalement rien à dire.
Enfin, du coté des comédiens, on retiendra Anne-Cécile Vandalem, Brigitte Derby, Bernard Breuse et Bernard Eylenbosch qui, d’allure et de jeu, ont réussi, l’équilibre fragile entre le texte et le décor… On oubliera Miguel Decleire dans un jeu de roi sans densité et Stéphane Olivier dans la bouffonnerie conventionnelle d'un Falstaff sans surprise.

Certes, en adaptant sans ménagement Shakespeare, la compagnie annonçait « une lecture qui confond l’écriture de Shakespeare avec une écriture de série B… Un espace fictionnel {où} nous n’allons pas essayer de l’incarner complètement… les gens peuvent commencer à douter. » Nous, avec la fragilité de la première, impossible de douter. Sans saveur intelligente, l'adaptation s'est frileusement arrêtée à mi-chemin. Dommage. Entre le texte et le décor, que ce soit dans la distanciation voulue ou la fusion souhaitée, l’osmose n’est pas passée, l’ennui s’est faufilé…

Nurten AKA (Bruxelles)

Harry, à noter Jusqu’au 15 mars au Varia, 78 rue du Sceptre, 1050 Bruxelles. 0032/2/640.82.58. 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Chronique Fraîche