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Festival d'Avignon

24 mars 2007 6 24 /03 /mars /2007 01:08
TORTURES SCÉNIQUES

Avec La Question, Henri Alleg a signé un témoignage universel contre la torture. Jean-Pierre Bodin et François Chattot voulaient en être les passeurs. Mais charriés par les flots d’une mise en scène déroutante, les mots d’Alleg n’arrivent jamais à bon port.

Henri Alleg, membre du parti communiste algérien, a été directeur d’Alger Républicain. Ouvert à toutes les tendances de l’opinion algérienne, indépendantistes compris, le journal fut interdit en septembre 1955. Contraint de passer à la clandestinité, Alleg continue d’écrire. Notamment sur la torture que pratique l’armée française. Le 12 juin 1957, il est arrêté par les parachutistes de la 10e D. P.. Conduit en secret au centre d’El-Biar, il est torturé à son tour. Question lancinante que lui aboient ses tortionnaires : qui l’héberge ? Malgré les supplices, Alleg ne souffle mot. Au terme d’un mois de souffrances, il est transféré en prison et mis en détention pour trois ans.

Depuis sa cellule, il écrit le récit de son calvaire et des agissements de ses bourreaux. Un témoignage rigoureux, précis, sans appel. Transmis en France par l’intermédiaire de son avocat, le texte est publié par Jérôme Lindon aux Editions de Minuit. Son écho retentit bien au delà des frontières.
 Photo © Mario del Curto

Ce mois de juin 1957 naît Jean-Pierre Bodin. Aujourd’hui sur les planches, il s’efforce de perpétuer ce témoignage. Dans une mise en scène de François Chattot, avec lequel il collabore régulièrement. Le parcours personnel de Jean-Pierre Bodin, à l’origine du projet, vient approcher une première fois Henri Alleg. Son épouse, Alexandrine Brisson, signe un court métrage « C’était pas la guerre ». Sur ses souvenirs précédant l’indépendance de l’Algérie. Il y a quelques années, le film est diffusé en première partie du documentaire de Jean-Pierre Lledo « Un rêve algérien ». Dans lequel Henri Alleg revient sur ses lieux de résistance et de torture. A cette occasion, le couple rencontre l’auteur. L’homme les bouleverse. Mais est-ce bien le fruit d’une longue empathie parvenue à maturité qui nous est donné à voir ?

Loin de la sobriété de l’oeuvre

Misant sur le poids accablant des mots, Jean-Pierre Bodin, se contente d’en être le passeur. Détaché, un peu lunaire. Sauf que depuis l’autre rive, le public assiste à sa noyade. Au milieu du guet. Sous un flot de propositions scéniques superflues. Tout débute avec Alleg Bodin, perché au dessus d’un paysage agreste. Assis en tailleur, comme les Arabes, sur un caisson noir. Il joue de l’oud et commence son récit comme un conteur Au dessous de lui, une peinture naïve évoque un jardin d’Eden. Au milieu duquel évolue un lion. Entre autres éléments de décors dont l’espace est rempli, une lampe à l’abat-jour violemment denté. Un castelet abritant un jeu de massacre, comme dans les fêtes foraines. On peut y glisser sa tête à la place de celles de galonnés de l’armée française. L’ensemble a un air de bric-à-brac. Pour le moins criard. Puis Alleg fait face. A la manière d’un dompteur, une chaise en main, il tient la bête en respect. On se dit déjà qu’il manque un coup de fouet. « Quand on pique un Européen, on le soigne mieux que les "troncs". Tout le monde parle. Faudra tout nous dire. Et pas seulement un petit morceau de la vérité, hein, mais tout ! ». On ne sait plus si Bodin dit cette phrase en allumant un réchaud pour se faire du thé. Ou en s’ingéniant à ficeler d’une corde les trois quarts des éléments du décor. Sans que l’on en sache jamais le pourquoi.

Au texte d’Alleg, sa maigreur, son économie de procès-verbal qui fait sa force, la mise en scène prend le parti opposé. Surcharge d’effets de lumières, sonores, rires enregistrés, voix off etc. dont certains, parfaitement inutiles, frisent le ridicule. A cette question d’une redoutable simplicité, François Chattot apporte des réponses scéniques bien alambiquées. Et bien loin de la sobriété de l’œuvre. Un comédien figé la plupart du temps. Du pathos là où le texte en est exempt. Le problème majeur est qu’il est parfois très difficile de l’entendre. En un sens, c’est rendre justice à Henri Alleg. Sous la torture, voila un homme qui ne parle pas.

Hugo LATTARD (Paris)

La Question
Adapté de l’œuvre de Henri Alleg
Mise en scène de François Chattot
Avec Jean Pierre Bodin
Studio, Théâtre National de Chaillot, 1 place du Trocadéro 75116 Paris
Réservations 01 53 65 30 00

Jusqu’au 7 avril 2007

NB : La photo illustrant notre article, non libre de droits, est publiée avec l'accord du service presse de Chaillot.

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