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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

24 mars 2007 6 24 /03 /mars /2007 12:04
SOLDATS D'ARGILE

Avec Motortown de Simon Stephens, Le théâtre militant du Poche propose une plongée émotionnelle au cœur d'un enjeu occultée: le retour de guerre (Irak) des jeunes soldats (Anglais). Le front est à peine évoqué, la tension dynamique du spectacle vient du parcours d'un "héros" paumé qui cherche l'amour… Mission ratée: les retrouvailles sont frustrantes et déclenchent le pire. La mise en scène de Derek Goldby suit le mouvement…

Motortown est né de la colère du jeune dramaturge en vogue, Simon Stephens, un habitué de la prestigieuse scène du Royal Court de Londres. Dans une lettre d'intentions, il explique sa pièce, écrite en quatre jours, entre l'euphorie de Londres choisie pour les J.O. 2012 et l'horreur des attentas du lendemain par des terroristes qu'on découvre britanniques. "Je voulais écrire, dit-il, une pièce noire, contradictoire et violente… aussi honnêtement que possible sur l'Angleterre."
 Photo © DR

La pièce réussit à moitié ce pari. Ecrit rapidement (traduit ici dans un français mat), Motortown reste une démonstration à gros traits, originale dans les silences qu'elle écrit, mais avec huit personnages ultra-évidents. Peu importe, l’enjeu est ailleurs ! Au Poche, le spectacle capte l'attention du début à la fin et nous renvoie la frustration d'un complexé (qui finira - forcément - par se défouler sur une proie faible). Si en filigrane, l'auteur dénonce l'hypocrisie de son pays, il pointe surtout un problème relégué à l'arrière-garde de l'actualité. Comment se passe la réinsertion de ces jeunes soldats inexpérimentés, d'Irak ou d'ailleurs, de retour à la vie civile ? Une bombe à retardement répond Stephens.

Spirale inéluctable ?

C'est le cas de Danny, à peine trente ans, revenu d'Irak dans son patelin anglais. Il va et vient entre son frère handicapé et son ex-copine Marley. Celle-ci, par son refus de renouer, donne les coups fatidiques au combattant d'argile. Alors, il circule, dans une drôle de quête, tel le fiévreux soldat Woyzeck. Il retrouve son pote, un "hippie" vendeur d'armes, achète ensuite quelques balles chez un mafieux à domicile, un pseudo-philosophe, flanqué d'une docile poulette de quatorze ans. Enfin, il reçoit les propositions décadentes des "bobos", un couple pacifiste, partouzeur invétéré…

La pièce enfile donc une série de confrontations, où l'on assiste à l'inéluctable dégringolade du "héros", évidemment, pas gâté par la vie: père alcoolique, décrochage scolaire, éjaculateur précoce, etc. On n'est pas étonné du pedigree, ni de la suite. Dans un "seul contre tous", entre les frustrations et les petites humiliations, sa nervosité délirante devient meurtrière, nourrie par les démons du front. " J’ai rien contre la guerre. Au contraire. Elle me manque. Le problème c’est qu’après tu dois revenir ici. "… CQFD.

Carré de jeu


Avec une mise en place sobre, Derek Goldby trace une chorégraphie répétitive et respecte le souhait judicieux de son auteur : jouer sans décor. Sur scène donc, un simple carré blanc délimite l'aire de tension des confrontations successives. Autour, indifférents au malheur, les personnages attendent leur tour…
Du côté des comédiens, quelques perles. Le plus spectaculaire, Aurélien Ringelheim, ouvre le spectacle en puissance, dans l'interprétation d'un handicapé mental, très confondant !
Dans le jeu le plus mature, Fabrice Rodriguez campe un savoureux philosophe à la Tarantino, faussement taré sous son allure de mafieux en peignoir.
Enfin, Pierre Lognay assure en force son premier grand rôle dans l'interprétation omniprésente de Danny, avec un style de "para" en culottes courtes, tendre, grotesque, effrayant…

Bref, Motortown est un spectacle militant version Théâtre de Poche, de bonne facture, et a ce mérite de surfer sur une actualité cuisante et d'en dénoncer les douloureux et inaperçus ravages.

Nurten AKA (Bruxelles)

Jusqu'au 7 avril au Théâtre de Poche, Bruxelles, 0032/2/649.17.27

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