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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

26 mars 2007 1 26 /03 /mars /2007 21:12
DÉRAPAGE DU RÉEL

Dans la petite salle du Théâtre espagnol, les 90 minutes de représentation de deux œuvres de Pinter suffisent pour comprendre l’intensité de son théâtre. Un ligero malestar et La última copa sont deux chefs-d’œuvre de retenue, de violence et finesse.

Dans le théâtre de Pinter, les personnages se retiennent. Au bord du précipice omniprésent, ils ne cessent de se retenir de tomber. Les personnages s’accrochent à la normalité, bien que, par moment, elle aussi passe de l’autre côté. Car le réalisme de Pinter est le berceau de l’anormal. La mise en scène accroît, exagère la menace de la folie et de la cruauté. La peur rôde partout, elle s’étend, et le monde devient fou. La normalité malade s’autodétruit.
 Photo ©DR

Dans un Ligero malestar, les arbres fleurissent, le jour est ensoleillé et il fait chaud. C’est le jour le plus long de l’année. La vie close du couple protagoniste est menacée pourtant par la prise de conscience soudaine de l’existence d’un vendeur de mouchoirs devant la grille du jardin. La prise de conscience est-elle bien soudaine ? Ou bien l’homme l’épie-t-il déjà depuis des mois et trouve-t-il soudain son existence insoutenable ? La faiblesse psychologique de l’homme poussée à son paroxysme en ce jour le plus clair, le plus long de l’année, lui rend insupportable la présence jadis à peine tolérable. Intrusion, violation, menace. L’Autre est insensé, incompréhensible. Il faut l’éradiquer, car il n’a pas de sens. L’Autre est l’anormal à tuer, selon les yeux du déséquilibré, chef de l’ordre individuel de sa maison, garant de l’ordre social collectif.

Folie collective


La última copa est presque la suite de cet épisode de tension. On est juste un peu plus avant. Cette fois, la folie a triomphé. Elle est devenue loi. Cette fois, l’Autre va bien mourir, et, collectivement, tous les autres formeront l’Autre à détruire. Il n’y a plus de valeurs ni de signification. L’interrogateur flic alcoolique détient le pouvoir dans cet état d’exception rendu normal, état de folie normalisée, fascisme. L’homme, la femme, l’enfant rebelles sont torturés ; l’enfant tué. Cette fois ci, l’Autre, enfin, est bel et bien éradiqué. Car avec l’enfant mort, le futur, l’autre génération, le lieu de la transmission, de la survie, de la différence et de la révolte, a fini d’exister. La non folie meurt absolument au travers de la mort de l’enfant.

Entre point de vue individuel et point de vue collectif, menace et réalisation, la folie et l’horreur potentielles et réelles forment l’unité de ce programme, encore renforcée par la présence des mêmes brillants acteurs. Le théâtre de Pinter, calme, contrôlé, complet, et complexe, peint une société contemporaine fragile, où la haine de l’autre née de la peur de soi, entraîne une profonde instabilité psychologique, qui, devenue chronique et généralisée, engendre des monstruosités politiques acceptées, répétées, où la folie, puisqu’elle est majoritaire, devient normalité, n’est même plus absurde.

Frédérique MUSCINESI (Madrid)

Un ligero malestar
Edward : Chema Muñoz Flora : Cristina Samaniego Vendeur de mouchoirs : Aitor Mazo La última copa Nicholas : Aitor Mazo Victor : Chema Muñoz Gila : Cristina Samaniego Nicky : Alexander Rentería (en vidéo) Version : Juan V. Martínez Luciano
Mise en scène : Alfonso Ungría Teatro Español C/ Príncipe, 25 – 28012 Madrid + 64 91 360 14 84

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