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Festival d'Avignon

29 mars 2007 4 29 /03 /mars /2007 11:03
LES DAMNÉS DE LA TERRE PRENNENT LA PAROLE

Une chronique musicale des massacres coloniaux, c'est Bloody Niggers!, un spectacle corsaire signé Dorcy Rugamba et Jacques Delcuvellerie (Groupov). Ce récit épique, partition pour trio et colère sourde, charge, sans concession, les massacres coloniaux perpétrés par le modèle humaniste (sic) de l’Occident chrétien.

La barbarie n’est ni accidentelle, ni un phénomène naturel semble vouloir dire ce Bloody Niggers! qui questionne l’humanisme chrétien (ou laïc) de l’Occident, lequel, un jour, a apporté la « civilisation » au reste du monde à coups de croisades, de colonisations, de guerres et de missionnaires.

Photo © Lou Hérion

À la base du projet, deux comédiens africains, le Rwandais Dorcy Rugamba, qui signe le texte et le Sénégalais Younouss Diallo, l’adaptation. Ils sont sur scène, accompagnés de Pierre Etienne, membre du groupe Starflam. En moins de deux heures, dans une mise en scène sobre et sans mélo de Jacques Delcuvellerie, tel un concert slam, ce trio en costard noir, face aux micros, va prendre la parole pour « fouiller l’Eglise de fond en comble et mettre les cadavres au soleil, au nom de tous ceux qui furent considérés par l’Occident chrétien comme une humanité inférieure». Le message est clair. Derrière eux, sur une peinture terreuse de Johan Daenen, un écran vidéo va les suivre en images virulentes, concoctées par Jean-François Ravagan, qui seront tantôt dures, tantôt ironiques, tantôt hallucinées, à la limite du pop art.

Massacres coloniaux


Le spectacle démarre avec un montage silencieux des attentats du 11 septembre comme une introduction comparative à l’inventaire des charniers qui s’ensuit. La pièce rappelle nos propres crimes contre l’Humanité, des croisades à la traite des noirs en passant par les génocides et les massacres perpétrés par les colonies « civilisatrices » d’Europe. Les Indiens d’Amérique, les Hereros de Namibie, les Aborigènes de Tasmanie, les massacres d’Algérie,… Autant de charniers au nom de Dieu, de l’argent et de l’Homme blanc civilisateur. Le trio entame alors une « Amnésie internationale » version rap… Dans une logique farfelue, ils imaginent ensuite appliquer la loi du talion et la tolérance zéro pour le passé. « Combien de vie humaines doit la Belgique au Congo? La famille royale à la machette? ».

« Afrique poubelle »


Mais Bloody Niggers! est une pièce africaine qui ne s’épargne pas. Dans une deuxième partie, Le trio se disperse. Frénétique et fiévreux, Younouss Diallo charge contre le soleil radieux des indépendances, des tyrans africains d’une « Afrique poubelle où la farandole des ethnies a fait valser les têtes ». De son côté, Dorcy Rugamba, dans un monologue torturé, rythmé par des coups de mortier, dénonce la « victoire à coups de copeaux de fémur volés dans le ciel » et lance le Kaddish, une prière aux morts, pour l’ange noir…

Ne croyez pas que le spectacle soit austère. Dans ce théâtre épique où le récit est action, où la parole est souvent dure à entendre, l’humour est là. Il pique, cynique et ironique, par des mots et des images, comme ce dessin animé de « Betty Boop chez les cannibales ». Autres atouts : la diction parfaite, scandée des interprètes, et une musique variée, de l’afro-jazz-soul au superbe chant d’un jeune musulman en prière, des sons rageux de violoncelles au merveilleux de la musique sacrée. Ce passionnant Bloody Niggers! est une gifle nécessaire, un hymne poétique, rythmé au goût du public.

Nurten AKA (Bruxelles)

Bloody Niggers! 
Jusqu’au 7 avril 2007, au Théâtre national, 111-115 boulevard Emile Jacqumain, 1000 Bruxelles. 0032/2/203.41.55.

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