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Festival d'Avignon

30 mars 2007 5 30 /03 /mars /2007 12:15
UN CHANT DE BATAILLE

Mettre en scène l’érotique texte mythique de Georges Bataille tenait assurément du pari le plus risqué qui soit. Son écriture n’a rien à voir avec le théâtre. Son équivoque de faire cohabiter le vulgaire et le sacré, le pornographique et le désespoir, la fascination et la profanation se cantonnent aux limites du supportable.

La précédente réalisation de Cédric Orain, « Ne vous laissez jamais mettre au cercueil », s’attaquait à Antonin Artaud. Ce metteur en scène semble attiré par les textes extrêmes, puisque ce spectacle-ci puise, chez Georges Bataille, l’essentiel de sa structure dans une partie de l’inclassable histoire de Marie. Il ne gomme rien des provocations de l’auteur. Il les distancie dans un parti pris esthétique particulièrement réussi. Sa volonté de ne pas illustrer de manière anecdotique l’orgie dionysiaque à laquelle se réfère l’écriture de l’auteur mène fatalement à privilégier la forme du spectacle, son côté plastique.

C’était une expérience bonne à insérer dans le festival « Labomatic » de la Rose des Vents. Cette réalisation s’inscrit aussi dans la logique de l’association « A court de Forme » qui privilégie les spectacles brefs. Elle apparaît donc au théâtre comme la nouvelle est au roman.

Un érotisme violemment esthétique


Tout commence dans l’obscurité la plus totale. Vient alors la femme. Sa voix est celle des psalmodies incantatoires. Elle clame son désespoir. Surgissent, sous leur douche de lumière, les trois incarnations des autres personnages et de l’auteur. Ils deviennent un chœur antique scandant les mots, décrivant, déroulant les phrases. L’espace devient le temple d’un rituel érotique et dramatique. Comme si le spectateur assistait à une cérémonie sacrificielle dans laquelle le sexe et la mort ne sont pas considérés en tant que divinités rivales mais complémentaires, coexistantes.

La nudité attendue ne se laisse percevoir que par fragments chez Marie qui ne dévoile sa chair qu’en gros plans circonscrits par l’éclairage et cadrés par l’habillement. Au contraire, ce sont les mâles qui ne conservant que leur peau, prennent des allures de statues classiques, plus plastiques que luxurieux. Leur présence forme une géométrie dont les évolutions tracent une sorte de présence esclave. Les duos entre corps et mots, entre obscurité et clarté, entre visible et caché additionnent envoûtement et malaise. La tension va crescendo pour se rompre brutalement sur le noir final, à la seconde même où la femme aurait été livrée à l’assemblée. En trente minutes, Orain a réussi le pari de son risque avec pour partenaire principal l’éclairage.

Michel VOITURIER (Lille)

Le Mort
Texte : Georges Bataille (Jean-Jacques Pauvert, 1967)
Mise en scène : Cédric Orain
Distribution : Benoît Fogel, Courtney Kraus, Eram Sobhani
Production : La Traversée (28 Rue Sainte-Anne, 78000 Versailles)

Vu à la Rose des Vents de Villeneuve d'Ascq Lors du festival Labomatic le 17 mars 2007.

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