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Festival d'Avignon

1 avril 2007 7 01 /04 /avril /2007 10:20
DÉSESPOIR EN BLANC ET NOIR

En parallèle, le fonctionnaire blanc qui décide ou refuse d’accueillir les immigrés plus ou moins clandestins et l’étranger noir qui vient demander asile en pays d’Europe. Le premier vient de se suicider parce qu’il ne se situe plus dans son travail. Le second s’interroge sur son identité et son insertion dans la société.

Ce sont donc deux monologues qui se succèdent sur scène. Celui de Rigobert Rigodon est écrit en style jubilatoire d’amusement ludique avec la sonorité des mots. C’est un jeu aux consonances tragiques qui semble se prendre en dérision. Se trace le portrait d’un bonhomme très ordinaire, à la vie tranquille, à la famille normale. Mais voilà, ce gars-là finit par être tiraillé entre les règlements à appliquer et sa sensibilité d’être humain devant qui chacun déballe ses misères à longueur de journée. Alors, il craque et se jette par la fenêtre. Il incarne les contradictions d’une société occidentale qui désire protéger son confort mais a la mauvaise conscience de ses compassions judéo-chrétiennes, qui comprend à demi que l’intérêt économique à long terme passe par l’aide aux pays émergents et aux rejetés du système financier mais demeure dans un racisme latent et dans l’égoïsme du bonheur matérialiste.
 Photo © DR

Le monologue de L’Autre sans Feu ni Lieu décline les barrières incompatibles des écarts culturels. Il exprime l’incompréhension par les exilés du mal être des Européens qui ont tout sans parvenir à être satisfaits. Il revendique une identité brute que les arcanes administratifs semblent vouloir lui voler et compliquer à foison sans considération pour les difficultés de la vie au quotidien. Il se stupéfie précisément devant la lourdeur des procédures face à l’urgence du vital. Il explique la guerre, la faim et tout ce qui pousse à fuir le pays natal faute de mieux. Il quémande un asile même précaire.

Une brûlante actualité et une esthétique glacée


Le problème des sans papiers, des réfugiés politiques est majeur aujourd’hui. La pièce a le mérite d’en proposer une lecture scénique. Contrairement à la création en Belgique il y a 5 ans dans une mise en scène de Christine Delmotte privilégiant le contenu du texte, Vincent Goethals a opté pour un travail esthétique. L’éclairage conçu par Philippe Catalano y est pour beaucoup. Il isole chaque personnage, lui confère une présence de gros plan. Il parie sur une atmosphère frisant l’irréel. L’interprétation de Baptiste Roussillon insiste sur le côté ludique de la langue adoptée par l’auteur belge Stanislas Cotton. Les mots sont distillés, détaillés, ciselés. Chez Tadié Tuéné, le travail de conteur épouse les cheminements des phrases.

Ajoutons à cette attention portée à l’écriture, des effets spéciaux comme ce trucage qui permet au défenestré ministériel de se trouver en apesanteur, ainsi qu’une bande son un peu envahissante en ses multiples allusions. Sans oublier la présence très (trop ?) discrète de la chanteuse Solo Gomez censée apporter un peu de couleur locale exotique. Le résultat est un fort beau travail artistique, d’une grande beauté plastique, d’une musicalité vocale surprenante. Mais peut-être est-ce au détriment du côté humain de la situation. L’intellect du spectateur est sollicité. Son émotion reste en deçà. Il est vrai que le théâtre n’est pas là pour donner des solutions sociétales.

Michel VOITURIER (Lille)

Bureau national des Allogènes
Texte : Stanislas Cotton (éd. Lansman, 2002)
Mise en scène : Vincent Goethals
Distribution : Baptiste Roussillon, Tadié Tuéné, Solo Gomez
Scénographie : Jean-Pierre Demas
Éclairages : Philippe Catalano
Son : Bernard Valléry
Costumes : Dominique Louis et Sohrab Kashanian
Production : Théâtre en Scène, Théâtre du Nord

À l’Idéal, rue des Champs à Tourcoing du 21 mars au 12 avril 2007 (03 20 14 24 24)

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