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Festival d'Avignon

14 avril 2007 6 14 /04 /avril /2007 11:18
Élie Pressmann fut condisciple de Philippe Avron, qui signe d’ailleurs la préface à cette édition. Le Théâtre de cet auteur trop méconnu est hanté par deux éléments récurrents : la Shoah et la proximité de la mort.

Première pièce, « Vlan ! », confronte deux personnages : un vieillard et un jeune homme. Dans un paysage vide, ils attendent un bus qui ne s’arrêtera jamais. L’ancien est tueur. Il pratique son métier bénévolement pour soulager les autres. Il transmet son expérience à la nouvelle génération. Sa vocation consiste à aider chacun personnellement à en finir avec ses difficultés de vivre. Il y a un humour décapant, quasi cynique dans le discours de cet aîné qui représente un monde où il n’y a d’autre issue que la mort, qui incarne l’évidence individuelle du parcours existentiel de chaque être humain.
C’est l’inverse même des génocides qui parcourent le 20e siècle. Sous le rire de l’absurde, c’est toute une réflexion sur la violence, le droit à une fin décente, le terrorisme et l’extrémisme, la solitude humaine.

Avec « Quel temps est-il ? », c’est le mouvement du temps, son empreinte sur les corps et dans les esprits.
Trois couples matérialisent jeunesse, maturité et vieillesse. L’histoire, reprise en boucle, est celle de n’importe qui entraîné de la naissance jusqu’à la disparition finale. Sur un ton de comédie grinçante, autour d’une piste de danse où chacun fait son petit tour et puis s’en va, la pièce prend volontiers le ton sarcastique des parents logés dans des poubelles de « Fin de partie » de Beckett. Dialogues et personnages s’entrelacent, chassé-croisé de mots et de situations, de réalisme et de poésie. Tout cela s’enlise parfois dans des dialogues qui frisent le verbeux.
Le problème de l’euthanasie s’insère en filigrane ainsi que celui de l’inéluctable déchéance physique et mentale, tandis que se pose la question de la durée des couples en confrontation constante de la quotidienneté et de l’amour, de la réalité banale et de l’aspiration utopique.

Enfin, « Parlez-moi d’amour » raconte l’obsession d’un homme dont la mère a disparu en chambre à gaz alors qu’il était encore enfant. Son remords d’appartenir à la race des survivants ronge son existence et nourrit son rêve obsessionnel de retrouver la défunte pour l’intégrer à la famille qu’il a fondée.
Le vrai et l’imaginaire se côtoient sans cesse avec bonheur et subtilité. La difficulté du témoignage de ceux qui vécurent l’horreur des camps nazis ou de n’importe quelle terreur apparaît en tant que drame intime et insolutionnable. Entre passé et présent s’instaure une tension insupportable. Entre compassion et pragmatisme le conflit est permanent.
Au-delà du psychologique, l’œuvre pose parfaitement les enjeux de vivre, de survivre au cœur d’un univers qui n’arrive pas à se construire une morale susceptible de rendre les hommes moins barbares. Le tout enrobé d’un ton de comédie qui allège le poids du tragique sans pour autant tomber dans la farce facile.

Michel VOITURIER

Élie Pressmann, Théâtre, Tome 1, Paris/Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2005, 186 p. (17 €)

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