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Festival d'Avignon

7 mai 2007 1 07 /05 /mai /2007 18:43
AUX URNES CITOYENS !

Le Théâtre National de la Colline a choisi ce début de printemps pour mettre à l’affiche la pièce de Thomas Bernhard, Le Président. Écho d’un changement politique imminent, le titre de l’œuvre du dramaturge autrichien résonne particulièrement à nos oreilles.

Trois tableaux font vivre les quelques personnages présents où seuls la Présidente et le Président soliloqueront sur leurs destins. La pièce se déroule dans un climat incertain. L’insurrection menée par les anarchistes et les terroristes fait vaciller le gouvernement. Depuis plusieurs mois maintenant, les hauts commissionnaires du pays se font assassiner et les semaines sont rythmées par les enterrements successifs.

Quand la pièce débute, le couple présidentiel vient d’échapper à un attentat dont l’enquête révèlera que leur propre fils est certainement impliqué. La mort, avec comme épée de Damoclès, le parricide, gouvernera cette pièce. Dans la première partie, la Présidente se trouve en compagnie de sa femme de chambre, Madame Gai. Devant son miroir, elle se prépare à enterrer le Colonel tué au cours de l’attentat et cible indirecte de l’attentat. Mais elle n’a de compassion que pour son chien, mort d’une crise cardiaque durant l’incident. Le décès de l’adorable animal innocent cristallise toute l’angoisse que le vacillement du pouvoir ainsi que de leur propre vie de famille engendre chez elle. Madame Gai, proie facile et muette, ploie sous le débit incessant de la Présidente. « Ambition, haine, rien d’autre. » répète t-elle inexorablement.

"Border line"

Au terme de cette première partie, « la présidente aura joué un rôle de révélatrice, celle par qui les masques tombent et le scandale de la déliquescence du pouvoir s’expose », explique la metteure en scène Blandine Savetier. À l’ouverture du deuxième tableau, le Président boit du champagne en compagnie de sa maîtresse, une modeste actrice de théâtres. Ils ont trouvé refuge au Portugal dont le régime dictatorial toujours en place rend nostalgique le Président. Il monologuera sur le pouvoir et considérera finalement que la politique est un art. La pièce se conclura par ce qui devait arriver dès le début de celle-ci, la mort du Président et la fin de son règne. Pourtant aucun avenir démocratique semble possible…

Désespoir, tragédie, haine du monde forment la trame jubilatoire de l’œuvre de T. Bernhard. Et la metteure en scène décalque studieusement cette trame « border line ».
Fort heureusement, tout le talent de Dominique Valadié est exploité à sa juste valeur et l’interprétation qu’elle donne de la Présidente, sans parodie ni caricature, enlève cette première partie.
Eric Guérin montre moins d’assurance dans le rôle du Président, contraignant le rythme du deuxième tableau. Le décor y est également moins travaillé comparé à l’intérieur de la suite présidentielle de la première partie. Et les costumes, excepté celui du chef armé portugais, en volte face, ne nous interpellent pas…
En définitive, le spectacle choisi par le Théâtre National de la Colline en ce début de printemps promettait beaucoup… comme en politique...

Priscilla GUSTAVE-PERRON (Paris)

Le Président, de Thomas Bernhard
Mise en scène : Blandine Savetier
Texte français : Claude Porcell
Dramaturgie : Waddah Saab
Scénographie : Emmanuel Clolus
Avec : Charlotte Clamens , Philippe Grand’Henry, Eric Guérin, Dominique Valadié

Théâtre national de la Colline, du 20 avril au 13 mai 2007, Grand Théâtre, du mercredi au samedi 20 h30, mardi 19 h30, dimanche 15 h30.
Durée environ 2h40 avec entracte.

+ à lire :

COMME UNE MISE EN SCÈNE CONTINUELLE DU THÉÂTRE, par Blandine Savetier (mise en scène)

Le Président ne raconte pas une histoire, l’événement parricide y flotte comme une sourde angoisse. Une réalité mystérieuse et profonde y court entre les failles et les fêlures des obsessions ressassées, présence permanente qui finit par toucher les soubassements de nos souterrains obscurs. Pourquoi le désir de renverser la figure du pouvoir est-il si vivace et le spectacle de sa déchéance si troublant ? Cette question centrale palpite tout au long de la pièce qui déploie un matériau théâtral complexe et subtil, comme une mise en scène continuelle du théâtre.

Dans la Grèce antique, le théâtre était le lieu où l’on pouvait confronter les êtres humains aux abîmes des interdits suprêmes, par une mise en scène ritualisée des mythes fondateurs. En impitoyable observateur de notre modernité, avec sa froide clarté scientifique, Thomas Bernhard sait que le théâtre, aujourd’hui, ne remplit plus cette fonction, en tout cas pas de la même manière, et il en rit.

Tragédie et comédie, gravité et rire : tout est théâtre dans cette pièce qui balance entre réalités apparente et souterraine. Entre les rituels désuets du palais présidentiel et les éclats de l’insurrection qui gronde, entre le ridicule des masques qui tombent et la profondeur tragique de ce qui est dévoilé, les deux protagonistes font sans cesse du théâtre. S’il est tellement question de théâtre dans cette pièce sur la folie du pouvoir, c’est que celui-ci reste par excellence le lieu de l’entre-deux ; celui où l’on peut suggérer l’invisible, l’indicible, scruter derrière les masques les espaces informes dans lesquels se tapissent les pulsions humaines, le lieu par excellence où les donner à voir.

L'AUTEUR - Thomas Bernhard (1931-1989)
Écrivain et dramaturge autrichien, né en 1931 aux Pays-Bas, Thomas Bernhard grandit en Autriche, dans  la famille de sa mère. Sa jeunesse, éclairée par l’influence d’un grand-père écrivain qui lui donne le goût de la littérature et de la musique, est aussi très marquée par la tuberculose dont il est atteint. Après avoir étudié au Conservatoire de musique et d’art dramatique de Vienne et au Mozarteum de Salzbourg, il commence à écrire.
Son œuvre sulfureuse est imprégnée de ses rapports complexes et violents avec l’Autriche et de sa difficulté à être autrichien. Sa pièce Place des Héros (Heldenplatz, nom de la place où 250 000 Viennois firent une ovation à Hitler au lendemain de l’Anschluss) fit scandale en 1988, quelques mois avant sa mort. Dans son testament, il interdit la diffusion et la représentation de ses œuvres en Autriche pendant soixante-dix ans.

 
 
 



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