Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Retrouvez nos critiques théâtrales sur :
Les informations sur nos cours d'improvisation théâtrale à Paris :

Musarder



Inscrivez-vous
au Club des abonnés (gratuit)




Découvrez nos cours d'improvisation théâtrale

Tous niveaux - 7e année

Les inscriptions sont ouvertes pour les cours d'improvisation à Paris qui débutent en septembre. Au choix, en français ou en anglais.



Nouveau !

Rejoignez notre cours d'impro en anglais :



Coaching prise de parole

           

Mois Après Mois

Festival d'Avignon

8 mai 2007 2 08 /05 /mai /2007 10:28
ÉCHO DES DOMMAGES COLLATÉRAUX

Ca se passe à Berlin, chez "des Arabes" car, n'est-ce pas, il ne suffit pas d'y être né ou d'avoir un passeport pour être vraiment "du pays" même si on se sent quelque peu "patriote"… Sujet actuel brûlant, s'il en est : le terrorisme, ou "la suspicion de…" ; l'histoire pourrait se passer dans toute autre métropole européenne que Berlin.

C'est une femme, Jalila Baccar, fondatrice d'une compagnie théâtrale privée à Tunis, qui est l'auteure d'une réflexion sur les retombées d'actes dangereusement inquiétants - avérés ou non - d'un "suspect" sur sa famille ; laquelle n'est pas forcément complice mais très souvent considérée comme telle, avec toutes les conséquences que cela peut supposer…
 Photo © Philippe Fontaine

Ici, c'est la petite amie, Dolorès Delahaut, c'est la sœur, Hassiba Halabi, ce sont deux femmes, qui portent tout le poids d'une disparition (suspecte plus qu'inquiétante), celle de Moktar (Hakim Louk'man). Ce sera l'éclatement d'un couple et d'une famille "mixte": la sœur de Moktar, Aïda, "bien intégrée", ayant épousé un Allemand, Ulrich, de qui elle a un fils.
Avec encore Bernard Gahide et Stéphane Ledune, ce sont cinq comédiens dirigés par Jacques Neefs, metteur en scène, dans une scénographie efficace de Didier Lefèvre, qui assument divers personnages montrant le regard des uns et des autres (le petit raciste ordinaire ne dormant que d'un œil) et les réactions en chaîne dans l'entourage : rejet, peur… mais aussi dans la société et au-delà, les médias harcelants n'étant pas épargnés dans la critique du procès d'intention fait à une "mouvance islamique" au nom de "l'anti-terrorisme".

Une guerre "propre"

Le problème de la montée d'un certain intégrisme n'est pas non plus occulté. Sans qu'une morale soit assénée, c'est la situation qui est exposée, avec brio, et dans une proximité scénique qui renvoie chacun à son questionnement personnel… On a plongé dans cette actualité brûlante : le terrorisme et son combat, ici combat réel, soit la guerre dite "préventive", la guerre dite "propre". Le point de vue est encore celui des gens "d'en bas". Du point de vue de ceux qui l'ont vécue, cette guerre, dans leur tête, leur peau, leurs tripes, et qui doivent revenir à la vie civile, qui doivent re-vivre.

Faisons le lien avec d'autres spectacles récemment à l'affiche. D'abord au Poche, théâtre "engagé" depuis sa fondation, avec "Motortown", puis à l'Atelier 210, jeune théâtre novateur, avec "Kill !, kill !, kill !" (1), Pour "Motortown" il s'agit d'un auteur anglais, Simon Stephens (une dizaine de pièces à son actif) qui, à chaud, après un certain juillet 2005 d"attentat terroriste" à Londres, a déversé ses sentiments en un jet d'encre discontinu de 4 jours. Il voulait hurler son dégoût des massacres en tous genres par le truchement d'un personnage, le jeune Danny, (un tout jeune Pierre Lognay qui se donne à fond) et de son chaotique retour au pays après "services rendus" en Irak. Mis en scène par le chevronné Derek Goldby, assisté d'Alexandre Drouet, joué par de très convaincants comédiens, soit les divers protagonistes de cette confrontation, cela s'était passé dernièrement sur une scène installée comme une arène…

L'Américain Jimmy Massey pour "Kill !, kill !, kill !" n'est pas un auteur au sens habituel mais un témoin. Ce spectacle vrai, qui ne ment pas, qui utilise un minimum d'effets théâtraux, c'est la démarche exacte de cet ex-sergent-chef, qui après avoir été recruteur pour les Marines, vécu l'enfer en Irak, est devenu à l'heure actuelle, un simple citoyen allant porter son témoignage contre-engagement partout où il le peut aux Etats-Unis. Ses mots, son récit, ont été recueillis, mis en forme par la journaliste Natasha Saulnier pour un livre-choc, censuré aux USA, édité en France (2), adapté pour la scène belge par… Alexandre Drouet qu'on retrouve à la mise en scène (c'est dire si ses intentions dramaturgiques ont été mûrement réfléchies).

Voici donc un sobre, clinique, brutal mais poignant exposé des faits "yeux dans les yeux", par celui qui les a vécus, l'incarnation même, de Massey par Hugues Hausman. Soit encore une autre vision, crue, de ce qu'il était convenu d'appeler naguère "les horreurs de la guerre", maintenant de banals "dommages collatéraux", recensés comme une litanie par nos médias…

Suzane VANINA (Bruxelles)

Cie Act-Hours en coproduction avec "Théâtre en Liberté"/AtelierduThéâtre des Martyrs
T : 02.223.32.08 - jusqu'au 20 mai 2007.

(1) "Projet Cryotopsie"encore jusqu'au 12 mai à l'Atelier 210 – T : 02.732.25.98
(2) dans la traduction d'Emilie Saada, publié par les Editions du Panama/Paris/2005

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Chronique Fraîche