Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Retrouvez nos critiques théâtrales sur :
Les informations sur nos cours d'improvisation théâtrale à Paris :

Musarder



Inscrivez-vous
au Club des abonnés (gratuit)




Découvrez nos cours d'improvisation théâtrale

Tous niveaux - 7e année

Les inscriptions sont ouvertes pour les cours d'improvisation à Paris qui débutent en septembre. Au choix, en français ou en anglais.



Nouveau !

Rejoignez notre cours d'impro en anglais :



Coaching prise de parole

           

Mois Après Mois

Festival d'Avignon

15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 22:04
TUER LE PÈRE EN CHACUN DE NOUS

Pour suivre son chemin, pour se libérer des entraves, s’affranchir à jamais des douleurs de l’enfance et s’autoriser enfin à aimer, à jouir.

Faire la peau au faiseur de trouble, surtout quand il s’agit de son propre géniteur, un bien vaste sujet, indéfiniment reconduit, mais qui n’en finit pas de nous poursuivre. Par quelle folie, un jeune homme kidnappe son père, le jour de ses soixante ans, pour lui signifier son mal être, et l’obliger à l’écouter. Et comment, ce qui devait être des retrouvailles se transforme en pugilat ? Certes, la méthode n’est pas commune, bâillonner son père, le ligoter à une chaise roulante et le brutaliser, mais elle donne à réfléchir. À quel degré d’humiliation, un individu a t-il survécu pour éprouver une telle haine ?
 Photo © DR

Il faut reconnaître qu’il attaque fort Christophe Averlan, dès le lever de rideau, la situation est posée : un homme muselé, cloué dans une chaise, face à lui, un autre homme, plus jeune, lui tend une merveille de gâteau d’anniversaire, tout de crème et de bougies vêtu. Mais, apparemment, l’heure n’est pas aux réjouissances. L’anniversaire, on l’aura compris, ne semble qu’un prétexte à une rencontre. S’engage le monologue du fils où des mots comme des couteaux laminent l’espace de leur virulence mortuaire. Un face à face poignant, où le passé ressurgit par salves, où les questions restent en suspens, où la folie destructrice du fils se mue en cri d’amour pour ce père qui n’a pas su voir, pour ce père qui n’a pas su entendre.

Tel est spectacle d'une acrimonie haute en couleurs dans un décor sobre, écrasé par une lumière blafarde, de celle qui arrache les vers du nez aux menteurs patentés. Posée au-devant de la scène, une immense table rectangulaire recouverte d’une nappe blanche, arbitre la rencontre entre les deux hommes. Mi-table de légiste, mi-autel des morts, elle préfigure le dessein final.

Le daddy maltraité

La langue de Christophe Averlan dérange, indispose, titille les bienséances. L’autopsie remue les tripes. Surtout quand on touche à la sacro-sainte parentalité, on a beau dire, ça décoiffe. Quand le gentil fils s’autorise un numéro de gogo dancer devant son daddy castré, le fauteuil de devant n’est pas assez haut pour se cacher derrière. Il le rosse littéralement de mots improbables : « ça me fait bander de te voir impuissant », « je respire de te voir agoniser ».
La Fondation Beaumarchais ne s’y est pas trompée. Christophe Averlan a du coffre, de la haine aussi. Même si sa langue pêche par endroits par excès de communautarisme et cède parfois à la facilité psychanalysante, tout en condamnant cyniquement son usage, elle en utilise néanmoins les ressorts. Ensuite, il est des synapses qui ne supportent pas les tonalités « gotaineriennes ».

La mise en scène de Patrice Kerbrat, au service de la tension, très physique, respire la dualité permanente. La torture silencieuse du père, castré dans sa possibilité de donner sa version des faits, devient palpable. Une posture volontaire car ici, seule la parole du fils compte. Le père devient sujet passif. Le fils sujet offensif, qui suivant le point de vue qu’il entend donner sur son père, le balade autour de la grande table comme un pion sur l’échiquier. Belle métaphore de l’enfant assujetti aux humeurs des adultes. Jamais, le père n’aura d’autre discours que celui de lutter contre les liens au propre, comme au figuré. Mais, ce père bourreau devient une victime agonisante dont la présence grandissante dérange. Est-ce la folie meurtrière du fils qui provoque la rédemption du père ? Est-ce l’inconfort du bâillon qui rend le père sympathique ?

Charismatique Emeric

Quel numéro d’acteur ! Emeric Marchand sort tout droit d’un film de Gus van Sant, robuste et fragile à la fois. Un corps tellurique avec une tête de petit garçon tout doux. Tout aussi convaincant en smoking noir lamé et écharpe blanche façon James Bond, qu’en strip-teaseur de bars à putes. Il déploie une énergie incroyable à faire entendre sa vérité, ce fils exemplaire dont les questions sans réponses martèlent l’air de leur douleur incommensurable. Il y met tout son cœur et sa prestation est convaincante. Pourquoi cet acharnement ? De quel droit ? Nous n’en saurons rien. Seule l’incapacité à aimer justifie, donne la mesure du ressentiment. Quand les mots font défauts, ils viennent à manquer. Tous ceux que tu n’as pas su me dire, ceux que tu n’as pas su entendre, ceux que je n’ai pas pu ou su te dire… Au final, l’envie de crier « ouf » est grande, car non seulement, on doutait de l’issue de l’acte, mais surtout quelle irrespirable atmosphère. Heureusement, Jean-Yves Chillot enlève son bâillon, et il respire, bien qu’un peu abruti par cette sauvage altercation. Une belle réussite, que les âmes sensibles se fassent violence, le jeu en vaut la chandelle. Parricide, s’il vous plait.

Maïa ARNAULD (Paris)

Lire aussi la chronique de Morgan LE MOULLAC.

Happy Birthday Daddy
Texte de Christophe Averlan
Mise en scène de Patrice Kerbrat, assisté de Sophie Langevin
Le fils : Emeric Marchand
Le père : Jean-Yves Chilot

Au Vingtième Théâtre, 7, rue des Plâtrières, 75020 Paris. Tel : 01 43 66 01 13.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

alice 18/05/2007 15:24

je vous félicite d'un tel commentaire. Je partage votre sentiment. Le texte est grandiose et la prestation de l'acteur sublime. Merci à vous et bonne continuation

Chronique Fraîche