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Festival d'Avignon

24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 15:00
GRANDEUR ET MISÈRE DE LA THÉÂTRALITÉ

Le 22 mai à l’Auditorium, c’était la première italienne d'un collectif américain Mabou Mines, qui présentait une adaptation inspirée de La Maison de poupée, du Norvégien Henrik Ibsen, dotée d'une mise en scène à la théâtralité exacerbée.

A l’auditorium, on peut voir du théâtre, de la danse, du patinage artistique (en hiver), une exposition, on peut écouter un concert de musique classique, du jazz, de la variété, mais aussi de la philosophie, de l’archéologie, on peut enfin acheter des livres ou des disques… Ce temple de la culture est une réussite dont Rome avait besoin, réussite architecturale signée Renzo Piano (architecte de Beaubourg) et réussite publique pour l’entrecroisement des publics et la vie qui s’en dégage.
 Photo © Moreno Maggi

Une scénographie – concept

Le public français, qui avait pu découvrir cette singulière mise en scène au Théâtre National de la Colline, dans le cadre du festival d’Automne, en 2005, se souvient peut-être de l’idée du spectacle. La scénographie reproduit de façon réaliste une vraie maison de poupée. Avec des meubles à l'échelle. Et dans ce décor vont et viennent les personnages dont Nora, l'héroïne, habillée comme une poupée blonde. Mal conçue pour accueillir les personnages féminins, qui adaptent leurs corps aux meubles et objets trop petits, la maison miniature est en revanche faite sur mesure pour les personnages masculins (Torvald, le mari de Nora, Dr Rank, et Nils Krogstad), qui sont interprétés par des acteurs nains.

Voici le décor du drame de Nora, femme – poupée, et de son arrogant - et petit - mari. Les hommes sont à l'échelle de la maison, quand les femmes s'y cassent le dos. Formidable idée, diront certains, que celle de Lee Breuer, un des fondateurs du collectif Mabou Mines, troupe de l'avant-garde new-yorkaise des années 1960, qui fait une démonstration brillante, malgré son goût pour Samuel Beckett, de sa foi inébranlable pour le spectaculaire. Cela commence par une suite de tombées de rideaux rouges qui enserrent le plateau, le transformant en un berceau de l'illusion théâtrale, ça continue en musique (une pianiste omniprésente accompagne les acteurs, amplifiés, comme dans le music hall, par des micros HF), ou en écrans de fumée, masques, effets de lumière genre stroboscopes, coups de théâtre, ruptures constantes des acteurs qui sur jouent le faux pour dire le vrai, théâtralité exacerbée, bref une certaine idée de la virtuosité formelle…

Un vrai drame avec une morale à la fin…

La pièce d'Ibsen, dramaturge norvégien du 19e siècle emprunte son titre au cadeau que Nora offre à ses enfants pour Noël : une maison de poupée. Nora (Maude Mitchell) est une femme pantin entre les mains de Torvald, son mari, un tyran domestique. Démarche saccadée et voix enfantine, elle est la danseuse au fond de la bouteille, dont le mari s'amuse à remonter le mécanisme. Rapidement, le spectacle semble tourner en rond et s'installer dans un faux rythme (en lieu et place du drame psychologique, un mélodrame dont les acteurs ont des voix de personnages de dessins animés), on rêvasse en se raccrochant à l'habillage : les images, et surtout les comédiens, sont précis dans leur façon de jouer faux. A la fin de la pièce, après l’entracte, la farandole tourne au cauchemar, le spectacle bascule : les yeux de Nora, confrontée à la lâcheté de son mari, se décident brutalement : elle n'est plus le « petit oiseau » soumis, mais celle qui choisit de partir. Fini les « petits hommes » qui dominent les « grandes femmes ».

Chez Breuer, la scène d'explication entre Torvad et Nora, n'est que le prélude à un ultime renversement : dans des loges d'opéra, des couples de marionnettes assistent à un dénouement dévastateur. La pièce d'Ibsen se prête bien entendu au détournement du metteur en scène. L'histoire de la libération de Nora, qui fit scandale à la création en 1879, est très souvent « modernisée » (en 2004 au Festival d'Avignon avec la version sanglante de Thomas Ostermeier). Mais la métaphore politique saute trop aux yeux : le patriarcat n'est pas histoire de taille, dit le metteur en scène, avec ces femmes qui se plient en deux pour passer une porte, et ces hommes hauts comme des enfants qui les chevauchent. On conseille davantage ce film merveilleux de Werner Herzog : « Les Nains aussi ont commencé petits ».

Matthieu MÉVEL (Rome)

D'après La Maison de poupée, de Henrik Ibsen
Spectacle en langue anglaise surtitré en Italien

Mise en scène Lee Breuer
Adaptation Lee Breuer et Maude Mitchell
Scénographie Narelle Sissons
Costumes Meganne George
Lumières Mary Louise Geiger
Musique Eve Beglarian
Chorégraphie Martha Clarke, Eamonn Farrell, Erik Liberman Son Edward Cosla

Avec Maude Mitchell, Mark Povinelli, Kristopher Medina, Honora Fergusson, Ricardo Gil, Margaret Lancaster, Lisa Moore, Tate Katie Mitchell, Clare Nash, Ning Yu, Cristina Valdes

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