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Festival d'Avignon

29 mai 2007 2 29 /05 /mai /2007 10:45
L’INNOCENCE SACRIFIEE

Avec son Hérodiade, Laurent Contamin livre un texte dense, poétique et politique, magnifié par la mise en scène d’Urszula Mikos et le jeu des acteurs. une immersion dans la folie ordinaire.

La pièce commence comme un Big Bang : tout implose. Les personnages réunis sur scène soliloquent, se hurlent dessus, se croisent sans se voir et se parlent sans s’entendre. La cacophonie, ensuite, devient symphonie et la partition complexe, influencée par les techniques scénaristiques, rendue par Laurent Contamin n’épargne personne, ni les acteurs, ni les spectateurs qui doivent travailler, dur, pour saisir progressive,ment les enjeux de cette Hérodiade.
 Photo © DR

L’histoire se déroule dans une ville imaginaire, disons de l’Europe de l’Est, où deux jeunes gens sont embarqués dans une aventure qui mêle un policier véreux, une femme d’affaires à la morale plus que fluctuante et son coach, un marchand de fleurs aveugle et un américain américanisant apôtre d’une secte délirante pratiquant le trafic d’organes. Dans la tradition biblique, Hérodiade incite sa fille Salomé à l’assassinat d’un innocent, Jean le Baptiste, témoin gênant de son adultère avec le roi Hérode.
Dans la pièce de Laurent Contamin, l’innocent Jacek est sacrifié par Agatha, la fille de Gosia parce qu’il est le témoin du trafic d’organes auquel ils participent. La cécité du témoin, le grotesque des personnages et l’humour noir qui parcours la pièce sont trompeurs car c’est bien d’une tragédie dont il s’agit ici.
Le cœur pur d’Agatha est dès le départ cerné par la corruption et la vénalité de sa mère et la folie prosélytiste de l’américain. Et la conclusion inéluctable voit cette pureté déflorée par le meurtre, comme le symbole d’une société dans laquelle l’innocent est destiné à tuer ou être tué. Hero died, donc, car dans cette pièce il n’y a plus de héros.

Ouverture des frontières


La mise en scène d’Urszula Mikos s’attache à exterminer les frontières. Celle séparant les arts d’abord, puisqu’elle fait appel à la vidéo, la danse – la mythique danse lascive de Salomé est transformée ici en chorégraphie genre soirée au Club Med – et le chant. Celle surtout séparant l’espace intérieur des personnages de leur dimension sociale. Ainsi les personnages récitent-ils les didascalies à voix haute créant un décalage entre le pensé et le dit, entre le langage du quotidien et celui, technique, de l’auteur. La mise en valeur de certains dialogues ou de certaines situations comiques permet d’autre part d’alléger un peu cette pièce, très sombre finalement.

Les acteurs font honneur à la pièce, Marianne Pichon et Olivier Werner en tête, qui campent respectivement une Gosia hystérique et un missionnaire américain plus vrai que nature, terriblement drôle et drôlement inquiétant.
Le reste de la distribution tient largement la route, Perle Palombe, John Kokou, Michel Quidu, Tomasz Kowalski et Khalid Benouechen très investis et crédibles dans leurs rôles, ce qui n’est pas une mince affaire dans une telle pièce. Pour qui se donne la peine de vivre le théâtre, et pas seulement de le regarder de loin, cette pièce est à voir, pour son texte profond, sa mise en scène agréable et ses acteurs convaincants. Ce n'est déjà pas mal.

Morgan LE MOULLAC (Paris)

Hérodiade/Hero Died
Texte de Laurent Contamin
Conception et mise en scène d’Urszula Mikos
Vidéos de Muriel Habrard et Vincent Beaumont
Scénographie de Kristina Solomoukha

Interprètes : John Kokou, Tomasz Kowalski, Perle Palombe, Marianne Pichon, Michel Quidu, Charles Rosillo, Olivier Werner, Khalid Benouechen.

Au Théâtre Le Proscénium 168 bis rue de Charonne Paris 11e. Tel 01 40 09 77 19
Du 14 mai au 5 juin 2007.

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