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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 09:02
AFFREUX, SALES ET ATTACHANTS

Une bande de durs dingues s’est emparé du Théâtre du Rond Point. Six clowns du Teatr Licedei de Moscou y proposent un spectacle déjanté et terriblement humain.

Sur scène, c’est le capharnaüm. Des poupées mal fagotées, une poussette de guingois, un piano prêt à rendre l’âme, quelques portraits de famille délavés, des cordes effilochées sur lesquelles s’accrochent des pinces à linge sans poigne, un vieux transistor. Bienvenue à la maison !
 Photo © Philippe Delacroix

La mère, aux lèvres lippues, au cœur débordant d’amour et aux colères redoutables, régente son petit monde. Enfin, elle essaie. Elle charme, ondule son corps, pourtant lourd d’un marmot à venir. Elle tape du pied et grogne contre les quatre jojos qu’elle a déjà enfantés. Et chacun n’en fait qu’à sa tête. Le fils, une scie coincée dans le pantalon, braguette ouverte, ne cherche qu’à commettre un meurtre. Celui u père, des sœurs, des spectateurs, pas suffisamment dociles. Le poupon grassouillet marche dans les pas de son frère. Avec un plaisir sadique, digne des plus grands psychopathes, il arrache les têtes de ses poupées, il en ferait bien de même avec le reste du monde… Sa sœur, les cheveux en pétard, la silhouette fragile, n’y voit que du feu. Elle se promène, météorite rêveuse, dans un monde où tout s’agite et frôle la mort. Et la figure du père dans tout ça ? En crise d’autorité, le pauvre géniteur ne cesse de vouloir s’échapper, via la fuite ou via l’alcool. Mais il est bien souvent rattrapé par sa vamp de femme.


C’est ça, Semianyki, la famille du Licedei. Une tribu aux caractères bien trempés, une lutte de pouvoir intestine, un besoin permanent d’exister parmi et contre les autres. Et pour le spectateur, c’est un foutoir jubilatoire. Tout est laminé par le rire car le rire y est multiple. Tour à tour, cruels, burlesques, ridicules, moqueurs ou simplement joyeux, les six clowns se montent les uns contre les autres. De la figure traditionnelle, ils n’ont gardé que le masque blanc. Ces pantins muets s’échinent à faire le mal, à dissimuler, à manipuler. Et ça ne s’arrête jamais. Car chaque geste, chaque retournement est extrêmement maîtrisé et calibré. Pour le spectateur, l’illusion est totale. Tout semble partir dans tous les sens à n’importe quel moment. Et, recroquevillé dans son siège, suspendu au pas du clown, il est surpris à chaque instant par une surenchère d’inventivité, de drôlerie grinçante et de tableaux de famille renversants.

Famille nombreuse, famille heureuse


Jusque-là, le spectacle resterait de l’ordre du déjà-vu. Un avatar de La Famille Addams de Barry Sonnenfeld, un souvenir d’Affreux, Sales et Méchants, d’Ettore Scola. Mais Semianyki emporte le spectateur bien au-delà des représentations traditionnelles de la famille. Ce qu’il y a à voir sur scène, c’est la famille dans sa vérité propre, toujours tendue entre guerre et paix. Car, entre deux mesquineries, ces affreux-là s’aiment, c’est sûr. Ils ne peuvent pas se quitter. Rompre l’équilibre familial égale au renversement du monde. Il y a comme un courant électrique qui relie les figures. Sur un rocking-chair ou dans un sac en toile de jute, ils se meuvent sur le même rythme, une pulsation primitive, un coup de rein, un battement de coeur. C’est ce balancement lancinant qui donne au spectacle toute sa dimension poétique. Même le gag se fait dans ce mouvement tellurique.

Le spectateur est également entraîné par le tempo familial, il s’agrège aux Semianyki, devient un Semianyki. Lui aussi prend part aux tentatives d’électrocution et aux batailles de polochons. C’est ce qui fait la vraie beauté du spectacle. Ces clowns sont généreux. Ils prennent le spectateur par la main et l’invite à danser, rire et pleurer. Au final, dans la salle et sur le plateau, c’est une grande fête de famille.

Marion GUÉNARD (Paris)

Semianyki (La Famille)
Par le Teatr Licedei
Au Théâtre du Rond-Point, du 10 mai au 24 juin à 20h30, dimanche à 15h.
Réservations 01 44 95 98 21.

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Published by Marion Guénard - dans À Paris 2006-07
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