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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

12 juin 2007 2 12 /06 /juin /2007 17:39
DES HUIS CLOS DE PAROLE ENFOUIE

Stéphane Verrue est fasciné par Samuel Beckett. Son théâtre, il se l’est peu à peu approprié. Qu’il a monté jadis de manière étonnante avec des handicapés mentaux. Qu’il monte à présent avec trois comédiennes incarnant trois faux monologues : Pas, pas moi, berceuse.


C’est à chaque fois le ressassement d’une parole qui tourne en rond. Qui cherche à dire sans y parvenir, tout en finissant cependant par manifester l’essentiel : la solitude, la maladie, le vieillissement, la mort à proximité de la vie. Sous la banalité des mots surgit la difficulté d’être, de transmettre mais aussi la délivrance par le verbe tâtonnant, devenu litanie et rythme. C’est le non-dit contenu dans le syntagme « tout ça », si fréquent chez Beckett, et dans lequel chacun posera le sens qu’induit sa propre existence.
 Photo © Eric Legrand

« Pas » exprime des signifiés pluriels. Ce sont les enjambées d’une femme qui traîne inlassablement les pieds sur une surface limitée explorant en boucle autrefois et maintenant. C’est aussi cet adverbe de négation par lequel on refuse d’exister, d’agir, de communiquer. Elle apostrophe une voix off. Elle est l’écho d’une vieille qu’il lui faut soigner, peut-être sa mère, peut-être sa fille, peut-être l’écho d’elle-même en son devenir, peut-être le souvenir d’une morte. Elle est en conciliabule avec une hantise, un secret familial, un mal-être que même les mots n’extirpent pas.

Les phrases sont quasi seules visibles dans « Pas moi » car sur scène, dans le noir intégral, uniquement une bouche apparaît, haut perchée, en apesanteur. De ces lèvres qui seules remuent sort une logorrhée anaphorique. Elle se teinte d’une gouaille impertinente et cette goguenardise propre à l’humour de Becket, quand il décrit la souffrance de l’existence. Elle meuble de silences une avalanche de parole volubile. Elle se prend dans les méandres du passé, dans des certitudes pimentées de doutes. Elle cherche à dire ce qui n’arrive pas à s’incarner à travers les épisodes d’une vie malmenée. Le poids du langage fait mal à qui s’en empare comme à qui l’écoute.

Troisième volet, « Berceuse » prend corps dans un rocking-chair. Là où la vieillesse termine son temps terrestre. Mais c’est une voix venue autant d’ailleurs que du fin fond de sa carcasse que la personne s’adresse en résonance d’elle-même. La quête est d’apaisement, de conciliabule capable de combler un mutisme qui s’installe au fil du temps. Le balancement devient le signe même d’être au monde, celui qui déclenche une résonance. Ainsi se pressent l’inéluctable fin des êtres, après avoir erratiquement tenté d’être soi et cru n’y jamais parvenir.

La minutieuse mise en scène de Verrue accorde toute son importance au physique, au mouvement des membres et des muscles. Qui rend palpable l’invisible présence d’Arlette Renard, voix issue d’au-delà, réalité prégnante quoique insaisissable, en dialogue avec une Gaelle Fraysse dont le travail vocal lui permet, dans les première et dernière séquences, d’occuper l’espace de manière obsédante. Qui affole véritablement par ses tonalités décalées sortant de la bouche de Florence Masure comme une partition musicale.

Michel VOITURIER (Lille)

Lire aussi la chronique de notre rédacteur parisien Mattia Scarpulla
sur une autre mise en scène
.


Dramaticules
Texte : Samuel Beckett
Mise en scène : Stéphane Verrue
Distribution : Gaelle Fraysse, Florence Masure, Arlette Renard
Costumes, maquillage : Catherine Lefebvre
Éclairages : Nathalie Perrier
Son : Matthieu Chappey

Production : Cie Avec vue sur la mer/Théâtre d’Arras
Au Théâtre d’Arras du 13 au 24 mars 2007 ; à l’Hospice d’Havré Maison Folie à Tourcoing les 24 et 25 mai 2007.

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Published by Michel Voiturier - dans En Région 2006-07
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commentaires

avec vue sur la mer 11/07/2007 15:11

Vous pouvez trouver des informations sur le spectaclen Pas, Pas moi, Berceuse ainsi que sur la compagnie avec vue sur la mer et Stéphane Verrue sur le site de la compagnie:
http://avecvuesurlamer.blog4ever.com
Bonne lecture et bons sepctacles à tous.
 

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