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Festival d'Avignon

23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 10:21
SIX TEXTES POUR UNE ALTERNATIVE

Avec pour point de départ, une citation du film Accatone du cinéaste italien Pasolini : « Ou le monde me tue ou je tue le monde ! », six écritures dramatiques naissent de la plume de jeunes auteurs issus de l'Ensatt. Forme intéressante et inusitée que cette succession de points de vue qui illustrent six manières d’appréhender le monde, avec férocité, humour ou poésie, et qui sont livrées à brûle-pourpoint comme un grand cri de détresse.

Les écrivains ont puisé, dans une phrase qui résonne déjà par la violence des mots, des thématiques sombres mais diverses, plus ou moins explicites et accessibles. Sous-tendues par l’unique alternative entre la lutte et l’oppression, leurs pièces renvoient toutes à l’inévitable solitude qui nous assaille, frôlant le risible et l’absurdité de l’existence. D’une incursion dans le conflit collectif au combat introspectif, de la représentation brute du quotidien à la projection métaphorique, chaque histoire impose sa singularité.

Photo © Jessica Balleri /
Le Chat de Schrodinger en Tchétchénie

Ainsi, Cédric Bonfils ouvre le bal autour d’un suicide féminin, et découpe son univers entre la froideur d’une salle d’interrogatoire et l’intimité d’un appartement. Une dualité entre sentiments idylliques et réalité insurmontable qui gagne en force grâce à la mise en scène contrastée de Simon Delétang.

On retiendra également la vision métaphysique et l’amère dérision de Marie Dilasser sur la situation en Tchétchénie, qui clôt brillamment le spectacle avec une écriture décalée, drôle et percutante.

Non moins dénués d’intérêt au niveau de la construction dramaturgique, les autres textes se font toutefois le reflet d’écritures très personnelles, parfois presque insondables. Exemple frappant, Les Cravates de Thibault Fayner : séduits par l’originalité syntaxique et rythmique, l’esthétisme et le jeu chorégraphié, il nous faut pourtant longuement nous questionner sur le sens de cette étrange métonymie. C’est en remontant aux origines du mot « cravate » que les variations de l’auteur nous apparaissent le plus signifiantes. Forme francisée du mot « croate », la cravate nommait au XIIe siècle « la bande de linge que les cavaliers croates portaient » et désigne au sens figuré « le coup par lequel on essaie de faire subir au menton de son adversaire un mouvement de torsion ». Symbole de l’origine sociale ou acte de violence, on comprend mieux que la cravate ait pu inspirer l’étrange trafic vestimentaire de Fayner.

Un kaléidoscope dramatique


Malgré des appréciations subjectives inégales suivant les pièces, qui trouveront un écho variable selon la sensibilité de chacun, il convient surtout de saluer le projet dans son ensemble. Bel hommage rendu ici à celui qui nous a dépeint avec force beauté la grande tragédie humaine. Entre nostalgie et désespoir, les dramaturges rejoignent Pasolini par l’image de personnages désoeuvrés dans une société en déperdition. Par la succession de ces six formes brèves, nous subissons un changement d’optique permanent qui nous laisse à chaque fois au bord de la chute dramatique, à la lisière du dénouement. Avec changements de décors à vue, sur fond de bande sonore pasolinienne, nous ne quittons jamais vraiment le drame ; le temps seulement de prendre une respiration avant de découvrir le monde sous un angle différent. Ainsi le spectacle marche comme un kaléidoscope dramatique où chaque intermède fonctionne comme une secousse, laissant apparaître un fragment de vie nouveau mais toujours tristement coloré.

Un projet structurellement intéressant et prometteur, servi par une parole contemporaine acerbe et incisive, soutenu par l’énergie et la fraîcheur des jeunes comédiens de l'Ensatt. Chapeau !

Anne CARRON (Lyon)

Ou le monde me tue ou je tue le monde !
Six pièces brèves écrites par les auteurs issus de la première promotion « d’écriture dramatique » de l’Ensatt, dirigée par Enzo Cormann :
- Trop compliqué pour toi, de Cédric Bonfils
- Les Cravates, de Thibault Fayner
- Autopsie du Gibier, de Samuel Gallet
- Les Blés, de Sabine Tamisier
- Toute cette neige, d’Olivier Mouginot
- Le Chat de Schrodinger en Tchétchénie, de Marie Dilasser

Mises en scène de Guillaume Delaveau et Simon Delétang
Avec Cassandre Vittu de Kéroul, Myraim Le Chanoine, Aymeric Lecerf, Claire Galopin, Julien Gauthier, Michaël Maîno, Ophélie Marsaud, Michaël Pinelli, Marc Lamigeon, Simon-Pierre Ramon et Juliete Rizoud

Du 18 au 29 juin 2007 à l'Ensatt, 4 rue Sœur Bouvier 69005 Lyon
Tél : 04 78 15 05 07

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Published by Anne Carron - dans En Région 2006-07
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commentaires

raoul 27/06/2007 04:02

Tiens, depuis quelques temps, on entend de nouveau parler de la tchétchénie mais il est bien tard, trop tard en tout cas pour Anna, trop tard pour les morts de tchétchénie, trop tard pour ceux que cette guerre a détruit au plus profond d'eux-même, trop tard, voyez-vous pour que notre conscience soit en paix. je ne peux qu'avoir honte de nous.

Anatole 23/06/2007 14:55

J'ai lu Les Cravates, le texte m'a interloqué. On pourra aussi y voir le symbole d''une classe sociale déchue qui cherche à végéter dans un nouveau régime, mondialisé, ou un symbole de la résistance face au totalitarisme.

Chronique Fraîche