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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

24 juin 2007 7 24 /06 /juin /2007 15:58
Sous-titre du spectacle : "un cadrage hors champ des Trois Sœurs d'Anton Tchékhov". Ainsi annoncées, les intentions sont claires : nous n'assisterons pas à une énième "vision" de la pièce mais à un vrai chambardement. Si la mise en oeuvre du projet tient de l'exploit, la mise en bouche déconcerte.

Le projet de la metteure en scène Agathe Chion est original à plus d'un titre. D'abord parce que le "Tomtom group" que cette jeune Française dirige depuis Berlin, a quelque chose de son homonyme qui propose de la  "navigation par satellite". Il re-groupe des gens d'horizons et de lieux différents qui ont décidé de monter ce projet, en gardant un éloignement géographique totalisant plus de 1.600 km ! L'essentiel du travail se fera par des échanges téléphoniques et électroniques ; certains travaillant isolément, d'autres organisant de brèves rencontres, avant d'ultimes répétitions plateau, en accueil à l'Océan Nord - un théâtre à vocation expérimentale - à Bruxelles…. Le point de départ, la rencontre d' Agathe Chion et des comédiennes Naïs Bastide, Caroline Berliner, Coraline Clément, Prunelle Rulens dit Rosier, ayant été… Bruxelles (l'INSAS).
 Photo © Isabelle Desroches

Etonnante expérience et intérêt premier : comment vont converger, aboutir ensemble, des travaux qui ont cheminé séparément, de manière personnelle ? Peut-on mettre sur pied, à distance, un projet théâtral, le monter à la façon d'un puzzle ? Grâce à l'investissement de l'équipe, le défi est relevé. Partant de l'idée que chez Tchékhov "tout advient dans le hors champ", Agathe Chion a très exactement voulu "donner à voir ce hors champ", en faire "l'enjeu du projet". Le texte sera donc débité à la mitraillette, de façon monocorde tandis que les didascalies, indications basiques généralement ignorées des spectateurs, sortiront des pages et des parenthèses pour leur voler la vedette (soulignons le paradoxe qu'il y a à dire "un silence"…)

Comme "l'adaptatrice" a choisi de mettre en exergue trois phrases-clé du texte de Tchékhov, on pourrait diviser cet exercice plutôt cérébral et iconoclaste en trois parties : une dissection, clinique, avec analyses chiffrées (à la table, face public), ensuite un joyeux délire, franche débandade des corps et des esprits, pour terminer sur une plage sonore tonitruante que les voix des quatre comédiennes auront du mal à surmonter dans leur volonté de décrire, encore et toujours.

Autopsie d'une pièce

Et c'est bien là, l'écueil majeur : la pièce est devenue un récit et à force de descriptions, de redondances et de distanciation comédienne/personnage, le spectateur "non tchékhologue" n'est guère touché. Il en arrivera même, à la fin (abrupte), à se désintéresser de ce qui peut se passer là, devant lui…
Sans décor et dans une scénographie minimaliste, la "scène multiple" voulue par Agathe Chion se révèlera disparate avec des éléments dont le sens restera obscur, comme cette vidéo - présence (in)évitable actuellement - montrant en temps réel la décomposition d'un plat.
Effet de disparité également avec la multiplicité de "micro événements" (les "parasites" pris au sens propre ?) sans rapport avec ce qui se dit ou ce qui se fait par ailleurs… le tout voulu comme une "invitation à une visite de musée". Un musée, certes, exempt de toute solennité !

Après le côté statique du début, c'est le déchaînement corporel dans la suite. Avec entrain et dans une belle énergie générale, la "sororité" se déploie, par l'escamotage des personnages masculins (difficilement "imaginables" par leur seule et sèche description) au bénéfice d'une belle-sœur venant s'ajouter aux "trois sœurs" de l'œuvre d'un certain Tchékhov… dont s'inspire la metteure en scène Agathe Chion.
Les quatre comédiennes s'éclatent, s'amusent : on gesticule, on déambule, on s'habille, on se déshabille, on lance des rires nerveux, on effectue des sursauts de pantin, on casse la vaisselle, on malmène un meuble… Le spectateur pourra penser que la metteure en scène a voulu prendre le mot de Tchékhov au pied de la lettre qui qualifiait sa pièce de "farce de collégien" (il le disait parce qu'il ne se prenait pas au sérieux, lui…). Mais à la fin, on reviendra au côté statique (face public mais debout) pour décrire, et décrire encore.

A disséquer ainsi jusqu'à montrer le squelette de la pièce, le danger est de lui enlever toute chair. Donc, de simplement montrer un spectacle. Qui plus est un spectacle en dents de scie, d'où le spectateur étourdi ressort plus que "partagé".

Suzane VANINA (Bruxelles)

Théâtre Océan Nord jusqu'au 30 juin 2007  – 0032 (0)2.216.75.55 - On peut visiter un autre aspect du projet appelé "positions sonores"

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Published by Suzane Vanina - dans En Europe 2006-07
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