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Festival d'Avignon

18 juillet 2007 3 18 /07 /juillet /2007 11:34
COMMENT DEVIENT-ON GÉNOCIDAIRE ?

Le livre de Jean Hartzfeld qui donne son titre au spectacle est un recueil de témoignages de plusieurs Hutus qui participèrent en 1994 au massacre des Tutsis au Rwanda. Document sociologique effrayant, cet ensemble de confidences prend une ampleur particulière lorsqu’on les entend dites par des comédiens.

Difficile d’imaginer sans doute à quel point ce carnage a pu s’accomplir en toute logique par l’intermédiaire de gens habitant dans les mêmes villages, fréquentant les mêmes églises et écoles que leurs victimes. Cependant, la réalité est là. On peut être un citoyen ordinaire et, soudainement, se voir entraîné dans l’horreur la plus innommable sans se poser de question. Sans éprouver de remords une fois les actes terminés.


Il apparaît qu’un travail de propagande, sournois, insistant, étalé sur la durée et se référant à l’histoire, met en condition des êtres semblables à tout le monde. Mais, qui, à force d’embrigadement insidieux finissent par se conditionner sans plus s’en référer à la réflexion. Alors, voilà, un beau jour, ils se retrouvent à liquider à coups de machettes, systématiquement, durant plusieurs heures par jour, des personnes devenues officiellement des ennemis. C’est un travail à la chaîne. Systématique. Moins fatigant que le métier d’agriculteur. Mieux rémunéré puisqu’il est payé en pillage des biens des éliminés. Il suffit d’être productif, rapide, dépouillé de tout état d’âme. Il suffit d’être persuadé du bien fondé de l’action. C’est simple. C’est comme cela. C’est terrifiant.

Dire l'horreur

Ces interviews ne se jouent pas. Les comédiens ne s’appuient pas sur des effets. Ils disent avec une simplicité travaillée, avec un détachement qu’on imagine être celui des véritables intervenants, emprisonnés puis remis en liberté parmi les rescapés. Ils n’ont pas besoin de rajouter quoi que ce soit aux mots sortis de la bouche des bourreaux car ces mots disent l’horreur. Ils disent aussi un certain désarroi de ces criminels cherchant à comprendre pourquoi le pardon ne leur serait pas donné puisqu’ils ont demandé eux-mêmes pardon.

Les jeunes interprètes sont mis en scène sobrement. Ils commencent dans le public afin de mieux l’impliquer dans le récit de journées qui auraient pu être banales. Ensuite, appuyés contre un mur de ciment à la lézarde très symbolique, ils énoncent des vérités qui laissent en suspens les questions essentielles, différentes de celles surgies au moment du procès des nazis à Nuremberg. Pour amener une respiration indispensable, la contrebasse d’Yves Rousseau meuble le silence d’accents graves sans dramatisation supplémentaire. Simplement en contrepoint d’une parole stupéfiante.

Michel VOITURIER
www.ruedutheatre.info

Une Saison de machettes
Texte : Jean Hatzfzeld (éd. Seuil, 2003)
Mise en scène et adaptation : Dominique Lurcel
Distribution : Amélie Amphoux, Cécile Bothorel, Mathieu Desfemmes, Tadié Tuéné
Musique : Yves Rousseau
Scénographie : Gérald Ascargota
Lumière : Philippe Lacombe
Production : Passeurs de Mémoire

Au Petit Louvre, Chapelle des Templiers, 3 rue Félix Gras à 10h30 jusqu’au 28 juillet. (0490 86 04 24) 

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Published by Michel Voiturier - dans Festival Off 2007
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