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Festival d'Avignon

16 juillet 2005 6 16 /07 /juillet /2005 00:00

CETTE FOLIE QUE J’ATTENDS

Les Goulus (ex-Obsessionnels) présentaient leur spectacle théâtral, « Blancass’ ou p’tit café ». Trop sage ?

Je connais Les Goulus depuis le Festival 1998, où ils étaient venus présenter leur brillant spectacle À la pelle au Chien-qui-fume. Ils s’appelaient alors Les Obsessionnels. Tout un programme…



Il faut dire que quand je les vois commettre leurs différentes parades (Les Krishnous, Les Cupidons, Les Inkisitos) dans la rue – leur territoire artistique de prédilection –, je suis sidéré par leur professionnalisme bicéphale : d’un côté, tout est réglé au quart de millimètre ; de l’autre, ils sont prêts à – et sans doute même excités par – l’inattendu, l’imprévu, le grain de sable qui peut tout faire foirer s’ils ne savent pas miraculeusement retomber sur leurs pieds. Les Goulus, eux, sont des praticiens chevronnés de cette gymnastique périlleuse. Ils sont même peut-être encore meilleurs dans ces cas-là.

Pour élargir leur palette artistique (ou par un besoin inconscient de reconnaissance plus officielle ?), ils ont eu l’idée de présenter à nouveau un spectacle plus traditionnel, cette fois-ci intitulé Blancass’ ou p’tit café ?, dans un vrai théâtre, en l’occurrence le Chien-qui-fume.

Il s’agit d’un cabaret poétique, nourri au lait littéraire de Boris Vian, Bernard Dimey, Georges Brassens, Bobby Lapointe et Jean-Luc Prévost. Cabaret habité par de vrais personnages dramatiques, libertaires mais fatigués : la Baronne (Olivier Rimaud), Bob le Snob (Éric Kailey), Momo le Garçon (Patrick Geslin) et Nanard le Tôlier (Jean-Luc Prévost). Une équipe de miteux magnifiques, ô combien attachante, à l’âme malmenée par de plus misérables qu’eux, et qui remodèle le monde à son humaine mesure, lors d’un morne matin mauve, dans cet estaminet imaginaire.

Alors, malgré de si beaux ingrédients, pourquoi, selon moi, la mayonnaise ne prend-elle pas complètement ? D’abord, le fait de passer de la rue au plateau ne se fait pas aussi aisément qu’on peut le croire. Ensuite et surtout, le manque de proximité dans le rapport de la scène avec la salle fait que le spectacle, qui promettait d’être délirant, notamment en voyant le très beau décor stylisé de David Périno, reste finalement trop sage malgré la force des textes proposés. Car l’absence d’interactivité entre les personnages et les spectateurs empêche cette folie souhaitable, cette folie que j’attends, cette folie qui huilerait les rouages de la mécanique trop neuve de Blancass’ ou p’tit café ?.

De mon point de vue, il aurait fallu carrément installer un bistrot sur le plateau (du Petit Chien plutôt que celui du Chien-qui-fume), avec environ 80 « clients » et distribution de coups à boire. Le spectacle aurait alors « décollé », à condition que les Goulus aient pris le public à partie directement via les paroles des poètes précités. En d’autres termes : « rechercher une complicité intimiste avec un public plus acteur que consommateur » et « pousser l’exploration du jeu non frontal », comme le proclame la charte de l’orientation artistique de la compagnie Les Goulus.

Il n’empêche : tel que je l’ai vu ce 13 juillet 2005, c’est-à-dire quand la troupe n’avait pas encore pris ses marques dans l’espace théâtral, Blancass’ ou p’tit café ? est une œuvre intelligente à l’interprétation généreuse, drôle et bourrée d’humanité. Ce qui n’est pas si courant.


Blancass’ ou p’tit café ?
Textes : Bernard Dimey, Boris Vian, Bobby Lapointe, Georges Brassens et Jean-Luc Prévost
Écriture-arrangements : Jean-Luc Prévost
Les Goulus 34, rue Gaston-Lauriau • 93512 Montreuil Cedex
Tél. : 01 48 58 78 78 – Portable : 06 60 13 43 65
Site : www.lesgoulus.com
Courriel : gouludrus@wanadoo.fr
Interprétation : Patrick Geslin, Éric Kailey, Jean-Luc Prévost et Olivier Rimaud
Mise en scène : Louis Gatta
Lumières : Sergio Giovanni
Conception et réalisation des décors : David Périno
Théâtre du Chien-qui-fume 75, rue des Teinturiers • Avignon
Tél. : 04 90 85 25 87
Du 8 au 30 juillet 2005 à 20 h 55 (durée : 1 heure)
Tarifs : 15 € et 11 €

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Published by Vincent Cambier - dans Festival d'Avignon 2005
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