RUEDUTHEATRE
LA VIE AU FIL DE L’EAU
Voilà une pièce magnifique que nous propose le Théâtre de Paris, un spectacle pour toutes les générations, plein de drôlerie et de poésie. Ecrite par Ernest Thompson, adaptée au cinéma en 1981 avec la sublime Katherine Hepburn et Henry Fonda, jouée notamment par Edwige Feuillère et Jean Marais, cette œuvre constitue un beau défi. Remise au goût du jour par Stéphane Hilliel et Jean Piat, ce dernier forme avec Maria Pacôme un couple attendrissant et éclatant.
… Une demeure en bois quelque part, en Amérique à la fin des années 60. Posée au bord d’un lac, comme un coquillage attendant paisiblement le reflux. Un été prometteur s’annonce pour Kate et Tom, vieux couple égoïste et tendre à l’automne de leurs vies. Autant Kate est dynamique et débordante de vie et de projets, autant son époux, honorable professeur à la retraite, est bourru. Les journées s’écoulent, rythmée entre l’arrivée du facteur et le crépuscule triomphant du soir, jusqu’à ce que l’irruption de leur fille Claudia accompagnée de son compagnon puis de son beau-fils, perturbe l’existence des vieux amants, remettant en question les non-dits et les occasions manquées…
A priori, l’intrigue peut paraître un brin plan-plan et peu rock’n’roll. Que nenni ! N’allez pas vous imaginer que La Maison du Lac possède la lenteur agonisante d’un Rohmer. C’est tout le contraire ! Cette pièce respire la Vie, ses joies et ses souffrances, les petites choses essentielles, un peu comme chez Claude Sautet. Dans un des rôles principaux, Maria Pacôme, remplaçant son amie convalescente Danièle Darrieux, initialement prévue pour incarner Kate. Et les esprits chagrins de s’indigner « Comment ? Maria Pacôme à la place de la grande Danièle Darrieux ! Ah ! Trahison ! Ce n’est pas le même genre ! » Et d’en avaler leur fiel. Eh bien, point du tout… Maria Pacôme est éclatante, Maria Pacôme est rayonnante même, et, ne serait-ce que pour s’être imprégnée en à peine un mois d’un rôle difficile, saluons-la bien bas. Bien sûr, l’une et l’autre n’ont pas la même envergure : d’un côté une grande dame autant sublimée à l’écran que sur les planches, de l’autre la reine aguerrie des vaudevilles qui pourtant fit éclater son génie l’espace d’une seule scène (mais quelle scène !) dans l’excellent film La Crise de Colline Serreau… Rien n’est au rabais et, bien au contraire, à 84 ans, Mademoiselle Pacôme nous surprend encore par ce charme, cette jeunesse éternelle, cette sensualité sous-jacente qui flotte entre elle et le personnage de Tom. On se surprend même à penser, que le rôle de Kate était fait pour elle…
Un hymne au cycle de la vie
Divinement entourés, Tom et Kate auront à faire à la tête de mule de leur petit-fils adoptif (interprété avec talent par Damien Jouillerot), un jeune crétin attachant ayant le mot « conneries » à chaque coin de phrases, bien décidé à ne pas rester « coincé avec deux vieux croûtons » pendant l’absence de ses parents. Grâce aussi à dialogue savoureux, les spectateurs se régaleront des joutes entre beau-père et gendre. Mais plus que tout, ils passeront du rire aux larmes avec les rapports père/fille, plein de pudeur et de maladresse. D’ailleurs, Jean Piat le dit lui-même « au fond, tout le monde a un peu raison ». Chacun reconnaîtra son histoire. Et puis, il y a la touche finale, l’ultime préoccupation de la vieillesse, l’imminence de la mort qui fait de chaque été passé dans la maison du lac une parenthèse précieuse, une perle de plus à rajouter au collier des souvenirs. Rien de morbide, que de la délicatesse, splendidement jouée par Jean Piat qui nous propose inconsciemment de nous parler de cette question existentielle, à la manière d’un Paul Morand qui aimait chaque jour laisser la mort « jardiner » en lui.
Marie-Pierre CREON (Paris)
La Maison du Lac
Texte : Ernest Thompson
Adaptation : Jean Piat et Stéphane Hillel
Mis en scène : Stéphane Hillel. Assistante à la mise en scène : Marjolaine Aizpiri
Interprétation : Jean Piat, Maria Pacôme, Béatrice Agenin, Christian Pereira, Damien Jouillerot, Patrice Latronche
Lumière: Laurent Béal
Décor : Edouard Laug
Costumes: Jean-Daniel Vuillermoz
Musique : François Peyrony
Location Du 6 Mai au 29 juin 2008.
Du Mardi au samedi à 20h30 et mâtinée le dimanche à 15h30.
Au Théâtre de Paris, 15 rue Blanche, 75009 Paris.
Métro : Blanche / Trinité.
Renseignements : http://www.theatredeparis.com ou au 01-48-74-25-37.
Voilà une pièce magnifique que nous propose le Théâtre de Paris, un spectacle pour toutes les générations, plein de drôlerie et de poésie. Ecrite par Ernest Thompson, adaptée au cinéma en 1981 avec la sublime Katherine Hepburn et Henry Fonda, jouée notamment par Edwige Feuillère et Jean Marais, cette œuvre constitue un beau défi. Remise au goût du jour par Stéphane Hilliel et Jean Piat, ce dernier forme avec Maria Pacôme un couple attendrissant et éclatant.
… Une demeure en bois quelque part, en Amérique à la fin des années 60. Posée au bord d’un lac, comme un coquillage attendant paisiblement le reflux. Un été prometteur s’annonce pour Kate et Tom, vieux couple égoïste et tendre à l’automne de leurs vies. Autant Kate est dynamique et débordante de vie et de projets, autant son époux, honorable professeur à la retraite, est bourru. Les journées s’écoulent, rythmée entre l’arrivée du facteur et le crépuscule triomphant du soir, jusqu’à ce que l’irruption de leur fille Claudia accompagnée de son compagnon puis de son beau-fils, perturbe l’existence des vieux amants, remettant en question les non-dits et les occasions manquées…
A priori, l’intrigue peut paraître un brin plan-plan et peu rock’n’roll. Que nenni ! N’allez pas vous imaginer que La Maison du Lac possède la lenteur agonisante d’un Rohmer. C’est tout le contraire ! Cette pièce respire la Vie, ses joies et ses souffrances, les petites choses essentielles, un peu comme chez Claude Sautet. Dans un des rôles principaux, Maria Pacôme, remplaçant son amie convalescente Danièle Darrieux, initialement prévue pour incarner Kate. Et les esprits chagrins de s’indigner « Comment ? Maria Pacôme à la place de la grande Danièle Darrieux ! Ah ! Trahison ! Ce n’est pas le même genre ! » Et d’en avaler leur fiel. Eh bien, point du tout… Maria Pacôme est éclatante, Maria Pacôme est rayonnante même, et, ne serait-ce que pour s’être imprégnée en à peine un mois d’un rôle difficile, saluons-la bien bas. Bien sûr, l’une et l’autre n’ont pas la même envergure : d’un côté une grande dame autant sublimée à l’écran que sur les planches, de l’autre la reine aguerrie des vaudevilles qui pourtant fit éclater son génie l’espace d’une seule scène (mais quelle scène !) dans l’excellent film La Crise de Colline Serreau… Rien n’est au rabais et, bien au contraire, à 84 ans, Mademoiselle Pacôme nous surprend encore par ce charme, cette jeunesse éternelle, cette sensualité sous-jacente qui flotte entre elle et le personnage de Tom. On se surprend même à penser, que le rôle de Kate était fait pour elle…
Un hymne au cycle de la vie
Divinement entourés, Tom et Kate auront à faire à la tête de mule de leur petit-fils adoptif (interprété avec talent par Damien Jouillerot), un jeune crétin attachant ayant le mot « conneries » à chaque coin de phrases, bien décidé à ne pas rester « coincé avec deux vieux croûtons » pendant l’absence de ses parents. Grâce aussi à dialogue savoureux, les spectateurs se régaleront des joutes entre beau-père et gendre. Mais plus que tout, ils passeront du rire aux larmes avec les rapports père/fille, plein de pudeur et de maladresse. D’ailleurs, Jean Piat le dit lui-même « au fond, tout le monde a un peu raison ». Chacun reconnaîtra son histoire. Et puis, il y a la touche finale, l’ultime préoccupation de la vieillesse, l’imminence de la mort qui fait de chaque été passé dans la maison du lac une parenthèse précieuse, une perle de plus à rajouter au collier des souvenirs. Rien de morbide, que de la délicatesse, splendidement jouée par Jean Piat qui nous propose inconsciemment de nous parler de cette question existentielle, à la manière d’un Paul Morand qui aimait chaque jour laisser la mort « jardiner » en lui.
Marie-Pierre CREON (Paris)
La Maison du Lac
Texte : Ernest Thompson
Adaptation : Jean Piat et Stéphane Hillel
Mis en scène : Stéphane Hillel. Assistante à la mise en scène : Marjolaine Aizpiri
Interprétation : Jean Piat, Maria Pacôme, Béatrice Agenin, Christian Pereira, Damien Jouillerot, Patrice Latronche
Lumière: Laurent Béal
Décor : Edouard Laug
Costumes: Jean-Daniel Vuillermoz
Musique : François Peyrony
Location Du 6 Mai au 29 juin 2008.
Du Mardi au samedi à 20h30 et mâtinée le dimanche à 15h30.
Au Théâtre de Paris, 15 rue Blanche, 75009 Paris.
Métro : Blanche / Trinité.
Renseignements : http://www.theatredeparis.com ou au 01-48-74-25-37.
Mar 27 mai 2008
1 commentaire
bravo à tous, cette pièce est un bonheur !!