RUEDUTHEATRE

ENTREZ DANS LA TRANSE RIMBALDIENNE

Le Groupe Ex-abrupto s’offre une interprétation libre et dérangeante du poète Arthur Rimbaud, dans laquelle les corps et les voix s’épuisent jusqu’au terme.

Porté par la mise en scène contemporaine de Didier Carette, le chemin de la démesure emprunté par l’artiste se trace peu à peu. Pourtant la pièce commence comme dans un souffle doux et sensuel… Le choc n’en sera que plus violent. Des vers extraits du recueil Une saison en enfer, sont susurrés, ils virevoltent avec légèreté dans la salle encore sombre. « Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s'ouvraient tous les coeurs, où tous les vins coulaient. ».

Photo © Patrick Moll

Cet instant de calme est interrompu violemment par l’irruption d’un personnage sulfureusement satanique. Cette figure, tout à la fois (mauvaise) conscience, âme meurtrie, esprit diabolique ou de luxure, sera le double qui permettra de transpercer les pensées des personnages. Déchirant leur enveloppe, elle fera sortir leurs vices et leurs espoirs déçus comme éjectés par un violent venin. Le poète prend tour à tour plusieurs visages. Tantôt démuni et pris de doutes, il s’offre comme un enfant sans force face au monde qui l’entoure. Puis soudain, il semble agité par une ferveur, un esprit de jouissance, qui deviennent plus prégnants à mesure que la fin approche.

Le rythme haletant, et le son saturé de la pièce sont adoucis par l’apparition de figures féminines. Incarnant la mère et la sœur du poète, elles se font entendre avec émotion et douceur, comme pour nous permettre de reprendre notre souffle. La mise en scène de Didier Carette explore et traduit cette haletante course de l’artiste vers l’inatteignable. La présence des micros accentue le martèlement des mots et donne corps aux propos incandescents. Cependant, ces micros s’immiscent aussi comme un filtre entre le texte et la salle, devenant un trait moderne trop forcé.

Ghislain Lemaire prête son physique fragile et son visage romantique au personnage de Rimbaud. Ses traits arrivent aussi bien à traduire le désoeuvrement, que l’ivresse et l’emportement. Régis Goudot incarne, l’œil lubrique et pétri d’humour cynique, la figure du double. Son personnage, au maquillage pailleté, est proche d’un travesti issu d’un film d’Almodovar. Clin d’œil qui le rend un peu plus… humain.

Cette rencontre avec le poète traduit avec justesse ses vers, dont l’émotion est rendue plus palpable par les notes du piano et de la contrebasse présents sur la scène. Après une longue transe, vient enfin l’apaisement. « Elle est retrouvée. Quoi ? L’éternité. C’est la mer mêlée au soleil. »

Anne CLAUSSE (Toulouse)

Rimbaud l'enragé - Mise en scène : Didier Carette
Avec les comédiens et musiciens : Charlotte Castellat, Danielle Catala, Marie-Christine Colomb, Régis Goudot, Ghislain Lemaire.
Scénographie, décor : Jean Castellat, Coralie Léguevaque. Création lumières : Alain Le Nouëne.
Régie Son : Christophe Barrière.
Coproduction Caligari Productions, Groupe Ex-abrupto.
Avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication, DRAC Midi-Pyrénées, du Conseil Régional Midi-Pyrénées, du Conseil Général de la Haute-Garonne, de la Ville de Toulouse.

Au Théâtre Sorano, 35 Allée Jules Guesde, 31000 Toulouse - Tél : 05 34 31 67 16
Mardi, mercredi et jeudi à 20 h / Vendredi et samedi à 21 h / Dimanche à 16 h.
Durée du spectacle : 1 h 30 environ.
Jusqu'au 24 mai 2006
Dim 21 mai 2006 6 commentaires
RIMBAUD OU LA GRANDE IMPOSTURE Je vous soumets quelques neuf textes déplaisants mais sincères pour tenir tête aux sots érudits qui assènent leurs brumeuses vérités aux placides auditoires qui sans broncher daignent les entendre. Raphaël Zacharie de Izarra ======= 1 - PARCE QUE JE NE SUIS PAS UN DE CES MOUTONS DE LA CULTURE QUI MACHENT SOTTEMENT LE FOIN QU'ON LEUR SERT De nos jours Rimbaud passerait à juste titre pour un délinquant drogué, pour un asocial peu recommandable, pour un dangereux hors-la-loi et surtout pour un très odieux trafiquant d'armes, un charognard des guerres. Imaginez le plus adulé de nos écrivains contemporains imiter ce bandit de Rimbaud... Sa carrière serait brisée. Alors pourquoi cette légende à propos de cet infâme dont nul ne comprend certains vers hermétiques mais feint de se pâmer en les lisant ? Justement, Rimbaud est surtout une légende. Rien de plus. Je propose une série de textes éclairants et argumentés sur la plus grande mystification littéraire du XXième siècle. Raphaël Zacharie de Izarra ======= 2 - LE MYTHE "RIMBALESQUE" Je comprends parfaitement que l'on tente de m'initier aux subtilités élevées de la poésie rimbaldienne. Seulement je n'y adhère pas, trop méfiant que je suis envers les imposteurs de la lyre qui sous prétexte d'avant-gardisme nous pondent de gros cocos complètement vides. Nul ne me fera croire que les âmes tombant en pâmoison devant les vers "illuminés" de Rimbaud ne sont pas victimes d'une auto-suggestion née d'un insidieux conditionnement scolaire, chose qui n'a rien à voir avec l'émoi littéraire véritable... L'on décrète à l'école que Rimbaud est un génie et que les "rebelles" dignes de ce nom se doivent d'adopter inconditionnellement le poète maudit pour pouvoir prétendre à la "révolte" et être pris au sérieux sous le ciel des rimeurs. L'on suggère que pour passer pour un fin lettré, un idéaliste, une âme éprise de je ne sais quelles "foutaiseuses" hauteurs, il faut admirer Rimbaud, que la chose se fait depuis plus d'un siècle, que les plus beaux esprits se sont inclinés devant Rimbaud et que railler ses vers qu'un tapage séculaire a fini par consacrer au panthéon des demi-dieux versificateurs relèverait du crime de lèse-poète... C'est que, voyez-vous, je n'ai pas pour habitude de bêler avec le troupeau des initiés. Le messie de cette espèce de secte littéraire fût-il Monsieur Rimbaud. Je préfère encore passer pour un imbécile solitaire, héroïque dans mon hérésie, plutôt que paître tel un ruminant à la solde de Rimbaud dans les grasses contrées de la poésie dispensée en granulés. Me distinguer de la sorte plutôt que me fondre dans la foule d'admirateurs anonymes, trompeter seul au fond des bois plutôt que joindre mes bêlements à ceux de l'étable, voilà ce qui sied au bel esprit que je suis. Raphaël Zacharie de Izarra ======= 3 - RIMBAUDERIES Entrons dans le texte, à vif. Face à vous mes chers adversaires je veux bien admettre mes torts éventuels, ma prétendue insensibilité, mon hérésie supposée, mais alors chers détracteurs répondez-moi avec clarté, sans vous défiler derrière un langage abscons : je vous soumets les vers que j'estime les plus ridicules -à ma connaissance- de Rimbaud. "Je fis un voeu : mes ailes d'Empyrée toutes trouées Ma fiole couverte de l'or des horizons funestes Et célestes me mirent de glace en échos nets Je vis un feu où se regardait l'oiseau des rouées." (Rimbaud) Dites-moi ce qu'ils vous inspirent. Persuadez-moi de leur prix. Si vous ne les jugez pas sots ces vers, c'est que pour vous tout ce qui est pondu par Rimbaud vaut parole d'Evangile. Ce qui serait une attitude parfaitement imbécile, n'est-ce pas ? Aussi j'attends des beaux esprits qu'ils dénoncent l'ineptie lorsque cela est justifié. Or il serait justifié que vous crachiez précisément sur ces vers de Rimbaud car moi je les trouve mauvais. Et si vous les jugez ridicules ces vers, alors dites-le, mais dites-le avec verve, panache, véhémence et non à demi mots comme le font les lâches admirateurs de leurs "chers maîtres", ainsi que des petits toutous aliénés à la cause d'un seigneur qui les enchaîne. A ceux qui après avoir pris contact avec moi (raphael.de-izarra@wanadoo.fr) seront prêts à relever le défi : toute dérobade de votre part signifiera que je serai sorti vainqueur de cette polémique. Passez l'épreuve de ces quatre vers (la seule flèche qui vaille au milieu des gesticulations et conceptions théoriques sans portées). C'est au pied du mur que l'on démasque les imposteurs. Fi ! des beaux discours, mettez-vous à l'oeuvre sans tarder ! Défendez avec rage et éclat la cause qui vous est chère, je vous attends ! Je serais curieux de voir les effets qu'ont sur mes contradicteurs ces rimes que j'ose qualifier de grotesques. Car il faut oser, plutôt que sottement subir. Oser contredire l'autorité, même l'autorité poétique. C'est que je ne m'aliène pas si aisément à des auteurs, aussi prestigieux soient-ils. Sur ces rimes que je vous ai jointes, seuls vos éventuels avis trancheront. Toute pirouette émise pour contourner l'épreuve en dira long sur le vide que vous inspirent ces vers... Que trouvez-vous d'estimable dans ces vers grotesques et incompréhensibles de Rimbaud ? Courageux détracteurs, je vous laisse la parole (raphael.de-izarra@wanadoo.fr). Raphaël Zacharie de Izarra ======= 4 - RIMBAUD, CE RIGOLO Osons désacraliser le "Bateau Ivre", et "Une saison en Enfer" de ce plaisantin de Rimbaud. A part ses traffics d'armes et autres méfaits crapuleux, de quoi peut-il se targuer ce rimailleur plein de sempiternelles "hideurs", les poches pleines de trous ? Je lui trouve le haillon un peu trop facile à ce joli. Sa semelle est bien trop usée pour être honnête. Dehors les imposteurs de la poésie avec leur charabia poétisant, avec leurs émois mesquins de morveux attardés ! Un bon poète est un poète qui sait se mettre à la portée des gens SIMPLES et SENSES comme moi. Je n'entends rien au "Bateau Ivre". Ca n'est pas moi qui suis un mauvais lecteur, c'est Rimbaud qui est un imbécile. Raphaël Zacharie de Izarra ======= 5 - L'IMPOSTURE CHEZ RIMBAUD Il est arrivé à Rimbaud de composer des poèmes de choix, je ne le nie pas un instant. Mais que dire, pour prendre un exemple célèbre, du «Bateau ivre» ? Qu'ont bien pu inventer les exégètes pour donner du prix à ce charabia ? Par quels chemins tortueux ces parfaits érudits sont-ils passés pour réussir le tour de force d'étaler et de vendre sans complexe, et au prix fort, leur science quant à la valeur de ce baratin versifié ? Comment peuvent-ils faire illusion aussi longtemps sans faire naître une saine, salutaire suspicion ? Pour moi cette oeuvre est tout simplement digne d'un canular de potache. Il est vrai que l'ancienneté de l'oeuvre, le prestige de son auteur, son particulier retentissement dans les couloirs des lycées (contribuant ainsi à en faire une espèce de légende calibrée répondant parfaitement aux goûts du siècle, surtout chez les pubères émotifs un peu fragiles) lui confèrent un cachet poétique qui trompe tout le monde. Les «connaisseurs» admirent le "Bateau ivre", qu'ils soient simples ignorants ou bien éminents docteurs en lettres. Dans les deux cas nous avons toujours affaire à des imbéciles victimes du tapage culturel ambiant. Osons désacraliser ces mythes nés de la bêtise intellectuelle qui polluent notre jugement, notre sens critique, conditionnent notre pensée vers le bas et amoindrissent nos défenses mentales. Osons dire que le «Bateau ivre», c'est tout simplement un bel exemple d'âneries portées au rang de légende universelle. J'ose affirmer que le «Bateau ivre» ne serait qu'une grossière mais efficace plaisanterie de Rimbaud. Au plus ces vers ne seraient que des banales élucubrations, des divagations égocentriques, des masturbations d'un auteur en mal de mal-être. Il était à la mode à l'époque de Rimbaud de jouer les poètes maudits et incompris, à la pensée éthérée, hermétique (en un autre temps pas si éloigné de Rimbaud, il était de bon ton pour les marquises et les dames du monde d'avoir des "vapeurs "). Le «Bateau ivre» n'est que le Veau d'Or de la poésie : une incommensurable hérésie. Le triomphe de la vérité est parfois au prix de quelque apparent sacrilège. J'ose lever le voile sur le «mystère Rimbaud», quitte à vous déplaire un instant en vous montrant le visage de hideur qui se dissimule sous une imposture longue de plus d'un siècle. Raphaël Zacharie de Izarra ======= 6 - LA LEGENDE RIMBAUD EN QUESTION A propos du "Bateau Ivre", remplacez donc les termes "criards" et "Peaux-Rouges" par n'importe quels autres termes un tant soit peu pittoresques, et vous obtiendrez les mêmes réactions admiratives et béates chez les lecteurs dénués de sens critique. Et les mêmes explications savantes des grands docteurs en littérature. La tête couverte d'un beau chapeau, le coeur léger et la plume lourde, Rimbaud pouvait tout à sa guise semer de glorieuses sornettes au vent de la Littérature : pourvu que son nom soit apposé au bas de ses oeuvres, elles feront toujours l'objet d'études universitaires prétentieuses et stériles. En ce domaine Rimbaud est promis un bel avenir, n'en doutons pas. Raphaël Zacharie de Izarra ======= 7 - RIMBAUD A L'EXAMEN (Critique argumentée de la présentation par Jacques Rivière et Verlaine des "ILLUMINATIONS" de RIMBAUD ou procès des exégètes rimbaldiens.) Voici ce qu'un spécialiste de RIMBAUD a pondu sur ce plaisantin de Charleville, discours applicable à n'importe quel texte "charabiatisant" : "Ces poèmes sont complètement dépourvus d'égards, c'est à dire qu'en aucun point ils ne s'inclinent, ils ne se dérangent vers nous. Aucun effort pour faire passer dans notre esprit les spectacles qu'ils recèlent ; ils sont écrits au mépris de toute sociabilité ; ils sont le contraire même de la conversation. On y sent quelque chose de fidèle à on ne sait quoi. Ce sont des témoins. Ils sont disposés comme des bornes qui auraient servi à quelque repérage astronomique. Il faut prendre le petit livre des Illuminations comme un carnet échappé de la poche d'un savant et qu'on trouverait plein de notations mystérieuses sur un ordre de phénomènes inconnus. Nous n'étions pas là. Nous passons par hasard. Nous ramassons ces reliques inestimables qui ne nous étaient pas destinées." (Jacques Rivière) Il suffit qu'un recueil de baragouinages soit signé "RIMBAUD" pour que d'éminents spécialistes se persuadent de sa très haute valeur littéraire. L'auto-suggestion fonctionne à merveille. N'ayant rien à dire sur le fond, ils rédigent d'élogieuses pirouettes contribuant à donner encore plus de lustre aux "pages immortelles" qui décidément, ne les inspirent pas plus que ça... Au vide rimbaldien ils répondent par le vide de l'exégète. Remarquons que l'auteur Jacques Rivière s'en sort ici assez grossièrement. Il ne dit rien, n'éclaire pas, ne sait rien lui-même sur le texte de Rimbaud. Il se contente de justifier les vers rimbaldiens par des phrases oiseuses qui en disent long sur son habileté à retourner les situations les plus improbables. Ou l'art d'interpréter un texte absurde pour en faire un phénomène littéraire... Admirons ce déploiement de vent au sujet de Rimbaud. Verlaine quant à lui n'est pas plus inspiré, cautionnant la sottise de son ami en ces mots immortels : Le mot Illuminations est anglais et veut dire gravures coloriées, - colored plates : c'est même le sous-titre que M. Rimbaud avait donné à son manuscrit. Comme on va voir, celui-ci se compose de courtes pièces, prose exquise ou vers délicieusement faux exprès. D'idée principale il n'y en a ou du moins nous n'y en trouvons pas. De la joie évidente d'être un grand poète, tels paysages féeriques, d'adorables vagues amours esquissées et la plus haute ambition (arrivée) de style : tel est le résumé que nous croyons pouvoir oser donner de l'ouvrage ci-après. Au lecteur d'admirer en détail. (Verlaine) On n'en saura pas plus. Verlaine nous demande de lire, d'admirer... Certes. Suivre ce sage conseil suffira-t-il pour emporter l'adhésion des beaux esprits ? Je rétorquerai à Monsieur Verlaine qu'il ne suffit pas de nous proposer d'admirer, encore faut-il que nous les recevions en plein coeur ces fameux mots rimbaldiens, et non pas que nous les adoptions sottement les yeux fermés, ébranlés que nous serions par tant de subtilités poétiques, insaisissables pour les non initiés... Comment un auteur comme Verlaine peut-il se fourvoyer à ce point, se ridiculiser de la sorte, s'exposer avec une telle légèreté au jugement des générations futures de plus en plus aptes à la critique ? Votre statut de grand poète ne vous garantit pas de vos propres âneries, Monsieur Verlaine ! Notons le trouble de Verlaine quand, prudent dans la sottise, il précise : "tel est le résumé que nous croyons pouvoir oser donner de l'ouvrage ci-après". Il se ménage tout de même une commode issue. On ne sait jamais, des fois qu'on se serait trompé sur ce prétendu génie nommé Rimbaud... Sot mais avisé, Verlaine ! Ces deux exemples pris au hasard suffiront-ils pour commencer à semer le doute chez mes détracteurs quant à la vanité des textes sibyllins du sieur Rimbaud ? La mauvaise foi il est vrai aveugle plus durablement les faux envoûtés amoureux des arabesques verbales de Rimbaud que la vérité qui, se révélant dans un seul éclair, éblouit les vrais initiés une seule seconde, ce qui a le don de leur redonner la vue pour la vie entière... C'est que l'illumination, la vraie, est fugitive. Et la bêtise profonde comme les puits d'ignorance. Raphaël Zacharie de Izarra ======= 8 - RIMBAUD DEREGLE Penchons-nous sur la fameuse et fumeuse phrase de Rimbaud : "Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens." Moi je prétends que le poète ne voit bien qu'avec le bec ténu de sa plume et surtout avec la folle maîtrise de tous ses sens dirigés vers les hauteurs accessibles à ses semblables. Un poète qui se fait passer pour un mage n'est plus un poète mais un maladroit augure. Le vrai chantre des couleurs et des profondeurs n'a pas la semelle planant dans les nues mais les pieds sur terre en compagnie de ses frères humains aux mains calleuses. Celui qui se réclame de Rimbaud n'est qu'un singe à la grimace usée, un gugusse au numéro éculé, un gros pigeon déplumé. Je défie quiconque de décrocher les astres en naviguant sur quelque "Bateau ivre" ou en traversant je ne sais quelle inepte "Saison en enfer". J'invite au contraire les beaux esprits et bonnes volontés poétiques à cheminer sur mes pas à la rencontre des chants cosmiques. Ne pas dévier des rails qui mènent à la sérénité olympienne, voilà mon credo. La Poésie est harmonie, paix, éclat et non chaos, ténèbres, effroi. Les disciples de Rimbaud sont de sots laudateurs qui voient des mirages dans les fumées de l'aube, des fantômes en plein midi et des chimères dans les vapeurs du soir, trompés par le "grand mousse de Charleville" se prenant les pieds dans les voiles de son radeau voguant nul ne sait-où... Cessez de feindre les érudits touchés par la grâce rimbaldienne, vous les fats admirateurs pleins de vagues émois car en vérité je vous le dis, le vrai génie est dans l'éclat de la simplicité. Raphaël Zacharie de Izarra ======= 9 - L'IMPOSTURE DE L'AUTORITE Ceux qui parmi vous se laissent impressionner par les morts, par les magiciens ou par les poètes ne sont que des sots. Certes, j'admire et apprécie à leur exacte valeur les oeuvres de Hugo, de Chopin, de Bach... Cependant je ne m'aliène pas à ces auteurs. Les imposteurs sont partout, qui cherchent à se faire passer pour des petits dieux. Les étoiles n'ont aucun droit sur ma destinée individuelle, pas plus que les vermisseaux. Ni les Einstein ni les Mozart n'ont à faire la loi chez moi : ils n'ont aucun privilège de plus que le premier venu. Le génie des autres ne leur confère nullement d'autorité sur ma personne. Les talents inédits de mes semblables ne m'ôtent pas le moindre droit d'être ce que je suis. Par exemple, ici je destitue la beauté pour faire triompher la laideur. Ailleurs je restaure cette beauté déchue pour vouer la laideur, hier tant admirée, à la géhenne : là est mon inaliénable, glorieuse liberté. Faites de même et comme moi raillez sans vergogne vos plus chers maîtres, et vous deviendrez des oiseaux d'envergure. Je crache irrespectueusement sur la barbe de Homère, je tourne en dérision le couronnement des têtes pleines de majesté et je place sur le trône le dernier des mohicans, et puis je ridiculise encore les chanteurs d'opéra... Les imposteurs sans cesse tentent leurs viles séductions sur les foules. Les poètes sont des imposteurs, les artistes sont des imposteurs, les grands hommes sont des imposteurs, les camionneurs sont des imposteurs. Les imposteurs sont partout. Osez penser par vous-mêmes. Bâtissez vous-mêmes vos propres cathédrales et cessez de vous agenouiller devant ces statues de sel qui vous rendent infiniment ridicules. Inventez vos étoiles, devenez votre unique référence ou fabriquez vos dieux. Mais cessez d'être obligés de vous sentir écrasés par le poids des statues nées avant vous... Soyez libres, apprenez à penser seuls, affranchissez-vous de l'autorité qui à vos yeux est la plus sacrée, volez de vos propres ailes. Trop de blouses blanches, de peaux rouges, de légions d'honneur, de simples troufions, de grands mathématiciens, de couronnes posées, de têtes coupées, de verts académiciens et de prix inestimables abusent de leur pouvoir pour impressionner le naïf, l'idiot, le borgne. Les vierges salaces et les débauchées effarouchées, les soldats kaki et les soleils de plomb, les empires et les républiques, les ecclésiastiques et la carotène, les avocats marrons et les rouges pompons, tous sont des imposteurs qui veulent votre soumission à leur cause. Il faut simplement le savoir et surtout leur montrer que l'on sait. Mais je sais bien que nul ne me croit parmi vous... Alors dormez bien tous, jolis petits pourceaux, tendres petits agneaux, dociles petits veaux que vous êtes. Demain l'on vous égorgera. Raphaël Zacharie de Izarra
RAPHAEL ZACHARIE DE IZARRA - le 05/07/2006 à 11h41

  Si cela ne te dérange pas je vais tenter d'être plus concis que toi Raphaël ;

 



Tu analyse l’œuvre de Rimbaud en te basant uniquement sur un pôeme : « le bateau ivre » , serait-ce le seul que tu ai lus ? Tu cite aussi souvent le recueil « une saison en enfer » sais-tu seulement que Rimbaud à écrit 3 recueil dont « Poésie » qui rassemble pour la plupart de pôemes classiques très beaux dont je te laisse juger de la simplicité et l’accessibilité :

 



 

 



« C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent; où le soleil de la montagne fière,
Luit; C'est un petit val qui mousse de rayons. »


 

 



(vois tu des "foutaises" là dedans ?)


 

 



Sache également que Rimbaud a écrit ce recueil dans un période assez difficile pour lui, l’Absinthe ne lui réussissant pas trop . Il publie lui même ce recueil a seulement 500 exemplaires soit même pas de quoi lui rapporter un salaire décent (preuve qu’il ne fait pas sa pour l’argent ou pour passer à la postérité) .


 

 



Tu finis en apothéose :


 

 



« Mais cessez d'être obligés de vous sentir écrasés par le poids des statues nées avant vous... Soyez libres »

 



 

 



Je vais t’en raconter une belle : On a vécu toute notre vie jusque là sans te connaître, sans avoir besoin de tes petits ordres minables à l’impératif . « Soyez libres » o_O’ j’ai rarement entendue quelque chose de si peu pertinent . Qui es tu pour penser nous donner là un conseil ? tu as si peu d’estime de toi que tu te sens obligé d’essayer d’influencer les gens avec tes spéculations niaiseuses ? Toutes personnes, même celles que tu méprise, ont au fond d’elle une propre conviction personnelle et n’ont pas besoin de tes commentaires . Tu aurais pu simplement affirmer que tu es une personne fermée au bateau ivre de Rimbaud (le seul que tu es apparemment lu (au lycée ^o)) .

 



                Pour finir je te donne l’adresse d’un pôeme de Rimbaud et Verlaine que tu appréciera je l’espère a sa propre valeur : http://www.azurs.net/arthur-rimbaud/index.php/Sonnet_du_Trou_du_Cul

 



 

 



L’homme n’est q’une sous-espèce de primates dégénérés, certains plus dégénérés que d’autres .

 


Bart - le 09/09/2006 à 00h09


 à Raphaël,

il y a quelque chose de rimbaldien dans la manière dont tu t'attaques à Rimbaud. Bien sûr, il faut être dur avec les critiques. Mais peut-être y a-t-il quelque chose de la poésie qui t'échappe complètement. Quelque chose qui ferait qu'un poème ne nécessiterait pas de critique. Il s'offre à toi, prends-le, ne le prends, il n'en coute rien à Rimbaud. Que tu ne puisses faire d'expérience poétique avec Arthur, soit! Fais-en avec Hugo, avec Mallarmé, avec Cieco Angelieri. ça n'a pas tant d'importance, surtout pour nous. Il y a cependant quelque chose qui me plaît dans ta hargne soutenue et maladive mais peut-être rates-tu tout simplement ta cible. Rimbaud n'a plus besoin d'éloges ni même de détracteurs, en revanche ses critiques et la scène universitaire en générale mérite bien souvent le nom de sots. Mais soyons honnêtes, ce n'est pas du côté de la création qu'il faut frapper (s'il faut encore frapper)  mais du côté de l'université, des intellectuels dont tu décris bien l'attitude. Laisse Rimbaud, il ne t'a rien fait et détruire un poème est si facile qu'il ne mérite qu'on le fasse.

Rimbaud, dans "soleil et chair" :
"...parcequ'il était fort, l'homme était chaste et doux."
baptista - le 03/10/2006 à 19h23
LA POESIE DES REACTEURS Croiser ton regard dans les airs, chère Sandrine, à bord de cet avion en provenance du Caire et sur le point d'atterrir à Orly dans le bruit confus des aérofreins et le sifflement net des réacteurs en décélération (ces stridulations caractéristiques annonçant l'atterrissage d'un aéronef , vrombissements intenses perceptibles par les passagers seulement), croiser ton regard là‑haut dans ce doux bruissement des moteurs disais-je, fut un théâtre intense. Du vrai, du beau théâtre avec pour décor tout un paysage, un monde vu d'en haut qu'il fallait coûte que coûte rencontrer sans heurt, sous peine de mort. Nous étions acteurs charnels, incarnés, vivants et dramatiquement proches des personnages joués : nous étions nous‑mêmes face au monde approchant, grossissant, un monde plus réel que nous ne l'imaginions en fait parce que nos tombes futures étaient en bas, non en l'air. Notre devenir était sous nos pieds, quoi qu'il fût advenu. Tu m'apparaissais plus belle en plein drame, au seuil de la tourmente (à l'approche du sol je me préparais à mourir comme c'est le cas à chaque atterrissage) ! Et ces bruits aigus de réacteurs -magnifique mugissement de la mécanique apprivoisée-, ces bruits de puissance, de gueules hurlantes muselées, maîtrisées par la main humaine, ces bruits de réacteurs en décélération, véritables clameurs du fer gorgé de feu, cette haleine brûlante enfin que crachait la machine, c'était de la MUSIQUE. Mieux : du Mozart. Oui tu étais belle dans cette scène, parce que cette couverture qui te recouvrait, si légère, ténue, aurait pu devenir ton linceul. Tout devenait vertigineux depuis mon siège : le paysage défilant à ma droite, la perspective certes peu probable mais non impossible d'un écrasement en bas, tes yeux furtivement croisés à ma gauche. Et la tempête en moi. Je me laissais bercer par le bruit des réacteurs pareil au galop aérien de deux Pégase dociles et gémissants, imaginant mille choses, plein d'angoisse et rempli d'un indicible bien‑être. Dieu ! Quel concert que ces sifflements ! C'est pour moi l'appel du large, le cri de la liberté, le chant du ciel. Souvent lorsque je passe à proximité d'un aéroport, je m'émerveille au passage spectaculaire d'un de ces engins volants qui hurlent en fumant au décollage. Et je m'aperçois alors que je suis bien le seul. Le reste du monde me semble insensible, blasé face à ces aigles géants qui rasent les toits avec plein de majesté, si bas dans l'azur, si proche des yeux. Et pourtant si loin des consciences et des cœurs… Raphaël Zacharie de Izarra raphael.de-izarra@wanadoo.fr
Raphaël Zacharie de Izarra - le 04/10/2006 à 20h54
LE LAIT DE JUNON " Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. " PASCAL Cent mille aubes se lèvent sur cent mille humanités dans un coin de notre galaxie. Cent mille autres feux couchants illuminent inutilement cent mille mondes morts, ailleurs dans les profondeurs de la Voie Lactée. Je viens de parler de deux-cent mille planètes et je n'ai parlé que d'une infime partie de ce que contient la Voie Lactée. La Voie Lactée, poudre blanche dispersée dans la nuit cosmique où est incluse une particule insignifiante, le Soleil… Notre Soleil, étincelle quelconque noyée dans la multitude des feux stellaires formant l'écume sidérale... Invisible dans la masse globale, imperceptible à l'échelle galactique, grain de sable dans le désert, tête d'épingle dans l'océan, l'astre qui nous éclaire se fond parmi les myriades de soleils anonymes composant cette poussière en fusion que l'on nomme "galaxie". Une galaxie... Des paysages par centaines de milliards, une diversité incalculable de terres, des horizons à n'en plus finir, mais surtout des milliards de milliards d'hommes, pourquoi pas ? Ces chiffres paraissent exagérés aux yeux des lecteurs incrédules, bornés par leur clocher qu'ils prennent pour le centre de l'Univers ? Ils sont pourtant à revoir à la hausse ces chiffres prodigieux, sans cesse, tant que reculera l'horizon cosmique devant la puissance de nos télescopes. Il y a quatre siècles, nul n'osait imaginer l'Amérique. Nous qui voyons des merveilles dans l'immensité de notre galaxie, portion d'espace ridiculement étroite au regard du reste du cosmos, soyons moins sots que nos aïeux superstitieux : osons croire à l'infini. A l'heure du savoir, des découvertes en tous genres, l'inimaginable est à portée de vue. Alors levons les yeux, ou plutôt fermons-les et songeons à notre galaxie... Partout, des étoiles. Isolées, regroupées par deux, trois, par centaines, par millions ou par milliards, elles témoignent de l'inconcevable réalité. Dans leur sillage, une infinité de planètes. Des "planètes Terre" par milliers, par millions, par milliards. Des globes bleus, des sphères vertes, des disques blancs, des boules grises... Perdus dans le vide comme des points sans attaches ou bien rassemblés en îles diffuses aux dimensions vertigineuses, en brumes aux étendues incommensurables, les hôtes célestes sont éparpillés de mille manières différentes et cependant unis dans cette grande structure appelée Voie Lactée. Issu de la nuit des temps, le peuple des étoiles couve son mystère dans le silence galactique. Raphaël Zacharie de Izarra http://izarralune.blogspot.com
Raphaël Zacharie de Izarra - le 26/05/2007 à 10h19

Je redécouvre, en cette matinée du 26 février 2008, alors qu' "il pleut doucement sur la ville" (Rimbaud), en lisant les commentaires écrits quelques deux années auparavant par des personnes apparemment passionnées et convaincues, soit de leurs éloges, soit de leurs critiques en "vers" l'oeuvre d'un artiste, si peu (de temps) artiste qu'il fût, d'un siècle déjà ancien, quelques-uns des travers ou des défauts d'Aujourd'hui. Le mythe traverse les époques. Il y a des mythes auxquels on ne devrait pas s'attacher. La société moderne fabrique tant de mythes. L'école est complice du "grand" mythe. Le mythe assure la "rente" aux rentiers. Le mythe se construit en système de "rêve". Le mythe, etc...Sans doute le poète ne devrait-il jamais se faire photographier. Sans doute le critique devrait-il se taire devant le talent ou la faiblesse d'un homme. Sans doute un professeur de français devrait-il ne parler que de grammaire. Sans doute le journaliste ne devrait-il interviever que la personne dont s'est le "métier". Sans doute chacun devrait-il se fier qu'a son propre jugement, le jugement du "coeur". Sans doute nous tous devrait-on garder un oeil en "alerte" devant les mirages de l'image. Sans doute, sans doute...Pour finir par où l'on commence, car d'heures en heures la fatigue "gagne"; "Sachons (...) le hèler et le voir, et le renvoyer..." ( "Génie") !

fred - le 26/02/2008 à 11h44