RUEDUTHEATRE
Dans la foule des créations proposées au public belge, se trouvent aussi très régulièrement des classiques revisités : Shakespeare, Marivaux… mais aussi Molière dont cette saison on a pu voir, après la reprise du gros succès de "l'Avare" version Dezoteux au Théâtre Varia, la quatrième reprise du "Médecin Malgré lui", version Rolland au Théâtre de la Vie. Voici une "nouveauté" : "Les fourberies de Scapin" version subtile de Christine Delmotte au Théâtre des Martyrs.
Crédit photo © Sara Tant
Molière suscite encore la polémique en 2007 ! Tripatouillons les classiques. La réalisatrice Christine Delmotte, ici metteure en scène, voit plutôt une comédie qu'une farce dans cette pièce tardive de (et jouée par dans le rôle-titre) Jean-Baptiste Poquelin. Ecrite, certes en français châtié, avec des références localisées (comme à la monnaie du temps ou aux enlèvements par des "Egyptiens"), elle met en confrontation des pères, des fils et un génial manipulateur aux traits semblables à ceux de notre époque. Sans grands effets "qui en jettent", elle a choisi de les imaginer en "êtres de théâtre", gardant dans leur parler comme dans leurs vêtements, des traces du passé mais jouant les situations de manière tout à fait actuelle, contemporaine, dépouillée des "traditions"poussiéreuses.
Dans un écrin
Ainsi Zerbinette n'est pas dévolue à une comédienne d'expérience, "ayant de l'abattage" mais à la sœur quasi jumelle d'une Hyacinthe (Jessica Gazon) plus délurée que passive, que joue une jeune Stéphanie Van Vyve, connue par la télé belge.
Et ces mystérieux "Egyptiens" ou "romanichels" mal dépeints, se font chair, deviennent ici une sarabande de jeunes danseuses englobant… les précédentes dans des chorégraphies de Myriam Szabo.
On peut parler de paire drôle, rivaux et semblables, à propos de Daniel Hanssens et Michel Hinderyckx, les deux pères, obtus mais non cacochymes, pas plus que ne l'est Nérine, (Ana Rodriguez) la bonne nourrice.
Mais surtout, Scapin, avec la présence du grand comédien qu'est Pietro Pizzuti, n'est plus seulement l'écureuil bigarré et virevoltant, héritier de la commedia dell arte. C'est un homme intelligent, connaissant bien la Justice, fusse pour s'en moquer, qui laisse apparaître à côté de son esprit inventif, une vision philosophique souvent occultée par l'accent mis sur "la farce". Voilà démontrée toute la richesse de ce personnage.
Ajoutons la singularité aussi – si, c'en devient une – que tout en revisitant l'œuvre en profondeur, Christine Delmotte, autant à l'aise avec les codes théâtraux que cinématographiques, fait la part belle au jeu des acteurs, pourtant venus d'horizons artistiques différents.
Tout cela dans un écrin : la splendide création scéno : costumes et décor de Catherine Somers. A moins qu'une "œuvre classique" ne revête aux yeux de certains un caractère sacré (et donc que toute atteinte soit jugée blasphématoire), il serait temps que les critiques se mettent au diapason de notre Babel Epoque où ce qui fait partie du "patrimoine universel" deviendra de plus en plus à la portée de tous…. sous peine de devenir élitiste, sous peine de disparaître.
Suzane VANINA (Bruxelles)
Les Fourberies de Scapin
Molière
Théâtre des Martyrs, Place des Martyrs, 22, 1000 Bruxelles T : 02.223.32.08 – 0498.106.172
Crédit photo © Sara Tant Molière suscite encore la polémique en 2007 ! Tripatouillons les classiques. La réalisatrice Christine Delmotte, ici metteure en scène, voit plutôt une comédie qu'une farce dans cette pièce tardive de (et jouée par dans le rôle-titre) Jean-Baptiste Poquelin. Ecrite, certes en français châtié, avec des références localisées (comme à la monnaie du temps ou aux enlèvements par des "Egyptiens"), elle met en confrontation des pères, des fils et un génial manipulateur aux traits semblables à ceux de notre époque. Sans grands effets "qui en jettent", elle a choisi de les imaginer en "êtres de théâtre", gardant dans leur parler comme dans leurs vêtements, des traces du passé mais jouant les situations de manière tout à fait actuelle, contemporaine, dépouillée des "traditions"poussiéreuses.
Dans un écrin
Ainsi Zerbinette n'est pas dévolue à une comédienne d'expérience, "ayant de l'abattage" mais à la sœur quasi jumelle d'une Hyacinthe (Jessica Gazon) plus délurée que passive, que joue une jeune Stéphanie Van Vyve, connue par la télé belge.
Et ces mystérieux "Egyptiens" ou "romanichels" mal dépeints, se font chair, deviennent ici une sarabande de jeunes danseuses englobant… les précédentes dans des chorégraphies de Myriam Szabo.
On peut parler de paire drôle, rivaux et semblables, à propos de Daniel Hanssens et Michel Hinderyckx, les deux pères, obtus mais non cacochymes, pas plus que ne l'est Nérine, (Ana Rodriguez) la bonne nourrice.
Mais surtout, Scapin, avec la présence du grand comédien qu'est Pietro Pizzuti, n'est plus seulement l'écureuil bigarré et virevoltant, héritier de la commedia dell arte. C'est un homme intelligent, connaissant bien la Justice, fusse pour s'en moquer, qui laisse apparaître à côté de son esprit inventif, une vision philosophique souvent occultée par l'accent mis sur "la farce". Voilà démontrée toute la richesse de ce personnage.
Ajoutons la singularité aussi – si, c'en devient une – que tout en revisitant l'œuvre en profondeur, Christine Delmotte, autant à l'aise avec les codes théâtraux que cinématographiques, fait la part belle au jeu des acteurs, pourtant venus d'horizons artistiques différents.
Tout cela dans un écrin : la splendide création scéno : costumes et décor de Catherine Somers. A moins qu'une "œuvre classique" ne revête aux yeux de certains un caractère sacré (et donc que toute atteinte soit jugée blasphématoire), il serait temps que les critiques se mettent au diapason de notre Babel Epoque où ce qui fait partie du "patrimoine universel" deviendra de plus en plus à la portée de tous…. sous peine de devenir élitiste, sous peine de disparaître.
Suzane VANINA (Bruxelles)
Les Fourberies de Scapin
Molière
Théâtre des Martyrs, Place des Martyrs, 22, 1000 Bruxelles T : 02.223.32.08 – 0498.106.172
Dim 29 avr 2007
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