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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 01:43
VIE SOCIALE SOUS LEXOMIL

On a tous un peu de « Kevtch » en nous sans le savoir. Certains sont même plus doués que d’autres pour cela. Kevtch, mais késako me direz-vous ? Issu du yiddish, Kvetch se traduit par « râler », « se plaindre » avec une insistance marquée,  attitude centrale des personnages de cette pièce de Steven Berkoff crée en 1986. Ping-pong verbal, culpabilité, imbécilité des apparences sociales, ce dîner de cons sous antidépresseur sait faire tomber les masques derrière leurs pensées intérieures. Un moment de drôlerie en compagnie de personnages décalés.

Un dîner de cons sous prozac. Frank (grand angoissé) et Donna (grande angoissée) ne s’aiment plus comme avant. Pour tromper l’ennui, ils invitent Hal (très grand angoissé) à dîner. Georges (rongé d‘angoisses), patron de Frank et amoureux de Donna, vient rapidement compléter ce quatuor déjanté.


D’emblée les personnages divisent leur discours en deux. Celui que l’on fait à autrui : complaisant et plein de tact, le tout avec le sourire. Et celui que l’on se fait à soi-même : plein d’angoisse et de culpabilité, « Oh là, là, pourvu qu’il réponde un truc intéressant, ch’sais pas quoi dire ensuite ! Une idée, vite ! ». Et de se laisser étouffer par le regard de l’autre, c'est-à-dire celui de la société. Ainsi, chaque monologue neuroleptique des personnages devient l’élément central tandis que les autres convives restent figés en pleine action, comme un arrêt sur images façon série télé. Que les personnages boivent, mangent où s’apprêtent à parler, ce jeu de scène leur donne des mines irrésistibles. Tel un instantané raté de votre tata Suzanne en train se s’empiffrer un chou à la crème.

C’est donc un véritable jeu de ping-pong qui s’installe, chacun renvoyant la balle à l’autre, son angoisse à l’autre, tous soucieux de préserver les apparences si trompeuses d’un bonheur en vitrine.
Bien sûr le comique rappelle ces dîners demi-mondains obligatoires que nous avons tous subit un jour. Un de ces dîners auquel on aurait aimé échapper, au bœuf bourguignon de la femme de votre patron que vous reprendrez par pure politesse, un de ces dîners où la conversation avance dans du béton à prise rapide, l’ange menaçant dangereusement de s’attarder à tout moment.


Kvetch alors !


Kevtch, c’est aussi la culpabilité, spécialité universelle depuis l’Ancien Testament. Tous les personnages se sentent en porte-à-faux avec leurs désirs réels et le moule de la société qui regarde, juge et condamne ce qui sort du cadre. L’épouse qui n’ose pas quitter son mari, l’ami célibataire à la soi-disant formidable vie de bâton de chaise mais qui est seul comme un chien le soir, l’époux viril qui tente de ne pas voir une attirance inavouable… Petit à petit, les personnages se révèlent. Leur détresse nous touche. De parfaits imbéciles heureux au look ringard formidablement travaillé (mention spéciale aux chemises col pelle à tarte), ils deviennent humains et fragiles. Oseront-ils briser ce qui les entrave ? Sacrifieront-ils le bonheur au profit des compromissions ? Pour le savoir, courez vite voir ce petit bijou d’humour et de subtilité joué par des marathoniens du verbe.


                                            Marie-Pierre CREON (Paris)



Kvetch, écrit par Steven Berkoff.

Mis en scène par Ludovic Pacot-Grivel
Avec :Yann de Monterno, Renaud Benoit, Charlotte Laemmel, Serge da Silva.

A l’affiche Jusqu'au 5 Septembre 2009 au Théâtre Lucernaire (les mardi, mercredi jeudi, vendredi et samedi à 20h).
Le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des Champs, 75006 Paris.
Métro : Notre-Dame des Champs ou Montparnasse Bienvenue.
Réservation et renseignements au 01 42 22 26 50 ou sur www.lucernaire.fr


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Published by Marie-Pierre CREON - dans À Paris 2008-09
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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 01:30
FREMISSEMENT DE VIE

Ecrivaine du net, Solenn Fresnay publie ses textes sur un blog fait d’images et de mots. Beckett, Virginia Woolf, Céline et Françoise Sagan viennent se mêler à ses écrits : un héritage littéraire revendiqué qui lui a permis d’aiguiser une écriture en quête du mot juste, de celui qui écorche, choque ou attendrit. Preuve en est avec la lecture de son recueil, « Laissez la porte fermée en entrant », au théâtre Les Déchargeurs.


Ce n’est pas Solenn Fresnay, l’auteur, qui met en voix les textes, mais deux autres personnages, accompagnés d’un pianiste. Assis sur des tabourets installés à l’intérieur d’une petite cave qui se prête à la confession, les comédiens mettent en scène la douleur inhérente au texte, témoignant de leur pleine empathie pour cette écriture fébrile. Ils aident cette femme errant dans les rues de Paris - trace d’un itinéraire sans but - à cracher son venin.


Volonté de mettre en abîme sa création poétique pour mieux la ressentir ? Quoi qu’il en soit, dans la salle, Solenn Fresnay semble saisie par cette lecture qui arrive à extraire l’essence de sa prose intimiste et à incarner la mélancolie profonde (mais créatrice) qui l’assaille.

D’un côté, la voix féminine, celle de Nadine Bellion, aussi tendue que le texte, clame des vers assumant la vulgarité. Un « sale pute » surprend à peine tant il résonne harmonieusement avec le texte. De l’autre, une voix masculine, celle de Philippe Baron, dont les inflexions sonores tranquillisent cette logorrhée apocalyptique et électrisante. Les fréquentes envolées pianistiques de Jean-Baptiste Naturel, portées par des mains agiles courant fiévreusement sur le clavier, ne font que renforcer la musicalité abrupte des mots et la tonalité mineure du recueil.

La nécessité des mots


L’écriture, compulsive, apparaît indispensable chez cette femme qui ne peut exprimer ses contradictions que par écrit. A l’oral, elle reste empêchée par la difficulté de « dire » ses émotions face à ceux qui la dérangent, à celles qui l’excitent ou qu’elle aime, et s’avère incapable de détruire ce mur d’incompréhension qui la sépare de sa mère, maniaque, et de son père, taciturne. La frustration paraît d’autant plus brutale qu’elle surgit sous le coup de la colère, de la crise de larmes ou d’un accès de folie.

Grâce à la lecture habitée des comédiens, Solenn Fresnay dévoile des bouts d’intimité qui résonnent en chacun de nous. Et qui confèrent à son texte l’universalité propre à toute œuvre digne de ce nom.

                                                                                     Cécile STROUK (Paris)


Laissez la porte fermée en entrant
Auteur : Solenn Fresnay
Artistes : Nadine Bellion, Philippe Baron, Jean-Baptiste Naturel
Au théâtre Les Déchargeurs, 3 rue des Déchargeurs, 75001 Paris, du 19 mai au 18 juin à 21h45.

Photo © Yann Martin
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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 01:26
DESIRS DE THEATRE

Jusqu'au 28 juin prochain le Théâtre de la Bastille accueille TRANS. Une programmation faite de désirs et de découvertes, qui pose le plaisir comme nécessité d'échange entre artistes et publics.

Après avoir vu le jour en 2006 au Théâtre du Chaudron à la Cartoucherie de Vincennes, TRANS renaît dans les murs cette fois du Théâtre de la Bastille à Paris. Le directeur du lieu Jean-Marie Hordé et son équipe ouvrent grand leurs portes à cette orchestration envahissante composée par Jean-Michel Rabeux et Clara Rousseau. Et à vue de nez, TRANS pourrait apparaître comme un festival, à l'image de ceux initiés par nombre d'institutions théâtrales. La manifestation en épouse d'ailleurs certains contours : durée limitée (15 jours), succession de spectacles dans la même soirée, pluridisciplinarité, « soirées spéciales » (NuitTransErotic), temps de rencontres. Pourtant, les deux directeurs en refusent l'étiquette, expliquant que TRANS « ne cherche pas les spectacles, il les attend. (...)

TRANS n'est donc pas un festival, c'est une intermittence. Il ne produit pas. Il n'en a pas du tout les moyens. Il patiente. » On saisit alors que la différence se situe non dans la forme, mais dans l'objet même, et dans la temporalité qu'il produit. Né du désir de la compagnie de soutenir de jeunes metteurs en scène, TRANS vit d'abord sous la forme d'un collectif. En tant que tel, il accompagne durant trois ans de jeunes artistes, et c'est au sein de cet espace amical, que « l'intermittence » proposée à la Bastille s'inscrit. Un temps donné à eux, créateur, et à nous, publics, pour nous rencontrer autour des onze spectacles et autres rendez-vous réunis.

Blanche-Neige , conte grinçant

Mis en scène par Sylvie Reteuna d'après le texte de l'auteur suisse Robert Walser, Blanche-Neige raconte, dans une création à l'atmosphère étrange, une suite possible au conte. Là, Blanche-Neige a déjà échappé au chasseur, et il ne s'agirait plus pour elle que de s'unir au prince. Sauf que les rapports entre les quatre protagonistes (la Reine, le chasseur, Blanche-Neige et le prince) sont complexes, ambigus, faits de rancœur et de passions, et le désir ne se trouve pas nécessairement où il devrait être.


Dans un décor simple, constitué pour l'essentiel d'un drap permettant projections et jeux d'ombres, d'un fauteuil et du tombeau de la bien-vivante princesse, les personnages évoluent comme des figures stylisées. Leur jeu outré, marqué par l'accentuation permanente de leur diction nous rappelle s'il était besoin leur appartenance à un conte populaire. Au cœur de cette scénographie à la blancheur immaculée, dont la pureté glaciale balance entre horreur et merveilleux, les comédiens deviennent parfois grotesques et bouffons. Leurs mines composées et leur élocution empesée produisent une drôle de distance. Mais ce décalage persistant, induit par le frottement des différents codes trouble plus qu'il ne sert l'ensemble, auquel on peine parfois à adhérer. Et à l'image de l'ambiguïté du texte de Walser, la mise en scène de Reteuna, en convoquant grotesque et merveilleux, blancheur éthérée et dérision, installe une forme d'instabilité. Des frictions pas toujours efficaces, mais indéniablement marquées par la fascination qu'exerce la figure de l'auteur Walser sur la metteur en scène.


Un Striptease à l'énergie charnelle

Écrit et mis en scène par Cédric Orain, Striptease risque de marquer les mémoires. Car dans la salle du haut du Théâtre de la Bastille, et avec pour tout décor un portant et quelques robes, un tabouret, une barre et un micro, c'est à un véritable striptease que se livre Céline Milliat-Baumgartner. En bonne et due forme. Arrivant sur scène vêtue d'une moulante robe bleue très sexy, la jeune fille va au fil du spectacle se déshabiller, accompagnant son geste de textes multiples. Ainsi d'une posture initiale travaillant avec humour le désir et le voyeurisme du public, l'on passe à une véritable mise à nu et les adresses directes un brin provocantes cèdent la place à d'autres confidences.

La jeune fille raconte l'origine du striptease, avant d'énumérer les clichés liés à la stripteaseuse, où de livrer des plus textes lunaires et personnels. Ce déshabillage autant verbal que physique se prolonge jusqu'à l'épuisement total du corps : une fois la nudité révélée, la comédienne la pousse à son paroxysme, se livrant à la barre à une répétition de postures de danses. Les premiers gestes gracieux et réglés deviennent au fil de leur répétition malhabiles, car exécutés jusqu'au vertige.

En travaillant le corps, les fantasmes qui lui sont liés et ses propres limites physiques, Céline Milliat-Baumgartner offre ici une interprétation plutôt gonflée. Dans ce spectacle puissamment charnel, la jeune femme se livre entièrement, mais sans jamais tomber dans la vulgarité. Soutenue par une création soignée et minutieuse de lumières, son interprétation énergique délivre une fraîcheur et une liberté de ton vivifiante. Une création jeune et culottée, qui aborde avec intelligence et humour les clichés liés au genre.


Caroline CHÂTELET (Paris)


Festival TRANS
du lundi 15 juin 2009 au dimanche 28 juin 2009
programmation : Jean-Michel Rabeux/ Clara Rousseau
Infos pratiques : Théâtre de la Bastille
76 rue de la Roquette, 75001 Paris.
Tél: 01 43 57 42 14
Tarifs :
Spectateur « avec sous » : 20 €/spectacle, spectateur « sans le sou » :
12 €/spectacle
Trois spectacles et plus : 10 €/spectacle, le pass TRANS 09 (hors NuitTransErotic) : 50 €
La NuitTransErotic : spectateur « avec sous » : 25 €, spectateur « sans le sou» : 20 €.
Événements gratuits sur présentation d’un billet TRANS 09 : Influences / Chantier de travail. Les clubs de rencontres de TRANS


Blanche-Neige de Robert Walser
les 15, 16, 17 et 18 juin à 20h45
Mise en scène : Sylvie Reteuna
Avec : Aurélia Arto, Olav Benestvedt, Claude Degliame, Marc Mérigot, Eram Sobhani
Traduction et adaptation : Nicolas Luçon
Scénographie et costumes : Pierre-André Weitz
Lumière et régie générale : Jean-Claude Fonkenel
Musique : Eric Sterenfeld
Vidéo : Kate France
Assistanat à la mise en scène Elise Lahouassa
Assistanat à la lumière Pierre Godard
Administration de production Christine Tournecuillert - Conduite accompagnée. Coproduction Le Vivat-scène conventionnée danse & théâtre à Armentières, Le Bateau Feu-scène nationale de Dunkerque, L’Hippodrome-scène nationale de Douai. Avec le soutien de la Région Nord-Pas-de-Calais et de l’Adami (l’Adami gère les droits des artistes-interprètes et consacre une partie des droits perçus à l’aide à la création, à la diffusion et à la formation). Avec l’aide à la création de la DRAC Nord-Pas-de-Calais- Ministère de la Culture. Avec le soutien de la Rose des Vents-scène nationale Lille Métropole/Villeneuve d’Ascq et de la MC 93 Bobigny.


Striptease
Texte et mise en scène : Cédric Orain
les 15, 16, 17 et 18 juin à 22 h 30
Création et jeu : Céline Milliat-Baumgartner
Lumière : Jean-Claude Fonkenel
Scénographie : Denis Arlot
Son : Samuel Mazzotti
Production déléguée La Traversée. Avec le soutien du théâtre de la Bastille, du théâtre Le Garage-compagnie de l’oiseau-mouche et du studio de l’Arcal. Spectacle créé lors de l’édition 2009 de Latitudes Contemporaines.



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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 01:19
LES HISTOIRES D'AMOUR FINISSENT MAL EN GENERAL... 

Retrouvailles d'un couple sur fond de ressentiments dans une ambiance cinématographique et un ton rythmé. Le metteur en scène Régis Mardon de cette œuvre de Marguerite Duras parvient, par une direction d'acteurs très précise, à établir le lien entre les deux.

En arrière plan de la scène, trois écrans vidéo suspendus projettent des toiles de Francis Bacon. Ces œuvres forment le fil conducteur de cette pièce de Marguerite Duras qui raconte la douleur de l'amour perdu, les blessures toujours à vif de la séparation. Le spectacle proposé par la compagnie l'Echauguette choisit le parti pris d'une représentation réaliste d'une scène de ménage. Les deux acteurs donnent à cette « Musica ... » une forte intensité.

Une femme et un homme, donc. Séparés depuis trois ans, ils se retrouvent le jour du prononcé de leur divorce au bar d'un hôtel où ils se sont aimés. S'ouvre alors une nuit entière faite de questionnements, de souvenirs, d'agacements mais aussi de tendresse. Dans cet espace temps crépusculaire, les protagonistes vibrent encore de leur passion tout en constatant leur empêchement à la revivre. Leur confrontation avance avec précaution et élégance même si un basculement plus radical n'est jamais exclu.  

Un amour mis en abîme


Lui (Didier Mérigou dans le rôle) oscille entre excitation et détachement. Il se révèle charmeur. Son désir de reconquête est très perceptible. Elle (Elodie Sörensen), dans une posture très envahissante avec le regard qui pétille ou s'attriste, est éloignée de la figure féminine 'durassienne' classique. C'est le contrepied voulu par la mise en scène de Régis Mardon qui s'approprie la forme pour transposer le texte dans une réalité très immédiate, révélatrice de sa modernité et de son accessibilité.

Le metteur en scène s'appuie sur des effets visuels qui évoquent le passé. Ces images agissent comme des intermèdes dans l'affrontement entre ces deux êtres et invitent le spectateur à remonter le cheminement de leur souffrance. Ce procédé très cinématographique s'inscrit très justement dans le déroulement de la pièce où présent et passé se croisent, se répète jusqu'à l'impossibilité du recommencement... Cette fameuse « Musica ».

                                                                                  Amaury JACQUET (Paris)


La Musica deuxième de Marguerite Duras

Mise en scène : Régis Mardon assisté de Laurence Porteil

Avec Didier Mérigou et Elodie Sörensen

Video art : Mathilde Morieres

Jusqu'au 23 juillet, 21H30 ( mer.,jeu.) au Théâtre Essaïon, 6 rue Pierre-au-Lard, 75004 Paris.

Réservations : 01 42 78 46 42    

Photo copyright DR
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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 01:03
DE L'INTERET DE LA PATAPHYSIQUE

Alfred Jarry (1873-1907) fait son entrée à la Comédie-Française avec sa pièce « Ubu Roi ». La mise en scène passionnante de Jean-Pierre Vincent donne à cette pièce un souffle puissant à la fois grotesque et ravageur, sinistre et drôle, sans tomber dans le délire potache. Les comédiens saisissent intelligemment une si belle occasion.


Il fallut donc un bon siècle pour que cet « Ubu Roi » de l'inclassable Alfred Jarry, que cette pièce parmi les plus jouées sur les scènes du monde depuis son apparition en 1896 fasse enfin son entrée au répertoire de notre Comédie Française. Avec comme il se doit, en ouverture, un « Merdre » tonitruant mais ici totalement maitrisé par un Père Ubu magnifiquement incarné par Serge Bagdassarian.


Dans un décor sombre, plutôt abstrait de Jean-Paul Chambas, la manière dont on reçoit cette entrée en matière est tout sauf anodine. Cet auto-contrôle du comédien n'est pas du tout timidité ou manque de hardiesse loin de là. Le parti-pris va marquer l'ensemble du spectacle. Car cet « Ubu Roi » évite avec intelligence les débordements souvent faciles que cette œuvre peut provoquer par l'esprit foncièrement potache du texte.

Le metteur en scène Jean-Pierre Vincent a cadré le jeu, apposé sa signature sans rature. Il l'explique déjà dans l'opuscule de la Comédie-Française (« Les Nouveaux Cahiers », en co-édition avec L'avant-scène théâtre) que nous conseillons d'acheter : « Il faut se méfier systématiquement de l'appel à la drôlerie du texte », rappelle-t-il notamment. Et il s'y tient. Ce qui n'empêche pas de rire avec plaisir des aventures de Père Ubu et Mère Ubu, ces avatars de « Macbeth » au pays de la pataphysique, cette « science des solutions imaginaires » selon Jarry soi-même qui fait dire au Père Ubu en final, « S'il n'y avait pas de Pologne, il n'y aurait pas de Polonais » !

Une idée géniale

Il faut donc rappeler que c'est Mère Ubu qui tripatouille l'esprit de son homme en le poussant lui, l'ancien roi d'Aragon, l'officier de confiance du roi Venceslas, à zigouiller ce dernier pour lui prendre sa couronne de roi de Pologne et ainsi déposséder les Polonais de leur argent ! Il s'ensuit des courses endiablées, des repas ragoûtants, des guerres avec le Czar, des meurtres à n'en plus finir même des corps constitués, des fuites en bateau passant au large du Danemark vers la pointe ... d'Elseneur, d'un rêve de France où Père Ubu se voit en Maître des Finances.

Jean-Pierre Vincent ne met pas d'époque précise dans sa mise en scène même si la noirceur de la scénographie, même si Ubu porte moustache et d'autres parfois des bérets. Des images et des ambiances qui peuvent renvoyer aux années sombres d'une quelconque guerre, de toutes ces périodes troubles où un totalitarisme veut s'installer ? Le metteur en scène n'insiste pas pour politiser trop clairement ce texte dont il dit « qu'il n'est pas un chef d'œuvre [mais] une idée géniale ». Alors, il fait traverser toute la pièce d'un personnage qui est l'auteur lui-même. Alfred Jarry (efficace Christian Gonon dans le rôle), avec son vélo, sa dégaine, son pistolet, devient le spectateur de ce qu'il a créé. Il met à bonne distance, ce rêve ou ce cauchemar.

Les comédiens devraient tous être cités. Anne Kessler (mère Ubu) très gouailleuse, Martine Chevallier (Reine Rosemonde, Paysanne et Mère du Czar) élégante même dans le cauchemardesque, Benjamin  Jungers (Bougrelas) énergique héritier de la couronne de Pologne, et encore Michel Robin, Christian Blanc .... Et tous savent reprendre (au milieu de la pièce et non au final) la « Chanson du décervelage » avec ce chœur inoubliable toujours d'actualité : « Voyez, voyez, la machin'tourner/ Voyez, voyez, la cervell'sauter/ Voyez, voyez les Rentiers trembler / Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu ! ».

                                                                        Jean-Pierre BOURCIER (Paris)

Ubu Roi d'Alfred Jarry

Mise en scène : Jean-Pierre Vincent
Dramaturgie : Bernard Chartreux
Décor : Jean-Paul Chambas
Costumes : Patrick Cauchetier
Lumières : Alain Poisson
Chansons : Pascal Sangla
Son : Benjamin Furbacco
Maquillages : Suzanne Pisteur
Avec Martine Chevallier, Anne Kesler, Michel Robin, Christian Blanc, Christian Gonon, Nicolas Lormeau, Grégory Gadebois, Pierre Louis-Calixte, Serge Bagdassarian, Benjamin Jungers, Stéphane Varupenne, Adrien Gamba-Gontard, Gilles David et Imer Kutllovci.

Jusqu'au 21 juillet 2009 (en alternance) à la Comédie Française, salle Richelieu. Reprise en juin-juillet 2010.
1 Place Colette, 75001 Paris. Tél. 0825 10 16 80. www.comedie-francaise.fr

« Alfred Jarry » dans Les Nouveaux Cahiers de la Comédie-Française, 104 pages, 10€.

Photo : Brigitte Enguérand

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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 10:26
FOLIE FAMILIALE

Peeping Tom revisite le déclin et l'œuvre du temps dans une trilogie troublante. La compagnie belge, connue pour son travail à la lisière du théâtre, de la musique et de la danse, a présenté à quelques jours d'intervalles « le Jardin », « le Salon » et « le Sous-sol », triptyque singulier aux multiples émotions. Retour sur les deux dernières pièces.


Le Salon, luxe consommé
Deuxième opus du tryptique, le Salon se déroule dans un espace décati, usé, portant les traces d'une époque fastueuse mais révolue. Au milieu de quelques vestiges mobiliers (vieux fauteuils, lit, pianos, piles de livres), une famille vit encore, tous consommant le lent et inéluctable déclin. Le père, patriarche improbable déjà trop vieux, partage la maison avec sa mère et de plus jeunes. On devine que l'un est son fils, l'une sa belle-fille, une autre une sorte d'aide-soignante autoritaire à la voix d'opéra magnifique. Pour le quatrième, les choses sont moins sûres, tous ces rapports familiaux étant plus pressentis qu'affirmés. Mais ce jeune homme-élastique à la danse époustouflante, athlétique, se mêle régulièrement au couple, les renvoyant à leur impossibilité de nouer des liens stables.


Si l'on vit encore dans ce salon empli de souvenirs, les choses s'y décomposent aussi. En coulisses, on commence à déménager déjà, déplaçant des meubles, emmenant la grand-mère dans une institution spécialisée, laissant le temps faire son œuvre. Tout le spectacle joue ainsi sur une oscillation perpétuelle entre vie et mort, humanité et délitement, dans une atmosphère à la tension et à l'émotion bouleversante. Ainsi, les chants opératiques à la beauté terrible, les corps désarticulés en lutte contre l'écrasement au sol, les danses d'amour du couple et de leur bébé ne peuvent enrayer la mécanique à l'œuvre.

La décadence est là, mais la solitude de ces êtres en souffrance est impossible à soigner et nul ne peut lutter contre le dépérissement. Vieillesse, mort, éclatement des cellules familiales, pertes d'autonomie sont abordées avec une liberté saisissante.

Le Sous-sol, sans humanité
Dans le Sous-Sol, l'on retrouve à l'exception du père – exilé seul à la surface - tous les protagonistes du Salon. Mais cette fois, la mort s'est bel et bien installée, et aucun des présents n'a su en réchapper. Dans une pièce ensevelie sous des monceaux de terre, émergent encore quelques meubles, et au patriarche éternellement présent du Salon la grand-mère succède ici. Femme minuscule, ce poids plume fragile et tremblotant est désormais celle autour de qui se concentrent les attentions de l'aide-soignante, tandis que le trio se jette plus que jamais dans des convulsions furieuses.


Ce monde sombre, froid, régulièrement visité par un groupe de vieillards, est celui d'un temps en suspension, immuable. Là, l'enfant a disparu - sa mère l'appelle en vain – le patriarche est parti, mais les danses et gestes se rejouent dans un incessant mouvement de miroirs. Ainsi de la danse du baiser du Salon qui réunit cette fois l'incroyable octogénaire Maria Otal et l'athlétique Samuel Lefeuvre, bouclant la boucle de l'éternel recommencement dans un corps à corps obsédant.

Tout comme le Salon, le Sous-sol est marqué par une virtuosité fascinante, tant dans sa composition scénographique, dramaturgique, que dans son interprétation. Les danses, basées sur des anomalies de mouvements et des contraintes soulignent avec force les impossibilités de communication et la dérive des sentiments. Nous sommes bien au sous-sol, dans une voie sans issues, et musiques, chants et chorégraphies suggèrent largement que le destin de cette communauté est scellé. Ici, la vie a fait son œuvre. Mais dans cet espace hors de toute temporalité jusqu'à l'étouffement, l'ensemble manque parfois d'humanité.

Ce milieu, capable seulement de la réitération des mêmes gestes, produit des sentiments de distance froide et clinique. Alors, à ce Sous-sol insensible, on préfère sans aucun doute les montées émotionnelles du Salon. Où, à travers les multiples thématiques du déclin s'expriment avec une humanité folle la confusion des sentiments. Peur de la solitude, délitement des passions, désarroi quotidien, disparitions annoncées, toutes ces conséquences inévitables de l'écoulement du temps sont ici transmises avec justesse et humour. Et l'art et la manière de Peeping Tom de toucher aux tabous familiaux, dont aucun de nous n'est exempté, confère à ces créations une énergie particulière.

                                                                           Caroline CHÂTELET (Paris)

Le Salon et Le Sous-Sol
Compagnie Peeping Tom
Spectacles vus en mai 2009 aux Théâtre de la Ville et  Théâtre des Abbesses

Le Salon - reprise
Chorégraphie et interprétation : Gabriela Carrizo, Franck Chartier, Samuel Lefeuvre, Simon Versnel et Eurudike De Beul, mezzo soprano.
Concept scénique et décor : Pol Heyvaert
Lumières : Gerd van Looy
Son : Glenn Vervliet
Conseil dramaturgique : Nico Leunen, Viviane De Muynk

Le Sous-sol - reprise
Création et interprétation : Gabriela Carrizo, Franck Chartier, Samuel Lefeuvre, Maria Otal, et Eurudike De Beul, mezzo soprano
Conseil à la création : Simon Versnel
Arrangement musical : Juan Carlos Tolosa
Son : Glenn Vervliet
Aide à la dramaturgie : Hildegard De Vuyst
Décor : Yves Leirs

Photo Le Salon © Marc Deganck
Photo Le Jardin © Marten Vanden Abeele
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Published by Caroline CHATELET - dans À Paris 2008-09
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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 10:17
UNE MECANIQUE INFERNALE

Sur une île isolée de garnison, dans une citadelle déserte, un vieux capitaine et sa femme s’apprêtent à fêter leurs noces d’argent. Les remarques ironiques et la drôlerie qui flottent au début de la pièce sont vite remplacées par des mots cruels et rageurs. La violence monte et les uppercuts qui ne sont que verbaux au début deviennent de vrais coups à la fin du temps imparti.

Habillée de sa robe de mariée et parée d’un voile, Alice n’est pourtant pas l’image de la félicité. Pas plus que  ne l’est Edgar son mari. Ce soir, c’est la réminiscence morbide de vingt-cinq années de conflit, de rancœur et d’espoirs perdus qu’ils mettent sur le tapis. Au propre comme au figuré puisque l’adaptation de Dürrenmatt de la pièce de Strindberg intitulée « La danse de la mort », transforme la scène en un ring, où les douze rounds s’enchaînent ponctués de coups de gongs.


Restés tapis pendant toutes ces années dans cette habitation isolée avec pour seul interlocuteur l’autre, ces deux êtres en sont venus à se haïr et à se prêter mutuellement les raisons de leurs propres  échecs et désillusions. Elle, une ancienne actrice ratée et lui, un écrivain militaire inachevé ont uni leurs vies pour n’attirer que  malheur, tristesse et pauvreté puisque, comble du sort, ils sont à présent ruinés.

Alors qu’ils fêtent âprement leur anniversaire, arrosé de paroles sanglantes et cinglantes, nos deux protagonistes sont interrompus par l’arrivée du cousin Kurt. Ce dernier va bouleverser leur quotidien et pendant toute la durée de sa présence, le couple ne va que se déchirer plus amèrement et violemment pour en arriver finalement aux mains, les mots n’étant plus suffisants et la folie les gagnant peu à peu.

Un quotidien sans surprise

La mise en scène de Alain Alexis Barsacq, met en exergue le ridicule, l’isolement et la cruauté d’un quotidien réglé au millimètre dans lequel  les protagonistes vont même jusqu’à répéter de façon mécanique des phrases identiques.  Les jours de leur vie se répètent et se ressemblent. Ils sont chaque matin un peu plus noir et la distance qui les sépare du monde extérieur grandit peu à peu. On entend les relents de fête dans une maison voisine qui viennent contraster avec le silence de leur solitude partagée. La présence sur scène d’un narrateur extérieur qui fait le décompte des rounds crée un décalage qui allège la charge tragique pesant sur l’action.

Si le texte est un régal de cynisme, le jeu des trois acteurs lui est un régal d’intensité. Agathe Alexis est une Alice à l’abord charmeur et exalté qui se révèle manipulatrice et cruelle au fil des rounds. Philippe Hottier campe Edgar, un capitaine tyrannique aux sautes d’humeur ravageuses. Quant à Dominique Boissel, il est Kurt, le personnage le plus mystérieux de ce trio destructeur, arrivé dans la garnison pour d’obscures raisons.

                                                                              Anne CLAUSSE (Paris)


Play Strindberg
de Friedrich Dürrenmatt
Durée 1h50
Mise en scène : Alain Alexis Barsacq
Avec : Agathe Alexis, Philippe Hottier, Dominique Boissel, Frédéric Boubet
Au Théâtre de l’Atalante, jusqu'au 20 juin 2009. Lundi, mercredi, jeudi et vendredi à 20h30, samedi à 19h, dimanche à 17h. Relâche le mardi.
Place Charles-Dullin (impasse à gauche)
75018 Paris
Metro : Anvers, Pigalle, Abbesses.
Téléphone : 01 46 06 11 90
 www.theatre-latalante.com

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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 13:37
ENTRER DANS LE RÊVE

Chaque année, le Conservatoire National supérieur d’Art Dramatique (CNSAD) propose des « ateliers d’interprétation », organisés par les élèves de troisième année. Un moment de théâtre vivifiant avant l’étape redoutée des présentations de fin d’année. Ici, dans la salle Jouvet, Benjamin Abitan dirige ses camarades en revisitant les rêves de célèbres poètes.

Un peu comme dans une séance d’hypnose, les comédiens proposent à leur public de se détendre. Nous ne fermerons pas les yeux, bien sûr, mais symboliquement les lumières s’éteignent, le silence de la nuit se fait pesant. Plusieurs minutes s’écoulent avant qu’une mélodie très enfantine se fasse entendre, reprise immédiatement par tous les comédiens : « Entrer dans le rêve ! ». Ce chœur étonnamment souriant, psalmodie ce refrain qui va nous plonger dans un univers onirique où très vite le récit se déstructure.

Inspirée des récits de rêve de Maurice Blanchet, René Char, Federico Fellini, Marcel Jouhandeau, ou Michel Leiris, cette création collective explore une forme de récit labyrinthique et s’interroge également avec malice sur la réception un peu particulière de son public.

Le jeu de l’expérimentation


Ainsi le déroulement des « actes », dont le nombre s’allonge de manière très abstraite, est entrecoupé par l’intervention de comédiens venus « interviewer » une représentante du public. Que se passe-t’il sur scène ? Peut-elle nous le résumer ?- Eh bien, eh bien, c’est l’histoire d’un « père-fils »…

La scène est jouée, bien sûr, et répétée à plusieurs reprises. Dans cette représentation expérimentale, les comédiens malmènent notre esprit cartésien. Nous croyons trouver un sens à cette série de sketches, mais au final, nous sommes parfaitement déboussolés.

Sur scène, l’interprétation est riche, du joyeux au grave, où le regard enfantin croise celui de l’adulte, où les thèmes de la sexualité, du parricide et de l’inceste sont abordés avec un ton souvent parodique. L’écriture scénique surprend également avec ces rideaux de baignoire qu’on arrache, ces accessoires insolites qui forment d’autres ouvertures dans l’espace.

L'épilogue est un tel feu d’artifices qu’au moment où l’une des comédiennes de la troupe nous invite à prendre un verre, le public hésite encore si la question relève d’une nouvelle expérimentation ou bien de la réalité…

  
                                                                         Laetitia HEURTEAU (Paris)

Hôtel du Brésil

CNSAD (salle Jouvet)
Création collective d’après des récits de rêves de Maurice Blanchot, René Char, Federico Fellini, Jean Paul, Jean-Pierre Guillon, Philippe Jaccottet, Marcel Jouhandeau, Michel Leiris, Charles-Ferdinand Ramuz…

Mise en scène de Benjamin Abitan
Avec Julien Allouf, Mélissa Barbaud, Lionel Dray, Pierre-François Garel, Carole Guittat, Frédéric Noaille, Camille Pélicier-Brouet, Sofia Teillet, Pierre-Benoist Varoclier, Lise Werckmeister.

A noter « les Journées de Juin du Conservatoire » :

Classe de Philippe Torreton : lundi 15 juin à 19h30, mardi 16 juin à 14h, théâtre.
Classe de Dominique Valadié : mardi 16 juin à 14h30, mercredi 17 juin à 14h30, salle Jouvet.
Classe de Jean- Damien Barbin : samedi 20 juin 15h, 17h, 19h30, 21h30, dimanche 21 juin 15h, 17h, 19h30, 21h30, théâtre.
Classe de Sandy Ouvrier : jeudi 25 juin 15h, 20h, vendredi 26 juin 15h, 20h, samedi 27 juin 20h, salle Jouvet
Classe de Daniel Mesguich : vendredi 26 juin 20h30, samedi 27 juin 15h, 20h30, théâtre
Classe de Yann-Joël Collin : samedi 27 juin 18h, dimanche 28 juin 16h, lundi 29 juin 18h, La Fémis.
 
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6 juin 2009 6 06 /06 /juin /2009 13:25
FONZO BO LE MAGNIFIQUE


Cette pièce de l'Argentin Rafael Spregelburd fait partie d'un ensemble qui s'inspire des « Sept péchés capitaux » de Jérôme Bosch. Un texte fou pour acteurs survoltés. Elle perd un peu en puissance dans la grande salle de Chaillot. Mais déjà l'acteur Marcial Di Fonzo Bo prépare « La Paronïa » du même auteur pour octobre alors qu'il sera au prochain Festival d'Avignon dans une rareté de Victor Hugo « Angelo, tyran de Padoue ».


Dire précisément combien il y a de personnages dans « La Estupidez », pièce de l'Argentin Rafael Spregelburd, est quasiment impossible. Une bonne vingtaine au moins... pour cinq comédiens !  Survoltage garanti. La saison dernière, dans la (relative) petite salle Gémier du théâtre de  Chaillot, ça déménageait sévère sur un rythme totalement foutraque. Or, toujours à Chaillot, mais sur la grande scène Jean Vilar, la fièvre perd quelque peu de sa force et de sa compréhension ... sauf à être placé près du plateau. Dommage pour une pièce logiquement chargée aux amphétamines par l'auteur et par la mise en scène que co-signent Marcial Di Fonzo Bo - il joue également quelques rôles - et Elise Vigier.


Vaudeville façon polar

Au delà de ce problème d'espace, reste le fond et la forme de la pièce. De ce boulevard du crime déjanté où les dialogues fusent comme un feu d'artifice pour mieux éclairer quelques « conneries » (estupidez au singulier) du monde, le nôtre. Les cinq excellents comédiens -Marina Foïs, Karin Viard, Marcial Di Fonzo Bo, Pierre Maillet et Grégoire Oesterman- courent, se font peur, se cherchent, maintiennent le suspens, sur un rythme rappelant les bons vaudevilles façon polar.

Dans cet univers où il est question d'art contemporain, de marchés, de mensonges, d'héritages peuplés d'espions, de flics, de chercheur fou et de stars ratées, Rafael Spregelburd emprunte à la BD, au cinéma, au pop'art et au dialogue brindezingue. Il entend bien poursuivre dans cette voie puisque ce texte s'inscrit dans un travail plus global inspiré des « Sept péchés capitaux » d'après Jérôme Bosch.

Déjà à la prochaine rentrée, en octobre ici même à Chaillot, une œuvre de la même veine, « La Paranoïa » sera à l'affiche avec aux manettes de la mise en scène Di Fonzo Bo. Un Marcial infatigable ou insatiable, puisqu'il trouve le temps actuellement de répéter son rôle dans « Angelo, tyran de Padoue », pièce de Victor Hugo que met en scène Christophe Honoré pour le tout prochain Festival d'Avignon !

                                                                      Jean-Pierre BOURCIER (Paris)
 

« La Estupidez »/La Connerie

Texte de Rafael Spregelburd
Traduction de Marcial Di Fonzon Bo et Guillermo Pisani
Avec Marina Foïs, Karin Viard, Marcial Di Fonzo Bo, Pierre Maillet et Grégoire Oesterman.

Mise en scène : Marcial Di Fonzo Bo
Dramaturgie : Guillermo Pisani
Décor : Vincent Saulier
Lumière : Maryse Gautier
Costumes : Anne Schotte
Musique : Claire Diterzi

Jusqu'au 14 juin au Théâtre National de Chaillot, 1 Place du Trocadéro 75116 Paris.
Réservations : 01 53 65 30 00. www.theatre-chaillot.fr

Du 18 au 20 juin au Théâtre national de Toulouse

Une production : Théâtre national de Chaillot/ Théâtre national de Bretagne/ Théâtre des Lucioles/ Le Duo Dijon.
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31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 23:47
ARTAUD EN PERSPECTIVE

Première partie de « Nietzsche Tryptique », cet « Artaud, pièce courte » de la compagnie les Corps secrets initie un parcours mêlant violence du propos et douceur du cheminement. Un théâtre du lâcher-prise actif, à traverser en laissant son esprit composer avec les matériaux réunis.

Contrairement à ce que pourrait laisser supposer son titre, Artaud, pièce courte n'est pas un spectacle « sur Artaud ». Ni « en hommage à ». Comme l'explique la metteur en scène Diane Scott, il s'agit d'une réflexion menée « dans la perspective d'Artaud ». Un chemin, une approche subjective de l'auteur, comédien et metteur en scène, à éprouver activement.


Le dispositif simple nous invite d'emblée à parcourir de notre propre chef la route proposée : un écran occupe le mur de gauche (à jardin), laissant le champ libre de face. Le comédien Eugène Durif prend place à une table située en retrait, d'où il lit des textes, de Dante Alighieri à Carmelo Bene, en passant par Edward Bond ou Pier Paolo Pasolini. Ces extraits, donnés comme des notes du journal d'un dénommé Botzaris, alternent avec un montage de sons et d'images, le plus souvent marqué par la violence et la gravité des sujets. Seuls la chute progressive et inéluctable de plaques de glace troublent de spasmes terrifiants le cours de cette pièce courte, sans en rompre le cheminement.

Cette forme permet par son « essentialité » une appréhension directe des matériaux convoqués. L'utilisation de différents médiums n'est pas ici mêlée à toute force dans un gavage urgent et inefficace. Il s'agit de laisser « infuser », afin que le public s'imprègne, à son rythme. Rien n'est asséné, et nous cheminons ainsi dans une forme de douceur, creusant lentement et par strates successives le chemin vers Artaud.

Porté par la voix profonde et apaisante d'Eugène Durif, le personnage de Botzaris introduit de la fiction, procédé rassurant invitant là encore à suivre cette pensée en mouvement. La violence des propos nous parvient donc dans une atmosphère étrangement intimiste, jusqu'à l'extrait final – le seul d'Artaud - tiré de Suppôts et suppliciations. Et la friction sans cesse renouvelée de l'imprévisibilité rageuse des chutes de glace, de la violence des matériaux et de la sérénité du dispositif, donnent à la pièce les allures d'une singulière traversée qu'on prend plaisir à éprouver.


Caroline CHÂTELET (Paris)


Artaud, pièce courte
Composition pour voix et espace
Première partie de « Nietzsche triptyque »

Ce spectacle à été à l'affiche de la Maison de la Poésie à Paris du 22 avril au 24 mai 09.

Conception : Diane Scott
Scénographie : Jessy Ducatillon et Diane Scott
Aide documentaire et technique : Vincenzo Caputo-Iossa, Vincent Le Corre, Jean-Philippe Lhonneur, Giorgio Passerone
Avec Marie-Jeanne Laurent et Eugène Durif, en alternance
Production Les corps secrets, compagnie conventionnée par la Région Île-de-France et aidée par la DRAC Île-de-France.

Maison de la Poésie de Paris, Passage Molière, 157, rue Saint Martin, 75003 Paris
Tél : 01.44.54.53.00., www.maisondelapoesieparis.com

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Chronique Fraîche