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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

20 janvier 2004 2 20 /01 /janvier /2004 13:32
Note : ce spectacle a été vu en janvier 2004 à Lyon, Espace 44 (1er arrondissement)

LE CHANT D'HONNEUR DES CANUTS


Parler des canuts à Lyon, c’est parler au cœur des gones. Installés dans le quartier mythique de la Croix-Rousse et ses « pentes », « la colline qui travaille », en opposition à Fourvière « la colline qui prie », les canuts étaient les ouvriers de la soie qui dès 1831 se soulevèrent, à Lyon, contre l’industrialisation galopante, symbolisée par le métier à tisser de Jacquard, et les abus des marchands quant aux conditions tarifaires. Leurs combats augurèrent selon Marx des premières rebellions contre le monde bourgeois et donnèrent naissance aux premières sociétés mutualistes.

Tout commence lorsque, à la suite des revendications des chefs d’ateliers pour la mise en place d’un « tarif légal de vente », le Préfet Bouvier du Molart (personnage historique) convoque en octobre 1831 fabricants et responsables d’ateliers pour s’entendre. Mais nombre de marchands donnent du fil à retordre aux partisans de cet accord, invoquant la non-représentativité des signataires. De là vont commencer les échauffourées dont le bilan, quelques semaines plus tard, sera lourd de 89 morts et 324 blessés, tombés au « chant d’honneur » ; un chant qui, loin du « bistanclaquepan » (1), cadence la passion de leur métier, et que les personnages, chacun à leur façon, nous livrent au gré de la pièce.

Le texte de Roland Thevenet nous plonge dans le quotidien tourmenté de deux familles ouvrières fictives, à la manière des beaux romans du 19ème, tels Le Bonheur des dames (Zola) pour rester dans la proximité thématique, ou Frédéric Moreau dans L’Éducation sentimentale (Flaubert), quand l’histoire devient à la fois décor et unité d’action. Au fil des scènes, se tissent et se détissent ainsi les espoirs et les désillusions, les quêtes et les incertitudes de plusieurs générations d’artisans ; déboussolés, certes, mais prêts à défendre leur savoir faire et sa perpétuation. Il y a du Rousseau dans cette défense patrimoniale du travail manuel, même si l’un des personnages revendicateurs réfute une référence au philosophe des Lumières.

La lecture terriblement contemporaine saute aux yeux, « sans instrumentaliser les Canuts », se défend Roland Thevenet, également metteur en scène. Qu’elle touche la marchandisation de la culture, la fragilité de l’intermittence, l’élitisme de certains spectacles ou le populo-démagogisme audiovisuel, cette fresque des canuts nous interroge sur la valeur du travail à l’heure de l’irréversible mondialisation. Chacun y trouvera matière à un regard différent sur son propre univers professionnel pour y puiser une relecture plus intime.

Les interprétations des deux personnages principaux confèrent à la pièce une sacrée étoffe. Bernard Gerland, par son appropriation subtile du texte, campe avec une saisissante authenticité ce maître tisserand d’un certain âge, qui, cahoté par les mutations rapides du monde économique, bascule entre incompréhension résignée et résistance velléitaire. Claire Maxime, son épouse Rose, apporte le sang révolté de sa jeunesse et son ardeur gracieuse à défendre la cause des femmes qui travaillent dans l’ombre. Voilà des Canuts bien canants (agréables) et forts en cervelle (1). Alors, parodiant la célèbre formule de la mère Cottivet, qui appartient au théâtre de Guignol, « en descendant (à Lyon), montez donc (rue Burdeau, à l’Espace 44) ».

Stephen BUNARD

(1) Bruit que faisait les métiers à tisser
(2) La « cervelle de canut » est une spécialité lyonnaise, délicieux fromage blanc battu avec de l’ail, des échalotes et des fines herbes.

La Colline aux Canuts
Par la compagnie du Gardian. Texte et mise en scène : Roland Thevenet Distribution : neuf comédiens professionnels et débutants
Jusqu’au 1er février 2004 à l’Espace 44 – 44 rue Burdeau – Lyon 1er 04 78 39 79 71 – tlj à 20h30 – dim. 16h – relâche le lundi

En savoir plus :
L’histoire des Canuts et de la Croix-Rousse
Le « parler » lyonnais
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Published by Stephen BUNARD - dans Festival d'Avignon 2003
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31 juillet 2003 4 31 /07 /juillet /2003 15:03
NATHALIE ROUSSEL NOUS PINCE L'ÂME

Christophe Corréia sait son humain sur le bout des doigts. Pourquoi j’ai jeté ma grand-mère dans le Vieux-Port est une petite merveille qui nous laisse plein de sourires dans le cœur, la tête emplie de bulles nostalgiques, la connivence imprimée sur les lèvres.

Le texte de Serge Valetti raconte une famille marseillaise de l’intérieur, du dedans, au plus près des mots, au plus près des maux, au plus près des sentiments, au plus près des cœurs, au plus près des corps, au plus près de l’humain. En même temps, l’auteur nous parle de l’ici et maintenant, du peuple ordinaire de France, de ses joies et de ses peines, de sa faconde, de la saveur du verbe oral. Ce ne sont pas seulement les mots qui comptent, c’est la façon de les mâcher, de les déguster en bouche, de les faire résonner.

L’océan de l’émotion

Nathalie Roussel est éclatante, virevoltante, gracieuse, belle, sensuelle, charmeuse. Elle nous pince l’âme, nous séduit, nous roucoule, nous murmure, nous jacasse, nous épuise, nous ravit. Elle nous embarque dans le bateau à histoires sur l’océan de l’émotion. Elle nous peint la vie avec de jolis pinceaux multicolores, qu’elle manie avec finesse. Le tableau final est gorgé de moments vert-de-gris, de moments Ripolin, de moments arc-en-ciel.

Jean-Marie Burucoa, tout en nuances, pince-sans-rire, finaud, sérieux, drôle, est un complice à la hauteur.

Nous goûtons toutes les saveurs, toutes les épices, toutes les odeurs, tous les parfums de Pourquoi j’ai jeté ma grand-mère dans le Vieux-Port grâce à la mise en scène et à la direction d’acteurs de Christophe Corréia. Visiblement, il sait son humain sur le bout des doigts. Il ira loin, ce petit, si le protocole d’accord du 26 juin ne le bouffe pas tout cru !

Vincent CAMBIER

Pourquoi j’ai jeté ma grand-mère dans le Vieux-Port
Auteur : Serge Valetti Éditions L’Atalante Solarsen Cie & Zibaldoni
Contact : Sévrine Grenier-Jamelot 06 61 75 16 88
Coréalisation : Théâtre du Chêne noir • Avignon
Mise en scène : Christophe Corréia Assistant : Guillaume Collignon Avec Nathalie Roussel et Jean-Marie Burucoa Décor : Farru, d’après l’œuvre d’Alexandre Valetti Lumières : Marc Guillot Musique : François Peyrony

Théâtre du Chêne noir, 8 bis, rue Sainte-Catherine à 14 heures (1 h 20), du 9 au 31 juillet Tél. 04 90 82 40 57. Tarifs : 19 € / 13 €
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29 juillet 2003 2 29 /07 /juillet /2003 14:10
UN ÉBÉNISTE MAGNIFIQUE DES TIROIRS DE L'ÂME

Un beau travail demande de la patience. Ah ! qu’il est long le chemin qui mène aux confins de l’excellence, de l’écriture théâtrale pure, de l’interprétation émouvante et multicolore, de la mise en scène intelligente et sobre, de la lumière éclairante et douce, de la musique qui griffe les cordes du cœur ! Cette route du « Off », parsemée de pépites et de gravats, arrive tout droit au Client de Gaëtan Brulotte. Cette œuvre est une des plus belles qui soient dans ce festival au goût mi-sucré mi-amer. L’écriture est au plus près de l’action, au plus près de l’homme, au plus près de l’âme. Le Client révèle une connaissance aiguë des contorsions du cœur, des circonvolutions du cerveau, des bégaiements de la raison, des bafouillages de la vie.

Incarner le verbe

La mise en scène a l’élégance infinie de se mettre au service de la beauté du texte et de permettre aux comédiens d’incarner le verbe. Sophie Weiss, discrètement bouleversante, chorégraphie la douleur de vivre, danse le plaisir d’aimer. Christophe Dussauge, de sa large palette, nous peint un touchant client timide, paniqué de lui-même, avec de subtils camaïeux. Charles Tordjman, enfin, compose, avec une prodigieuse mesure, un marchand machiavélique, une fascinante araignée tissant sa toile, un onctueux officiant d’une « chapelle de violons », un ébéniste magnifique des tiroirs de l’âme. Tous les trois nous montrent, avec talent, qu’« entendre est plus dramatique que voir ».

Vincent CAMBIER

Le Client, de Gaëtan Brulotte
Éditions Lansman, Carnières-Morlanwelz (Belgique), 2001, coll. « Nocturnes Théâtre », 45 pages La Patience, Cie Charles Tordjman, Maison des associations, 6 bis, rue Berthe-de-Boissieux Grenoble
Contacts : Charles Tordjman 06 82 81 75 07 et Marie Bernanoce 06 83 91 27 28
Mise en scène : Charles Tordjman Assistante : Monique Roussel
Avec Charles Tordjman, Sophie Weiss et Christophe Dussauge Décor : Daniel Martin Régie son et lumière : Mikaël Gorce Théâtre La Luna, 1, rue Séverine • Avignon à 20 heures, jours impairs (1 h 25), du 9 au 31 juillet Tél. 04 90 86 96 28. Tarifs : 14,5 € / 10 € Du même auteur : L’Emprise, Léméac, 1988 Le Surveillant, Léméac, 1986 Ce qui nous tient, Léméac, 1988 L’Univers de Jean-Paul Lemieux, Fidès, 1996 Œuvres de chair. Figures du discours érotique, Université de Laval et L’Harmattan, 1998 Les Cahiers de Limentinus, XYZ, 1998 Épreuves, Léméac, 1999
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26 juillet 2003 6 26 /07 /juillet /2003 13:40
OTNI - OBJET THÉÂTRAL NON IDENTIFIÉ

L’artiste cabochard Claude Esnault sévit toujours. Vous vous souvenez vaguement de l’histoire des sœurs Papin, assassines de leurs maîtresses ? Ça suffit comme ça. « On ne nous parlait pas. Parfois rien de tout le jour. » Les bonniches, c’est bien connu, doivent « servir et rien de plus ». Ce sont des « femmes toutes mains, nées pour ça », comme on dit. Sauf que le ressassement des tâches finit par lasser, par faire des taches. De sang.

L’Otni (Objet théâtral non identifié) présenté salle Roquille nous dérange, nous bouscule, nous déstabilise, nous inquiète, nous fascine, nous ennoue, nous politise. Depuis vingt-trois ans, Claude Esnault creuse son sillon artistique, avec Sylvie Boutley comme soc-porte parole. Inlassablement. Contre vents et marées. Cabochard. Il met en acte Cartel et passe le relai à l’acte-rice. Celle-ci nous hypnotise par son jeu extrêmement varié, aux mille nuances. Elle découpe au scalpel les intentions de l’auteur, les rend évidentes. Avec une chaleureuse précision chirurgicale. L’irruption du sens L’auteur, Gérard Gourmel, est un écrivain rare. Chez lui, parfois, les mots sont blancs, les paragraphes ellipsés. Toujours, il joue en poète sur la polysémie, viole la phrase, avorte la ponctuation, typographise la pensée, laisse les silences sourdre. Il sculpte seulement les mots principaux, façonne une syntaxe essentielle, pour que le sens fasse irruption, nous saute à la gorge. Travail ? Spectacle ? Pièce ? Allez vérifier par vous-mêmes salle Roquille, à 19 heures. L’heure du crime ? « Tout est dit là. »

Vincent CAMBIER

Cartel, de Gérard Gourmel Éditions Cénomane, Le Mans, 2003, 62 pages L’Actelier Tréteaux du Perche Mise en acte et décors : Claude Esnault Mise en jeu : Sylvie Boutley Lumières : Pascal Batard Salle Roquille, 3, rue Roquille • Avignon à 19 heures (1 h 20), du 10 au 28 juillet Tél. 06 86 80 60 72. Tarifs : 11,5 € / 8 €

Du même auteur aux éditions Cénomane : La Souricière, 1999 L’Ombre double, dits et non dits de l’affaire Papin, 2000
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Published by Vincent Cambier - dans Festival d'Avignon 2003
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23 juillet 2003 3 23 /07 /juillet /2003 15:10
LOGE DE LA FOLIE

Apéritif chez les bourgeois. Dans un univers tennistique joliment restitué, les Lendl (cela ne s’invente pas) reçoivent un couple d’amis. Les répliques conventionnelles s’enfilent et le formalisme petit-bourgeois s’expose. « La vie n’est qu’une putain au sourire édenté. » ou « L’amour est un chien crevé sous un meuble. », illustrent assez l’ambiance Précieuses Ridicules à la sauce moderne. Pour une bonne farce, il faut des relations adultérines, il s’en découvre, mais les situations brisent les conventions. Les personnages naviguent entre burlesque, auto-dérision, folie et pètent littéralement les plombs. Tonio, débile en fauteuil, fils des hôtes, est évoqué, à peine, avec gêne. Or, le voila qui déboule et transforme les vains palabres du quatuor en double mixte avec arbitre de chaise, si l’on ose dire. Comptant les points, amenant la pierre philosophale de la lucidité à tous ceux qu’il touche ou mord, les contaminant de sa rationalité.

Thierry Georges-Blanc, l’auteur, joue de nos univers de référence pour mieux les triturer, mieux nous déstabiliser, il n’amortit rien de ce qui est pénible à voir ou entendre, il smashe sur nos idées reçues, en as (ace ?) de la réplique, et fout une volée de bois vert à la pétaudière bourgeoise.

On s’agite beaucoup. Du vaudeville, on saute au polar puis on croit les personnages tout droit sortis d’un comics américain, les expressions du visage sont hypertrophiées, les corps se lancent dans des ballets saccadés, les digressions fusent, à la manière des petites bulles qui évoquent les pensées dans les BD, on ne sait plus si l’on assiste à du dialogue ou des monologues… On sombre enfin dans le burlesque, riant sincèrement au rythme effréné des répliques que se lancent, hommage au tennis, les comédiens.

A ce jeu excellent tout particulièrement Xavier Simonin et Dominique Gras, qui témoignent d’un plaisir à jouer de tous les instants. Christophe Martin campe par ailleurs un handicapé plus vrai que nature, à tel point que son apparition suscite un amusement teinté de gêne, et le fait évoluer avec talent, sans fausses nuances. L’écueil à trop vouloir singer le boulevard était d’en prendre les travers, mais la parfaite emprise qu’ont les comédiens sur leurs personnages nous incline à voir en ce désopilant court un futur « classique » du boulevard contemporain.

Stephen BUNARD

Trois Balles de match
De : Thierry Georges-Louis
Mise en scène : Michel Cochet
Distribution : Valérie Fontaine, Géraldine Montaclair, Christophe Martin, Dominique Gras, Xavier Simonin.
Lieu : Théâtre La Luna, Avignon. Horaire : 15h45 - Durée : 1h20
Coréalisation avec le Théâtre du Rond Point à Paris, avec la complicité de Jean-Michel Ribes.
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23 juillet 2003 3 23 /07 /juillet /2003 13:25
DU PAIN, DU VIN ET DU THÉÂTRE !

Prosper Diss a eu la belle idée de fabriquer, polir et repolir à la main, à l’artisanale, un spectacle sur Brassens. Avec la simplicité des grands, le Sablier a mis ses pas dans les traces de l’écrivain chanteur. Textes parlés, musique et chansons racontent la vie rectiligne du beau moustachu de Sète.
 
Ce poète parfait, prince des mots, a tressé, toute sa vie, un collier de perles littéraires lumineuses. S’il fallait n’en emporter qu’une seule sur une île déserte, je conseillerais : « Sur sa bouche en feu qui criait “Sois sage !”, il posa ses lèvres en guise de baîllon. » Comment ne pas défaillir devant tant de beauté ? Comment ne pas prendre un coup de soleil sur le cœur ? Les chansons sélectionnées par le Théâtre du Sablier se concentrent essentiellement sur la femme. Connaissez-vous plus beau sujet que celui-là ? Connaissez-vous chanson plus déchirante que Les Passantes ?

Prosper Diss a recréé, avec un immense respect, l’univers littéraire et poétique de Brassens. Sa mise en scène respire la joie, le goût du don, l’envie du bonheur. Les décors, les costumes, les lumières (Nicole Léonforte), les comédiens renvoient constamment au plaisir d’offrir. C’est un bouquet d’émotions fortes dont chaque comédien-chanteur-danseur est une des fleurs. Que demande le peuple ? Du pain, du vin et du théâtre ! Canotier bas au jeune Prosper « cheveux blancs » Diss !

Vincent CAMBIER

Brassens et la femme, de Georges Brassens
Mise en scène et adaptation : Prosper Diss Distribution : Gaël Fantini, Isabelle Maniacci, Sylvie Vautrin, Jérôme Bru, Prosper Diss. Musicien : Sébastien Lamarre Chants : Sylvie Vautrin Danses : Béatrice Nicolas Lumières : Nicole Léonforte Lieu sur Avignon :Théâtre Le Petit Louvre, 3 bis, rue Félix-Gras à 11 heures (1 h 30) - Tél. 04 90 86 04 24. Tarifs : 15 € / 10,5 €

Joindre la compagnie : Théâtre du Sablier, 37, cours Aristide-Briant • 84100 Orange - Tél. 04 90 51 14 03 • Fax 04 90 51 05 94 Responsable tournées : Isabelle Garcia - Tél. 06 80 02 78 94
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Published by Vincent Cambier - dans Festival d'Avignon 2003
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22 juillet 2003 2 22 /07 /juillet /2003 15:08
SEXE, MENSONGES ET IDÉAUX

Pinter aime les histoires d’amants. Mais il ne donne jamais dans l’outrance et le formalisme boulevardiers. Jamais dans le prévisible, non plus. D’ailleurs, la pièce se joue entièrement à rebours. La première scène est celle de retrouvailles entre les deux anciens amants et la dernière celle d’un mariage. Entre les deux, des saynètes de la vie du trio (deux hommes, une femme). Et le mensonge roi s’invite à tout bout de champ : la femme adultère abuse son amant en révélant au mari l’illégitime relation, lequel mari, ami intime de l’amant, trompe lui-même sa femme.

Rien de vaudevillesque malgré les apparences dans l’univers tragique d’un Pinter, dont la plume toujours surprenante et légère, jamais fielleuse, jamais ne cédant à la facilité ou à la moralisation, montre les individus dans leur indéchiffrable complexité et leur piteuse humanité, entre idéaux et fatalisme, entre rigueur (im)morale et cynisme, entre implication et détachement. Ici, nos repères, comme l’amour et la vérité, sont déchiquetés, quand on se rend compte que le mari prend à la légère toute l’affaire, que l’amant vit dans les tourments et que la femme manie tout à la fois la froideur et la compassion. Pas de comique dans ces situations, juste l’évocation sans lyrisme que l’amour est un mensonge ; un mensonge, qui rime avec blessures, inconstance et fatalisme et qu’on se prend toujours dans la gueule un jour ou l’autre.

Notre élégant trio de comédiens restitue avec justesse cette mécanique routine de la perfidie, cette quête éperdue d’amours impossibles qu’on ne s’autorise pas à aboutir, et cette déroute sociologiquement programmée des couples.
Certes, le jeu est lissé, tendant trop à la perfection technique, appuyé en cela par une mise en scène épurée, et à cause de ces qualités, le cortège des émotions éprouve parfois du mal à se frayer un chemin. Mais jouer une pièce à l’envers requiert une grande maîtrise des nuances pour rendre crédibles les interprétations. Et de ce point de vue là, les comédiens, parvenant à cerner subtilement les équilibres fragiles de leurs personnages, ne trahissent certainement pas leur auteur.

Stephen BUNARD

Trahisons
De : Harold Pinter Mise en scène : Patrick Martinez & Pascal Laurens Distribution : Carmen Brown, Pascal Laurens, Patrick Martinez.
Lieu : Le Petit Chien, Avignon Horaire : 17h30 - Durée : 1h30
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22 juillet 2003 2 22 /07 /juillet /2003 14:40
L'ÉCRASANTE PRÉSENCE DE LA MÈRE ABSENTE

La compagnie Sousouli : de bien jolies muses. Tout de suite, on sent qu’on est tombé dans un nid de guêpes qui bouffent de l’amour avarié, et qu’on ne va pas s’en sortir comme ça. On est piégé par les mots de Michel-Marc Bouchard, et on va les écouter jusqu’au bout.

Quatre adultes : trois sœurs, un frère. Une famille ? Oui, mais pas au complet. Manque le papa, mort. Manque la maman, vivante. Vivant en Espagne, avec son amant Frederico. Depuis vingt ans. Depuis qu’elle a laissé ses enfants seuls, inconsolés, comme on laisse un paquet de linge sale. Ah ! l’écrasante présence de la mère absente ! Celle par qui le malheur arrive, celle qui va tout faire exploser.

Michel-Marc Bouchard a un sens aigu de la construction dramatique, dictée par l’affûtage des sentiments. Il suit ses personnages pas à pas, les pousse dans leurs derniers retranchements, les accule à cracher leur venin, sonne l’hallali des passions. Il sonde les reins et les cœurs en médecin de l’âme.

Shelly De Vito a l’intelligence de construire une mise en scène discrète, fluide, efficace. Elle est ainsi au service des comédiens, qui peuvent laisser leurs personnages s’épanouir et nous séduire. Laetitia Tomassi incarne élégamment Martine, capitaine lesbienne de l’armée canadienne, avec une fragile fermeté. Marie-Do Ferré interprète brillamment l’aînée, Catherine, « chef » d’une famille qui la pille, cloîtrée dans ses secrets, femme stérile lourde du poids de sa petite sœur et de tous les enfants qu’elle n’aura jamais. Arnaud Allain stupéfie avec son Luc masochiste, pseudo-écrivain qui « publie », d’abord pour lui seul puis pour le public de ses sœurs, l’improbable Correspondance d’une reine d’Espagne à son fils pour biffer la fuite de sa mère. Élodie Saos, enfin, défend avec une jolie générosité une Isabelle « mongole », affamée de mots, bouleversante, lumineuse, au ras de l’âme.

Vincent CAMBIER

Lire aussi la critique de Stephen BUNARD.


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22 juillet 2003 2 22 /07 /juillet /2003 14:18
SUR UNE AUTRE TERRE

Un couple de clowns boxe notre indifférence. Fanfine et Lulu ont décidé de s’aimer quoi qu’il arrive. La fraîcheur de leurs sentiments inonde immédiatement le plateau et la salle. Ici tout n’est qu’amour, calme, drôlerie et engagement humaniste.

Loin du fracas festivalier, nous sommes sur une autre Terre. Où les trois protagonistes fichent directement leurs flèches dans le cœur de chacun. En plein dans le mille. Il n’est que d’entendre les rires et voir les sourires dans la salle. Des enfants comme des adultes. L’imaginaire est roi, soutenu par le Musicien-qui-vient-d’Afrique. Une bulle de bonheur.

Vincent CAMBIER

Fanfine et Lulu
Conception : Irène Baccuet et Jean Peysson
Mise en scène : Jean Peysson
Boxeur Bleu Théâtre, 27 bis, cours d’Herbouville • 69004 Lyon Tél. 06 12 09 80 97
Avec Irène Baccuet, Jean Peysson et Robbas Biassi-Biassi.
Création musique : Robbas Biassi-Biassi Création lumière : Éric Citony

Théâtre du Bourg-Neuf, 5 bis, rue du Bourg-Neuf à 11 heures (55 minutes)
Tél. 04 90 85 17 90. Tarifs : 13 € / 9 €
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20 juillet 2003 7 20 /07 /juillet /2003 14:59
LA VIE EST UNE OGRESSE

Elle dévore tout ce qu’elle trouve sur son passage, elle n’a conscience ni du bien ni du mal, elle fait des ravages psychologiques autour d’elle... Qui est la Nonna ? L’Etat, qui impose tout et pousse à bout ? La société implacable dans laquelle nous vivons ? La famille, voire nos propres systèmes de valeurs et croyances, auxquels nous nous inféodons ? Peu importe en vérité ! Il faut se laisser porter par la pièce. Comme son compatriote Edouardo Pavlovsky, l’auteur, Roberto Cossa, oscille entre naturalisme et surréalisme dans cet univers absurdo-dramatico-comique pour nous parler, avec cette pièce écrite dans les années 70, d’une Argentine économiquement fragile, politiquement instable et de destins acculés à la survie.

La Nonna, donc, est une attachante et saugrenue centenaire, ogresse, version Pantagruel et Gargantua réunis, s‘exprimant la plupart du temps par borborygmes pour alerter incessamment son entourage de son besoin primaire. Bouffant à plein régime, même l’incomestible, et surtout ses proches, elle pousse à la panade Carmelito , le chef de famille, et ébranle chaque jour davantage l’équilibre familial, poussant chacun aux pires turpitudes. Alors s‘élaborent les stratagèmes pour chercher à s’en débarrasser… Mais la résistance de l’ancêtre n’est pas sans rappeler celle de Michel Serrault dans Le Viager de Pierre Tchernia, et les apprentis margoulins vont vite devenir les artisans de leur propre déroute et les dindons de la farce(use).

L’énergie infernale des personnages et leur fluidité de jeu, l’outrance de leurs actes saccadés et de leurs délires assumés, la tension en crescendo et la perte de contrôle des uns et des autres, contribuent à générer une mécanique burlesque, où se mixeraient des personnages de dessin animé avec de vrais comédiens, davantage dans le réalisme des sentiments et des situations. Un petit bijou de farce tragique et politique, également de nature à ravir les plus jeunes, que, certainement, Rabelais n’aurait pas boudé.

Stephen BUNARD

La Nonna, de : Roberto Cossa
Traduction : Claude Demarigny
Mise en scène : Carole Hobart & Sophie Alonso
Distribution : Sophie Alonso, Vincent Dutel, Nicolas Devort, Carole Hobart, Sabrina Marchese, Raphaël Mathon et Alexandre Monard.
Compagnie du Tapage – Ile de France
Lieu : Théâtre du Bourg Neuf, Avignon – salle bleue Horaire : 19h - Durée : 1h20
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Chronique Fraîche